Festival d’Astronomie de Fleurance, une semaine dans les étoiles

Publié par Echosciences Occitanie, le 6 septembre 2017   630

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Début août. Nous sommes dans le Gers. Quelque part entre les champs et les fermes d’élevage de canards, Fleurance ! Depuis 27 ans, cette petite bourgade de 6300 habitants dresse la tête vers le ciel, le temps d’une semaine à l’occasion du Festival d’Astronomie.


    Scientifiques, médiateurs, bénévoles et curieux de tous âges se rencontrent à Fleurance pour rêver ensembles, mais aussi découvrir, comprendre la place de l’Homme dans l’univers, et profiter de la clarté du ciel pour prendre conscience de la Terre.

Oui, c’est ce que le festival revendique ! Son directeur, Bruno Monflier le clame haut et fort dès l’inauguration « Le 2 août 2017 marque le "jour du dépassement" : l'intégralité des ressources que la Terre peut produire en un an a été consommée par l’humanité. Cette date ne fait qu’avancer d’année en année alors pourquoi s'intéresser à l’Astronomie ? Justement pour comprendre ! Comprendre comment nous en sommes arrivés là, ouvrir les yeux et trouver ensemble les solutions pour y remédier ! »

Pour comprendre ce qui fait le succès de cet événement unique en France, nous sommes allés à la rencontre de ses fidèles visiteurs, mais aussi de celles et ceux qui l’organisent et qui y participent depuis tant d’années. 

Discours de Bruno Monflier lors de l'inauguration 

Un festival de Sciences

  Un festival d’astronomie ? Oui, mais pas seulement ! Au fil des années, la programmation du festival s’est largement étendue à l’ensemble du corpus des sciences, aussi bien sciences fondamentales que sciences humaines et sociales. Cette diversité lui confère d’être devenu le plus grand rassemblement populaire autour des sciences en Europe comme nous raconte Roland Lehoucq, astrophysicien à l’Université Paris Saclay, grand habitué du festival depuis 2001. « Qu’il y ait un grand festival de Science autour de l’astronomie et d’autres sciences en général comme la science de la Terre, les mathématiques, etc., c’est déjà suffisamment rare pour être relevé, car finalement il n’y a pas tant de festivals où on parle de Science en France ».

Les grandes conférences du festival 

Derrière cette pluralité, les scientifiques et médiateurs cherchent à transmettre ! Transmettre la science bien sûr, mais aussi amener à questionner. « Nous cherchons à expliquer le fonctionnement du monde physique, du monde naturel qui nous entoure et de l'interaction que nous avons avec ce monde qui nous entoure. L’espoir d’un message humaniste [...] et de protection de la planète, c’est un peu ce qui est sous-jacent du festival d’Astronomie. Implicitement, nous faisons passer ce message. J’aimerais que le grand public prenne conscience que ces grandes questions le concerne également et qu’il comprenne qu’il peut agir dans ce sens » nous livre Roland Lehoucq.

Pour les festivaliers en quête de découverte le festival reste une occasion unique d’obtenir « les éléments de réponses aux questions qu’ils peuvent avoir » comme nous explique Jules, étudiant à l’INSA de Lyon. « Même en étant des fidèles du festival, chaque année, il est possible de découvrir de nouvelles choses à Fleurance, il y a toujours des nouveautés ! Le festival reste à la page de la recherche scientifique et c’est ce qui est intéressant  » ajoute-t-il. 

Festivaliers passionnés de sciences

Un festival convivial propice aux rencontres

  La transmission se fait d’autant mieux qu’à la différence de conférences classiques, « le festival laisse la possibilité de rencontrer, même en dehors des conférences, des pointures nationales qui ont de vrais talents de vulgarisation » souligne Fabrice, un festivalier venu de Bordeaux. Cet échange, basé sur la simplicité a un côté “bon enfant“ ajoute le festivalier grand fidèle de l’évènement. « Il n’y a pas de personne VIP et donc inaccessible comme c’est souvent le cas dans les festivals de musique. Les places ne sont pas réservées dans l’auditoire, on peut donc s’installer où bon nous semble » précise-t-il. 

