❤️ De l'amour | Quelques minutes de love #3 : "Histoire de baiser(s)" 💋

Publié par Quai des Savoirs, le 30 mars 2021   620

Xl hitoire de baiser

❤️ En compagnie des médiatrices du Quai des Savoirs, découvrez un concept présenté dans notre exposition "De l'amour" en quelques minutes de love !


Épisode #3 : Histoire de baiser(s)



💋 Langoureux ou sur la joue, le baiser, geste d'affection désormais anodin, a pourtant vécu mille histoires au cours du temps !

En quelques minutes de love, au cœur de l’exposition "De l’amour", Manon vous raconte son évolution depuis ses origines jusqu'aux nouvelles technologies en passant par les arts. 

Les origines du baiser demeurent encore incertaines, mais selon les scientifiques, il serait apparu il y a des millions d’années chez les animaux, et plus précisément nos cousins les bonobos.

Mais comment le geste de s’embrasser sur la bouche a-t-il bien pu voir le jour, et comment est-il devenu un symbole de romantisme, d’affection et de désir ?

En fait, c’est assez simple : avant, la nourriture n’était pas disponible sur les étals de supermarchés : il fallait aller pêcher, chasser et cueillir. Les aliments calorifiques étant difficiles à trouver, et la nature hostile et dangereuse, nos ancêtres ont donc développé une habileté particulière : celle de détecter rapidement les aliments de couleur rouge, afin de localiser les baies et fruits, riches en calories. C’est d’ailleurs à partir de cette période que la couleur rouge est devenu un signal de récompense pour le cerveau humain.

Quel est le lien avec notre histoire de baiser ? Des neuroscientifiques de l’université de San Diego en Californie ont proposé une théorie : nos ancêtres allaient chercher de la nourriture de couleur rouge pour assouvir leur besoin de récompense et d’apports nutritionnels, et ensuite, ils ont commencé à chercher cette couleur ailleurs… comme dans l’anatomie féminine ! Le rouge/rose présent sur certaines parties du corps des femmes, comme la bouche, devint aussi un synonyme de récompense pour le cerveau, permettant également d’assouvir un autre besoin que celui de se nourrir : le sexe. Du coup, le baiser sur la bouche est devenu pour nos ancêtres un geste inhérent à leur reproduction.

Mais le baiser a aussi été un moyen de nourrir sa progéniture pour certaines espèces, dont la nôtre : la prémastication était une pratique en vigueur pendant des siècles, même en Europe. Cela s’expliquait par l’absence d’options pour nourrir les bébés, quand l’allaitement n’était pas pratiqué. On en revient à nos étals de supermarchés : quand ils n’existaient pas, il fallait bien faire sans. La prémastication est d’ailleurs toujours pratiquée dans beaucoup de cultures aujourd’hui.

En parlant de pré-mastication, saviez-vous que le baiser peut avoir un effet « coupe-faim » sur le cerveau ? En libérant de la dopamine (un neurotransmetteur activant le désir et le circuit de la récompense), le baiser peut en effet nous empêcher de trouver le sommeil ou même nous couper la sensation de faim. Autre fun fact : le baiser nous fait faire du sport ! Et oui, un simple smack sollicite 12 muscles de notre visage, alors que pas moins de 29 muscles sont mobilisés pour un french kiss ! Il permettrait aussi de faire baisser le taux de cortisol (l’hormone du stress, secrétée par les glandes surrénales ) et donc de réguler l’humeur, de détendre.

Mais revenons à l’origine de notre bisou: il viendrait aussi d’un geste bien plus primitif, celui de renifler ses proches, quand le langage ne permettait pas encore de créer une confiance et une proximité entre les gens. Il faut savoir que chaque humain a une odeur bien distincte, due à des glandes odorantes situées sous la peau : l’odorat nous permet ainsi de reconnaître un proche à son odeur. Certains anthropologues sont même convaincu·e·s que les premiers baisers n’ont pas été faits avec la bouche mais avec le nez justement, pour reconnaître l’odeur de la personne aimée et lui manifester de l’affection. On connaît bien cette pratique : c’est le fameux bisou esquimau.

Comment ce geste a pu se charger d’autant de romantisme et de passion pour les amant·e·s du monde entier ?

Le premier baiser / reniflement affectueux serait apparu en 1 500 avant J.-C., dans des textes sanskrits indiens. On trouve une de ses premières traces dans le poème indien « Mahabharata » (IVe siècle avant J.-C.), ainsi que dans le très célèbre recueil indien « Kamasutra », où un chapitre entier est dédié au baiser, dont il recense une trentaine de formes. Dans la Grèce antique, s’embrasser sur la bouche équivalait à se témoigner du respect, à exprimer un concept d'égalité entre personnes de même rang. Par la suite, ce sont les romains qui popularisent le baiser et le diffusent en Europe et en Afrique du Nord. Chez les premiers chrétiens, il est d’abord un signe de reconnaissance (baiser de paix), avant d’être interdit entre les hommes et les femmes par le 3e Concile de Carthage en 397 : on craignait alors que le baiser ne déchaîne les passions chez les amants … Mais il va quand même perdurer pour devenir notamment un signe de révérence et de respect, ou même d’amitié entre deux hommes, notamment chez les chevaliers.

