L'"Intelligence Artificielle" n'est pas une intelligence. 1e Partie

Publié par PLISKINE ROBERT, le 18 mars 2024   390

Parmi les choses qui commencent à me donner de l'eczéma psychologique : l'utilisation abusive du terme “intelligence” pour l'I.A. ("Intelligence Artificielle").

Avant de disserter savamment (ou bêtement) sur un sujet, commençons par bien le définir. Une définition imprécise ou erronée est le début d'un raisonnement faux et de conclusions erronées.

Intelligence Artificielle ! C'est le type même de terme confus destiné à entretenir la confusion dans l'esprit des gens. De quelqu'un qui réussit brillamment à un examen ou un concours parce qu'il a parfaitement assimilé les cours et les méthodes, ou plus généralement s'il a brillamment réussi un test dit "de QI" : "Qu'il est intelligent !". Non, il a de la mémoire, et comme chacun sait "La mémoire c'est l'intelligence des imbéciles", et pour les tests, le nombre de possibilités étant limité il lui aura - peut-être - suffi d'en faire beaucoup pour réussir ceux qui lui sont proposés.

Définition : L'intelligence est la faculté d'organiser de façon logique et cohérente des informations nouvelles et inconnues au moyen d'un processus intellectuel innovant. L’intelligence crée le nouveau processus de pensée en analysant de façon - innovante si besoin – un problème jamais rencontré.

Au contraire de l'I.A., cette nouvelle divinité/oracle supposée capable de résoudre des problèmes et de faire de nouveaux travaux... à la seule condition qu'on lui fournisse toutes les données et le mode d'emploi, qui ne le fait donc que sur des informations et par des méthodes déjà connues par apprentissage et impliquent la mémoire. Connaissez-vous un seul brevet, c'est-à-dire une innovation complète, face à un problème nouveau, pris par une I.A. ?

Comparaison terre à terre et gastronomique : c'est la différence entre un grand Chef cuisinier qui crée un plat entièrement nouveau en introduisant des mets et des saveurs jamais utilisées avant lui, dans le but d’obtenir des sensations gustatives jamais éprouvées avant, et le bon cuisinier qui prend la recette, se procure les ingrédients, et les assemble selon la recette pour obtenir (parfois) le même plat et dont on dira "Quel bon cuisinier !".

Quand je vois le (passionnant) musicien André Manoukian nous faire une démonstration de composition assistée par l'intelligence artificielle, non !!! C'est de la conception assistée par ordinateur (C.A.O.) technique que je vendais il y a déjà 45 ans dans l'industrie ! Dire à un ordinateur de quelle façon il doit rajouter tel accord pré-existant à telle mélodie qu'il lui fournit, ce n'est que de la “musique par ordinateur” basique, technologie qui date des années 1960. La seule chose qu'apporte l'ordinateur est de pouvoir stocker un nombre immense d'informations et de pouvoir les utiliser. Par exemple, en stockant un nombre immense de radios des poumons et le diagnostic d'un médecin-radiologue afférent, localiser et ainsi pouvoir aider un non-spécialiste à diagnostiquer plus facilement des tumeurs. Ce sont les radiologues qui lui ont enseigné le rapport entre une image et une tumeur qui sont intelligents. En revanche, si l'I.A. détecte une anomalie, c'est-à-dire quelque chose qui sort de ses connaissances et des méthodes d'analyse acquises, elle ne pourra rien faire d'autre que d'afficher : "anomalie". Cela me rappelle les premiers compilateurs informatiques qui se trouvaient face à une séquence ou un mot inconnu, et qui affichaient le célèbre "SYNTAX ERROR" sans pouvoir dire de quelle erreur il s'agissait, ce qui aurait aidé à la trouver et la corriger.

Je persiste à dire (et je confirme) que l'intelligence (qui n'est pas qu'humaine, les arbres ont la leur), c'est la faculté de créer de nouveaux modes de pensée, de les appliquer à des informations encore inexistantes pour les organiser de façon cohérente, éventuellement utilisable. Exemples : Alan Turing découvrant le mode de fonctionnement de la machine ENIGMA, appareil unique au monde et dont le mode de fonctionnement n'avait jamais été créé auparavant. Albert Einstein changeant de mode de pensée en découvrant que le temps, donnée abstraite a priori immuable et universelle, est en fait une dimension d'espace élastique propre à chacun. Crick et Watson comprenant que les analyses de la structure de l'ADN ne peuvent s'expliquer que par une structure en double hélice, structure jamais trouvée dans une molécule. Hubble remarquant que les raies spectrales des étoiles plus ou moins lointaines ne sont pas des aberrations par rapport à leur spectre "normal", mais qu'il s'agit d'un décalage (déterminé par utilisation de la mémoire et du sens de l'observation) et découvrant que l'explication est l'expansion de l'Univers, idée a priori aberrante. Lise Meitner comprenant et expliquant l'apparition de nouveaux éléments chimiques dans une réaction nucléaire par un phénomène jamais vu et incompatible avec les Lois de la chimie : la fission nucléaire. Dans un domaine différent, Champollion comprenant que les hiéroglyphes sont un type d’écriture dont la structure est unique et jamais rencontrée auparavant, et qui arrive à la décrypter ; c'est l'introduction en musique d'un nombre "irrationnel" (c'est-à-dire opposé à la raison) "Racine vingt-quatrième de 2" ou 2**1/24 comme rapport entre les hauteurs (fréquences) de 2 demi-tons successifs, association jamais vue entre la hauteur d'une note et les mathématiques, qu'a été créée la "gamme tempérée" si merveilleusement illustrée par J.S. Bach. Ce qu'aucun ordinateur n'aurait été capable de faire... sauf à entrer dans sa mémoire les 1000 œuvres de Bach pour en déterminer "la manière" et la recopier.

