Reportage : retour sur l’exposition Rapaces du Muséum d’Histoire Naturelle de Toulouse

Publié par Sabrine Chibane, le 26 novembre 2017   1.3k

Cet automne et jusqu’au mois d’avril, le Muséum d’Histoire Naturelle de Toulouse consacre une nouvelle exposition temporaire aux Rapaces. Scènes spectaculaires, manip's, retour sur une exposition interactive aux angles d'attaques très variés.

Le jour d’Halloween un événement attire mon attention et va occuper ma journée : la nouvelle exposition du Muséum de Toulouse , Rapaces. Elle a débuté le 11 octobre et elle prendra fin le 29 avril 2018.

Étant curieuse quant à son organisation, je suis allée à la rencontre de Gaëlle Cap, chef de projet au Muséum de Toulouse et commissaire de cette exposition. Elle m’a expliqué qu’il s’agissait "d'une commande de la direction du Muséum sur la base d’une exposition produite dans les Pyrénées par un réseau d’associations : le réseau Éducation Pyrénées Vivantes. L’idée était à la fois de travailler autour de cette exposition sur la thématique des rapaces, mais aussi de nous rapprocher de tout ce collectif associatif".

À la découverte des Rapaces

En descendant dans le sous-sol où se trouve l'exposition, je suis accueillie par une jolie tête de hibou. Une projection murale vraiment réaliste qui suscite l'étonnement des visiteurs, petits et grands. Je comprends que l’exposition est agencée autour de cinq espaces, je vous raconte donc mon parcours.

J'entre dans le premier espace, consacré aux "Rapaces de jour et de Nuit". Ici on peut y admirer plusieurs espèces : les grands rapaces de Jour (Accipitriformes), et les rapaces Nocturnes (Strigiformes). L'étude ADN a permis de rajouter à ce classement le cas particulier des faucons (Falconiformes) qui forment une classe supplémentaire.

Les rapaces de jour sont les plus anciens des rapaces et sont divisés à leur tour en quatre familles. Ils ont un bec crochu et des griffes acérées qui leur permettent de tuer leurs proies. Les rapaces nocturnes sont représentés par les chouettes et les hiboux. Sur un aspect morphologique, leur différence avec les rapaces de jour s’observe au niveau de la forme de la tête (importante et ronde), leur queue et leur posture.

Les faucons, eux, selon les études phylogénétiques de leur ADN partagent des liens de parenté avec les perroquets et sont étonnement « plus proches des passereaux que des grands rapaces de jour ».

N'ayant pas vraiment l'habitude de me retrouver prés de ces oiseaux, et en les regardant dans les vitrines, je suis impressionnée. Aperçu depuis le sol, il est difficile de réaliser à quel point leur taille est imposante. Le Condor des Andes, le plus grand rapace au monde, peut par exemple mesurer jusqu’à 3.20 m d’envergure !

Je me dirige ensuite vers le deuxième espace, aux couleurs bleues, dédié au vol des rapaces. On peut y admirer des rapaces mis en scène en position de vol. J’observe un squelette d’aile qui permet de déterminer les éléments anatomiques en lien avec le vol. On fait ici référence aux travaux de Léonard de Vinci, que je présenterais plus bas, patience.



Je découvre de l'autre côté, des vidéos sur les différents vols des rapaces comme le vol plongeur, le vol silencieux ou encore le vol planeur.

Un troisième espace est dédié aux sens et aux fonctions des rapaces, où les fans de Star Wars pourront y découvrir une surprise ! C'est en effet dans une reproduction du Faucon Millenium, le vaisseau spatial de Han Solo et de Chewbaka, que ce thème est traité.



On y découvre pour chaque sens, un petit espace avec des manip's. J'apprends que les rapaces ont des capacités extraordinaires qu’ils utilisent selon leurs activités. Ils possèdent des yeux beaucoup plus grands que ceux des autres mammifères, ce qui leur permet de mieux voir. J’ai pu tester une manip' mise en place pour comparer la différence entre la vue d’un rapace et celle d’un humain.