Grâce à Shakespeare et son œuvre « Roméo et Juliette » (1597), le baiser d’amour revient sur le devant de la scène avec ce baiser tragique que se donnent les deux amants pour mourir du même poison. Mais en 1665, soit un peu plus d’un demi-siècle plus tard, le baiser perd à nouveau la cote avec la Grande Peste de Londres : il est alors considéré comme sale et dégoûtant, car il participerait à la propagation du virus (ça nous rappelle quelque chose ...). Le baiser va néanmoins se répandre en parallèle au niveau mondial, au moyen des colonisations par les européens. Le baiser était alors loin d’être universel à cette période : les européens qui eux, le pratiquaient, passaient ainsi pour des sauvages auprès des autochtones (certain·e·s auraient même craint d’être dévoré·e·s par leurs donneurs de baiser !).

Aujourd’hui, on considère que 6 milliards d’êtres humains s’embrassent sur la bouche pour se manifester de l’attirance ou de l’amour. Le baiser en tant que geste romantique est donc né en Inde avant de se répandre dans les cultures européennes, où il a été célébré dans la littérature et les arts, qui ont contribué à sa popularisation au fil du temps. De Shakespeare à   "Love" de Gaspar Noé, le baiser a traversé les arts en ayant une portée universelle : celle de raconter une histoire d’amour ou de passion.

Comme au cinéma par exemple : le premier film faisant apparaître un baiser est « The Kiss », un film très court de 20 secondes où on voit un homme et une femme en train de s’embrasser langoureusement. Mais la critique l’a très mal accueilli… On va par la suite créer aux États-Unis un code « déontologique » (ou plutôt de censure) appelé le « Code Hays », qui a été en vigueur de 1930 à 1968 : «  les baisers passionnés et excessifs ne doivent pas être montrés à l’écran ». Par conséquent, même si les baisers étaient essentiels pour l’intrigue, on ne devait ni les montrer, ni les voir : on les remplaçait alors par des flammes ou des cloches, pour symboliser l’union maritale. De nombreux films ont quand même contourné cette censure, comme le cultissime « Casablanca » de Michael Curtiz (1942) ou encore « Kiss » d’Andy Warhol (1963) et ses 58 minutes de baisers langoureux.

Le baiser a été célébré et représenté en art de nombreuses fois depuis la fin du XIXe siècle, que ce soit en peinture (Klimt, Toulouse-Lautrec, etc.) , en photographie («Le baiser de l’Hôtel de ville » de Robert Doisneau), en sculpture (Rodin, Brancusi), ou même version street art avec le célèbre pochoir de Banksy «Kissing Coppers» (2004). Il a connu beaucoup d’évolutions et de changements à travers les âges, les cultures et les mœurs, en lien avec des crises sociales ou sanitaires, ou encore avec la colonisation de territoires. Sur le même principe que les explorateurs qui ont exporté le baiser dans différentes cultures du globe, la télévision et le cinéma ont permis de le populariser à partir du XXe siècle.

Aujourd’hui, les nouvelles technologies viennent aussi bousculer nos manières de se déclarer nos amours ou de nous embrasser, par exemple avec le Kissenger, un objet connecté aux smartphones qui vous transmettrait la sensation d’un baiser envoyé par un·e de vos proches. Plus proche de nous, la Kiss Machine, dispositif compteur de bisou développé à Toulouse par le collectif 5 minutes, est désormais exposée au sein de l’exposition « De l’amour » au Quai des Savoirs en tant qu’objet témoin de ce geste, car impraticable actuellement en raison des mesures sanitaires liées au contexte sanitaire du Covid 19 … .

Mais malgré ces avancées technologiques, à l’ère des amours en ligne, internet ne nous permet toujours pas de sentir ou de toucher la personne avec qui l’on vient de matcher sur un site de rencontres. Ces nouvelles pratiques de rencontres en ligne impliquent de devoir faire le choix de fréquenter une personne en inhibant des instincts naturels pourtant forts utiles par le passé pour le choix d’un·e partenaire. Mais ne vous inquiétez pas, d’après une étude menée par l’application de rencontres « Happn », il suffit de seulement deux petites semaines de chat en ligne pour donner envie de se rencontrer en vrai. Et faire alors baisser ensemble votre taux de cortisol, si tout se passe bien ;-)


Pour aller + loin  :

(Sources utilisées)


Images d'illustration :

Les autres images (libres de droit) proviennent des sites :


Musiques :


🎬 Vidéo tournée au Quai des Savoirs en mars 2021

Avec / script : Manon Pradelle-Archen, chargée de projets - médiation

Conception et réalisation : Manon Pradelle-Archen, Mariette Escalier, Samia Harir

Production Quai des Savoirs - Toulouse Métropole 2021


>> Retrouvez les autres épisodes de "Quelques minutes de love" :


https://www.quaidessavoirs.fr/de_lamour