Le challenge Instagram #tussenkunstenquarantaine

Publié par Mariette Escalier, le 10 septembre 2020   300

Xl couv tussen

Avec le numéro #17 de "Vu sur le web", chronique du Podcast du Quai des Savoirs, retour sur un challenge international qui a transformé notre confinement dû au Covid19 en bulle de créativité artistique : le #tussenkunstenquarantaine !

Le #tussenkunstenquarantaine est un challenge international lancé sur Instagram par trois jeunes femmes originaire d’Amsterdam, et dont la traduction signifie «  Entre l'Art et la Quarantaine » (parodie du titre d’une émission de télévision hollandaise).

Le but en était très simple : "Reproduisez un tableau célèbre avec au moins 3 objets de votre maison - Et puis faites-le deviner" en le partageant avec le hashtag #tussenkunstenquarantaine.

Comment ont-elles eu cette idée ? Le 14 mars 2020, le confinement se profile dans de nombreux pays, et afin de s’occuper, Anneloes Officier, jeune femme de 31 ans vivant à Amsterdam, lance cette idée à ces deux colocataires Floor de Weger et Tessa Kerman.

La 1ère œuvre est leur célébrissime compatriote, la « jeune fille à la perle » de Vermeer, avec une gousse d’ail faisant office de perle.

(Crédit photo : Anneloes Officier)

D’abord partagé à leurs ami·e·s sur Whatspp et publié sur son compte Instagram personnel, d’autres personnes rejoignent alors le mouvement et elle décide donc de créer un compte Instagram dédié. Le succès est fulgurant (277 000 abonné·es à l’heure actuelle), l'initiative est ensuite relayée quelques jours plus tard par le Rijksmuseum (beaucoup ont d’ailleurs cru au début que c’était une initiative de ce musée), puis par d’autres grands musées : le Metropolitan Museum de New-York, le Louvre, le MoMA, l’Hermitage ... .

Elle a aussi fait des émules puisque certains ont lancé leur propre challenge, tel le Getty Museum de Los Angeles avec le hashtag #GettyMuseumChallenge (en plus des trois objets que vous pouvez trouver à la maison, le Getty incitait à utiliser les œuvres d’art numérisées et téléchargeables de leur collection en ligne); des russes se sont également lancés  en créant un groupe Facebook, «Izoisoliatsia» (qui signifie « confinement artistique »), réunissant près de 500 000 membres; ou encore, plus proche de nous, le couvent des Jacobins de Toulouse avec son jeu des œuvres cloîtrées, qui a joué sur l’analogie entre son cloître et le confinement et surtout son histoire, puisque durant la 1ère guerre mondiale il a servi d’abri à des tableaux du Louvre, dont la Joconde (et oui la Joconde a vécu à Toulouse ! ).

Le 23 avril 2020, le CLIC France s’est associé à ce challenge avec plus de 70 partenaires institutions muséales et les médias Télérama et Beaux Arts Magazine pour créer le concours national #artenquarantaine.

Le hashtag a depuis généré une traduction anglaise  : #betweenartandquarantine, pour mieux répertorier les posts.

Ce challenge a clairement été une bouffée d’air frais, un shoot de musées et d’art qui nous manquait cruellement alors enfermé·es entre quatre murs : pour beaucoup, ces créations ont eu un effet quasi thérapeutique, en se réappropriant ainsi des œuvres d’art célèbres.

De vrais trésors d’imagination ont été déployés, de la créativité et beaucoup de DIY pour recréer des tableaux depuis chez soi, à grands renforts d’objets pris autour de soi (les grandes stars ayant été les rouleaux de papier toilette ou paquets de farine, clin d’œil ironique à la pénurie des supermarchés, puis les masques de protection).

Certain·es se sont mis·es en scène, d’autres ont seulement utilisé des objets, certain·es étaient plutôt dans le mimétisme réaliste en prenant des objets correspondant vraiment à l’original, d’autres ont joué le détournement total avec des objets de remplacement assez décalés : le chien ou le chat pour remplacer l’enfant Jésus d’une Madone, des aliments, produits d’entretien, les jouets des enfants, les vêtements, draps, coussins et autres plaids pour recréer des costumes d’époque (les rouleaux de papier toilette comme fraises ou coiffes sont plutôt très ressemblants !). Des prises de vue défiant la gravité pour recréer des scènes d’action, les corps pour former des architectures, des trompe-l’œil avec des fonds colorés pour reproduire les tableaux surréalistes, etc. : un véritable foisonnement créatif !

À l'issue du confinement, l’inventrice du challenge a émis le souhait de faire une exposition des meilleures propositions dans des musées, ou pourquoi pas un livre souvenir (objet plébiscité par beaucoup de gens).

Ce serait une belle valorisation de cette immense œuvre collective numérique, réalisée dans un contexte inédit, et un hommage à l’inventivité déployée !


[ Mise à jour 22/09/20 ] Bonne nouvelle : le Palais des Beaux-Arts de Lille met à l’honneur les créations inspirées par ses collections  lors du challenge en exposant dans ses salles, du 19 septembre au 30 novembre 2020, une sélection d’une cinquantaine de photos en regard avec l'original !

https://pba.lille.fr/tussenkun...


Retrouvez cette chronique dans "Bricogitations", le podcast #17 du Quai des Savoirs :


Pour aller + loin :

https://muzeodrome.substack.com/p/rester-lintrieur

http://www.club-innovation-culture.fr/public-confine-reinterprete-chefs-doeuvres/

http://www.club-innovation-culture.fr/anneloes-officier-challenge-tussenkunstenqurantaine-itv/

https://www.nouvelobs.com/lifestyle/20200409.OBS27308/l-histoire-folle-des-3-filles-qui-ont-transforme-le-monde-en-tableau.html#modal-msg


Visuel de couverture : capture d'écran du compte Instagram @tussenkunstenquarantaine