Dans de nombreux cas, une invention est la conjonction entre des connaissances (disponibles pour tous), un problème à résoudre (connu de tous) et une faculté de trouver des corrélations nouvelles (donc à imaginer) entre eux pour trouver une solution innovante, qui n’est pas seulement une amélioration qu’aurait pu apporter un bon professionnel (définition du brevet d'invention) ; cette faculté s’appelle l’intelligence.

Le décryptage des codes secrets utilise les facultés de compréhension (intelligence) et d’imagination (pour imaginer toutes les structures possibles d’un message codé), ainsi que maintenant la puissance de calcul des ordinateurs pour tester toutes les possibilités. Un message codé sur 256 bits donne 2 **256 possibilités un nombre gigantesque mais fini, donc si on teste toutes les possibilités on finira forcément par trouver le bon résultat.

Pour vous amuser, voici un message codé selon un code que j’ai créé (mais qui est si simple qu’il est fort probable que quelqu'un l'aura déjà imaginé.

V E A F R W P C D X F X  C W B  E  M B W B K P D G L E T W Z I C D R A F  

Un 1e indice : c’est du français .

Un 2e indice : il est inspiré d’un codage célèbre.

C’est un problème similaire à celui du jeu d’échecs : les possibilités de coups suivants forment une arborescence énorme, mais finie. Un ordinateur bien programmé et ayant en mémoire tous les coups de toutes les parties célèbres a de bonnes chances de gagner contre un « grand maître » humain. Sauf que l’humain, par une forme d’intelligence, choisira le meilleur coup en quelques instants.

L'échec des Services Secrets Français qui n'ont prévu ni la guerre en Ukraine ni le putsch au Mali vient de ce qu'ils utilisent des ordinateurs programmés avec des paradigmes, des logiciels et des procédures déjà connus et non des hommes expérimentés intelligents pour traiter les informations « étranges » que le leur envoient les services de renseignement du terrain et les écoutes.

Un exemple contraire date de 1975, et ce qui était un secret militaire est 50 ans plus tard dans le domaine public. Guerre entre Israël et le Hezbollah au Liban. Pour empêcher l'armée de l'air israélienne composée d'avions Dassault "Mirage améliorés" d'arriver, des batteries de canons antiaériens et de missiles sol-air russes manipulées par des militaires russes ont été installées par les Syriens (qui occupaient alors le Liban). Ces batteries étaient commandées automatiquement par des radars. Le principe est simple : un avion est détecté par un radar. Celui-là lui envoie un message codé "Ami ou ennemi ?". Si l'avion comprend le message et répond "Ami", il passe sans encombre. S'il ne répond pas ou répond mal, le radar déclenche l'envoi d'un missile et quelques secondes après l'avion est détruit. C'est imparable... ou presque.

Se rappeler qu'Israël est un pays minuscule (surface de 3 départements français), peu peuplé (environ 30 fois moins que les pays hostiles qui l'encerclent), et que la vie des soldats y est précieuse. En particulier celle des aviateurs et bien sûr de leurs avions, qu'il ne faut pas gaspiller. Comment faire pour neutraliser les batteries antiaériennes ?

Israël a conçu et construit un aéronef innovant, un avion miniature sans pilote d'environ 1 m, intermédiaire bon marché entre la maquette jouet et l'avion véritable. Jamais vu à l'époque, très répandu actuellement, le drone de combat (à ne pas confondre avec les quadroptères, jouets ou plus grands, voir photos). Il était muni en tout et pour tout d'une minicaméra pour le guider et d'un émetteur-récepteur radio. Lancé au-dessus des batteries syriennes il est pris dans le faisceau radar, qui lui demande à plusieurs reprises en rafale "Ami ou ennemi". Comme le drone ne répond pas, il est abattu au bout de quelques secondes .

Drone de combat — Wikipédia

  Drone de combat , avion miniature sans pilote

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Drone quadoptère jouet

Pendant ce temps, l'émetteur du drone renvoie le message codé vers une station d'écoute israélienne où il est enregistré. Là, des décrypteurs très intelligents arrivent en quelques instants à décortiquer le message, en analyser la structure, donc la réponse attendue, écrivent un message "Ami" en code, le testent, et l'installent sur un autre petit drone.

Lancé au-dessus des batteries syriennes, celui-là est pris dans le faisceau radar, qui lui demande à plusieurs reprises en rafale “Ami ou ennemi”. Comme le drone répond "Ami", les batteries le laissent approcher. Sauf que cette fois le drone transporte une mini-bombe de 1 kg, il est guidé par le faisceau du radar jusqu'à son antenne sur laquelle il laisse tomber sa bombe.

Plus d'antenne, plus de radar, plus de batterie antiaérienne. Et dans la foulée l'armée de l'air israélienne passe sans être inquiétée.

On est partagé entre l'admiration pour ce coup de génie et la désolation qu'il soit utilisé à des fins militaires, mais ce n'est pas ici le sujet qui reste strictement technique.

Lire la deuxième partie.