Contrairement aux idées reçues concernant le sens olfactif diminué chez les oiseaux, les rapaces ont bien un odorat fonctionnel. Certains d’entre eux comme les vautours, se caractérisent par un odorat remarquable, leur permettant de déceler la nourriture.

En observant tout cela, j'entends tout à coup des voix qui me sont familières, et je découvre une autre petite surprise, un clin d’œil aux amateurs de science et de la célèbre émission « C’est pas sorcier » ! Fred et Jammy expliquent dans une courte vidéo la différence entre une chouette et un hibou en effectuant un focus sur les fonctions auditives de ces derniers. Les rapaces nocturnes ont un meilleur ouïe que les rapaces de jour et l’utilisent pour chasser.

Une autre manip', qui permet de tester la pression des serres, attire mon attention. Le principe est simple : il suffit de mettre son bras en place et de choisir les serres du rapace que l’on souhaite tester. Je me laisse donc prendre au jeu et je fais le test à mon tour. Cette petite expérience sensorielle m’a permis d’en savoir plus sur la puissance des serres. Celles des vautours, qui eux sont des charognards, sont faibles, contrairement aux autres rapaces prédateurs. On remarquera donc encore une fois, le lien entre les activités, notamment alimentaires, et les capacités physiques des animaux.

Les rapaces « … vont développer des aptitudes en vision, en audition, en olfaction, développer des morphologies de becs particulières ou des serres particulières en fonction de leur répertoire alimentaire... » précise Gaëlle Cap.

Je continue ma visite en entrant dans la quatrième pièce sombre et rougeoyante. On nous invite ici à nous imaginer au théâtre. Je me retrouve donc face à une petite scène en bois sur laquelle les rapaces sont mis en lumière. Qu'il s'agisse de prédation ou de charognage, ces scènes naturalistes, permettent de mieux rendre compte des activités alimentaires des rapaces ainsi que des particularités de chaque espèce.

Les stratégies de prédation sont différentes d'une espèce à une autre. Les aigles sont des prédateurs. Sur la scène, je contemple un aigle impérial s’attaquant à un lapereau.


Les vautours sont des nécrophages. L’un est d'ailleurs exposé en train de se nourrir d’un morceau d’épaule. Ce charognard grâce son activité, nettoie et limite les contaminations et les épidémies.

Les grands rapaces de jour permettent de réguler les populations d’oiseaux, de mammifères et d’insectes. Ils sont ainsi nécessaires à l’écosystème.

Attirée par le bruit du vent, je me dirige vers une salle où l'on peut contempler l'envol du pygargue à queue blanche. Une caméra embarquée sur le dos de l'aigle permet de se mettre à sa place, le temps d'une vidéo très immersive diffusée sur un écran géant.


Rapaces : mythes et symboles

Plusieurs questions sur les thèmes abordés dans cette exposition m’ont traversées l’esprit. Ayant constaté que ce sujet est traité sous plusieurs angles, j’ai donc demandé à Gaëlle Cap de m’expliquer les raisons de cette démarche : "... Ce qui m’intéresse c’est que les visiteurs dans leur diversité de culture puissent s’approprier ce sujet. Pour cela, il me semble intéressant d’avoir une approche  humaniste, technologique et naturaliste. Humaniste, d'abord, en prenant en compte la dimension culturelle de ces rapaces […] Une vision technologique, ensuite, proche de l’homme  […]  L'approche naturaliste, enfin, est bien entendu présente. Plus proche du terrain de l’observation du comportement, elle permet de découvrir la réalité de ces rapaces et donc de les démystifier". 

