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Lutte biologique contre un parasite du manioc

Publié par IRD Occitanie, le 4 avril 2022   190

Tubercule à la base de la sécurité alimentaire de millions de terriens, le manioc est attaqué par divers pathogènes. Dans sa recherche de solutions de lutte alternatives, une équipe associant des scientifiques brésiliens et français (dont UMR LISAH) a testé une combinaison de biochar et de champignons antagonistes. Récemment publiés dans Applied Soil Ecology, leurs résultats sont concluants.

Comment protéger les tubercules de manioc contre un champignon microscopique sans nuire à l’écosystème ? La solution pourrait venir d’une association entre du charbon végétal et un autre champignon.

Fusarium solani © Wikimedia commons

Un tubercule qui nourrit son monde

Consommé dans plus de 100 pays, le manioc est l’aliment de base des millions de personnes dans les zones tropicales. Selon les habitudes culinaires, cette plante est consommée pour ses feuilles ou pour ses tubercules, riches en amidon. Le Brésil en est le 4ème producteur mondial. Cette culture vivrière est menacée par divers pathogènes dont le champignon Fusarium solani est le principal. Celui-ci s’attaque à la base des tiges et provoque la pourriture des tubercules, les rendant impropres à la consommation. Les scientifiques cherchent donc les moyens de protéger les champs de manioc.

Tiges de manioc © IRD - Laure Emperaire

Haro sur les pathogènes du manioc

« Les effets positifs du biochar1 - un charbon d'origine végétale obtenu par pyrolyse de biomasse d'origine diverse – étaient déjà connus, explique Claude Hammecker, pédologue et co-auteur. Ajouté aux sols, ce charbon absorbe les substances toxiques, améliore la disponibilité des nutriments, élève la masse microbienne et favorise la croissance des cultures ». Cela, ajouté au fait que les interactions microbiennes du sol influencent la santé du sol et des plantes, a décidé du protocole expérimental. « Nous avons testé les performances d’adjonction de biochars inoculés par Trichoderma aureoviride, un champignon antagoniste de Fusarium, sur des jeunes plants de manioc de la variété Sambaqui », raconte Erika de Medeiros, microbiologiste de l’UFAPE2 et co-auteur. Réalisée dans l’Etat de Pernambouc (Brésil), l’expérimentation a été menée avec 4 sortes de biochar issues de déchets locaux (marc de café ; coques de café ; cosses de haricots ; déchets de corossol). Afin d’évaluer les effets de ces amendements, différents paramètres du sol (teneur en composés chimiques / pH3) ont été mesurés ainsi que le % de tissus végétaux infectés par Fusarium.

Biochar © Adobe stock

Association Biochar + Trichoderma très efficace

Les résultats, très encourageants, démontrent l’efficacité de l’inoculation avec Trichoderma et pointent la supériorité du biochar issu des déchets de corossol, fruit qui influence forcément la composition chimique du charbon. Cette combinaison réduit la sévérité de la maladie de 75-85 % et augmente les béta-glucosidases (indicateurs de l’activité enzymatique du sol, donc de sa fertilité) de plus de 100 % ainsi que l’urease (enzyme liée au cycle de l’azote dans le sol) de 200 %. De plus, elle diminue l’acidité du sol or un pH acide favorise les maladies. Encore un effet bénéfique non négligeable pour les cultures de manioc. « Trichoderma est très compétitif, commente la microbiologiste, il colonise les racines du manioc et lutte contre les autres champignons qu’il empêche de s’installer ». En outre, ce champignon peut vivre en conditions difficiles et a un excellent taux de reproduction, une aubaine pour les scientifiques d’autant plus que cette pratique phytosanitaire durable pourrait s’appliquer à d’autres pathogènes présents dans le sol. Sachant que l’agro-industrie brésilienne produit environ 200 millions de tonnes/an de résidus inutilisés, cette alternative de lutte biologique a un bénéfice / coût vraiment positif et s’inscrit dans l’approche One Health4 prônée depuis quelques années.

Notes :
1 - Contraction de "bio-charcoal", du préfixe "bio" et de "charcoal", charbon de bois
2 - Universidade Federal do Agresre de Pernambuco
3 - Unité de mesure d'acidité
4 - Une seule santé


Publication : da Silva J. S. A., de Medeiros E. V., da Costa D. P., de Souza C. A. F., de Oliveira J. B., da Franca R. F., Souza-Motta C. M., Lima J. R. D., Hammecker Claude. 2022. Biochar and Trichoderma aureoviride URM 5158 as alternatives for the management of cassava root rot. Applied Soil Ecology, 172, 104353. https://doi.org/10.1016/j.apsoil.2021.104353

Cet article a été écrit dans le cadre du projet Planet@liment.


Contact science : Claude Hammecker, IRD, LISAH CLAUDE.HAMMECKER@IRD.FR

Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet COMMUNICATION.OCCITANIE@IRD.FR


Feuilles de manioc © IRD - Laure Emperaire

Source de l'article : Lutte biologique contre un parasite du manioc