 A l’entrée du premier espace, j’avais entendu la voix d’une femme. Je découvre qu’il s’agit de la conteuse Laurence Corbonnois qui racontait un conte. À ce propos, Gaëlle Cap m’explique l’importance de l’aspect mythologique dans cette exposition : « ce qui m’a capté c’est la mythologie et c’est grâce à elle que j’ai pu rentrer dans le sujet. Ça été le point déclencheur et à partir du moment où j’ai intégré la mythologie, j’ai pu parler de l’exposition un peu plus personnellement »

Tout au long de mon parcours, je me suis laissée transporter dans les histoires mythiques sur les rapaces. Ces histoires ont été soigneusement placées dans chaque espace pour permettre au visiteur de découvrir l’univers symbolique de ces oiseaux.

Des Grecs aux Égyptiens, ils ont de tout temps fait partie de l’imaginaire des hommes. Je découvre la place des rapaces dans la mythologie amazonienne et de façon général dans les légendes amériendiennes où ils sont maîtres de tous les oiseaux et du ciel. Dans la mythologie indienne «l’opposition du ciel et de la terre» est symbolisée par l’aigle et le serpent, l’aigle Garuda se bat avec les serpents Nagas.

Enfin dans l’antiquité grecque, Athéna déesse des artisans, de la sagesse et de la guerre est représentée par le symbole de la chouette, et c’est aussi pour cette raison que la chouette chevêche porte le nom latin d’Athene noctua.

Sous la scène théâtrale je découvre la magnifique stèle de Gemsou-ir-Nemty, prêt du musée Georges-Labit, illuminée pour inviter les visiteurs à un voyage dans l’Égypte antique où les oiseaux ont toujours tenu un rôle privilégié. Le vautour avec ses grandes ailes protectrices représente la déesse de la maternité Nekhbet.




La bio-inspiration ou comment les rapaces ont inspiré les scientifiques

Qui n’ a jamais rêver de voler ? C’est à partir de ce rêve fou que les scientifiques ont tenté d’imiter les oiseaux, et particulièrement les rapaces. Le but de ce focus est d’expliquer à quel point les hommes ont été fascinés par les capacités surprenantes de ces animaux

Je suis tout au long de mon parcours dans l'espace réservé au vol, amenée à découvrir, l’univers du Codex du Vol des Oiseaux. Ce chef-d’œuvre me donne ainsi l’occasion de redécouvrir les travaux de Léonard de Vinci. Il fût le premier scientifique à réaliser des recherches en biomimétique.

Après avoir effectué un travail d’observation de l’anatomie des oiseaux et étudier la position des plumes, Léonard De Vinci mettra en exergue le rôle important du centre de gravité. J’observe ainsi ses premiers dessins de «l’ornithoptère» et je me retrouve surprise par l’appareil volant de l’ingénieur Clément Ader, qui imite l’oiseau naturel.

J’apprends également que dans la ville rose, de curieux chercheurs à l'Institut de Mécanique des Fluides (IMFT), travaillent sur le projet des ailes du futur. Dans le cadre de ce projet, ils observent les rapaces dans plusieurs endroits, notamment à l’île du Ramier sur les berges de la Garonne, ainsi qu’au Rocher des aigles de Rocamadour. Passionnant non ?

Une visite, et les yeux plein d'étoiles

Cette exposition m'a permis d'apprendre, à travers plusieurs thèmes, à mieux connaître les rapaces. Elle invite à laisser de côté ses a priori et à se laisser guider dans l'univers de ces animaux majestueux.

Leur place est importante à la fois au sein de l'écosystème, mais également au sein de la société humaine. Ils ont sans cesse été observés, admirés et ont suscité la curiosité des hommes, comme en témoigne l'inspiration qu'ils ont apporté aux scientifiques, et les histoires mythiques dont ils sont les protagonistes.

Il me reste encore beaucoup de choses à apprendre sur l’univers de ces animaux. Cette visite m’a cependant permis de prendre conscience de l’importance de leur présence dans la région, mais aussi de la nécessité de sensibiliser le public à leur protection.


Si vous voulez en savoir plus sur les coulisses de l'exposition, vous pouvez consulter l'interview intégrale de Gaëlle Cap, sur le lien suivant :

https://www.echosciences-sud.f...