En dehors de leurs interventions, les scientifiques sont amenés à découvrir et à apprendre à leur tour de leurs homologues, au même titre que les festivaliers. En off, ils partagent entre eux de plus amples réflexions, ce qui reste « une manière pour eux d’apprendre à se connaître [...] dans une situation un peu différente que dans un congrès scientifique » nous confie Roland Lehoucq.

Café astro animé par la Youtubeuse, Florence Porcel

Le reste du temps, ils restent accessibles à tous, autant ouverts aux questions qu’à la simple discussion. « Revoir d’année en année des conférenciers qui sont fidèles du festival fait toujours plaisir ! » s’exalte Romain, festivalier depuis 3 ans.  

Les bénévoles ne sont pas en reste. Nombre d’entre eux ne ratent pas une « occasion de suivre des conférences pendant le festival ». C’est le cas de Jérémie, étudiant en gestion d’entreprise, bénévole depuis 5 ans qui chaque année « s'intéresse aux différents sujets en les raccrochant à l’actualité pour pouvoir aller plus loin que les médias ne le feraient ». 

Au fil des éditions, cette ambiance conviviale crée de véritables liens. « Je vois certains festivaliers tous les ans ! C’est un festival de passionnés [...]. Cette proximité entre les scientifiques entre eux et entre les scientifiques et les festivaliers fait vraiment partie de l’ADN de Fleurance [...] C’est un festival humain ! » s’émerveille Roland Lehoucq.

Roland Lehoucq, astrophysicien à l’Université Paris Saclay

Un festival pour tous et pour tous les goûts

  Les adeptes de sciences trouvent largement de quoi se mettre sous la dent au festival de Fleurance. « Ces gens là, même sans être des scientifiques, sont tout de même acteurs de la vulgarisation scientifique en propageant la science autour d’eux. Ce sont de véritables ambassadeurs du festival pour certains » s’exclame Roland Lehoucq. Mais qu’en est-il des publics moins avertis ?

Le festival, depuis sa création, a su adapter sa programmation à une plus large palette de publics. Jeunes et moins jeunes, débutants et passionnés trouveront toujours à découvrir, à comprendre, à se divertir. La programmation par niveaux de connaissances en est pour beaucoup. Cette idée a directement été inspirée du parrain du festival depuis sa création, l’astrophysicien, grand vulgarisateur scientifique et auteur de nombreux livres, Hubert Reeves. Dans son ouvrage, Patience dans l’Azur, publié en 1981, l'astrophysicien proposait deux fils de lecture : le fil rouge pour les plus connaisseurs et le fil vert pour les autres. « Désormais cette idée a été dupliquée pour le festival en plusieurs niveaux, du vert pour les plus débutants au noir pour les plus avertis » nous relate Benoît Reeves, fils d’Hubert Reeves, médiateur scientifique, venu accompagner son père.

La programmation du festival s'enrichit d’édition en édition. En parallèle des conférences, de nombreuses autres animations sont proposées au public : des ateliers découvertes, un festival dédié aux plus jeunes agrémenté « d’ateliers et de médiation plus concrète », des cafés astro pour débattre directement avec les conférenciers, le marathon des sciences, concept original, très condensé et exhaustif, largement apprécié des fans du festival. Et enfin, un village des sciences, en accès libre, permettant à tous de découvrir la science de façon simple et ludique. « Le format conférence est une manière efficace de faire passer la science, surtout qu’à Fleurance, il y en a pour tous les goûts. Le festival reste éclectique et accessible au plus grand nombre. N’importe quelle génération peut venir et découvrir des choses ! » s’enthousiasme Neil, festivalier et étudiant à l’INSA de Lyon.

Le village des sciences et ses animations pour tous les publics 

Attirer de nouveaux visiteurs, le pari n’était pas gagné d’avance. À première vue, le festival s’adressait davantage à un public « conquis d’avance, qui lui permettait de perdurer » plutôt qu’aux personnes pas ou peu demandeuses de culture scientifique. « C’est toujours compliqué d’attirer de nouveaux publics. C’est pour ça que ces manifestations de vulgarisation sont toujours en quelque sorte biaisées, mais ce n’est pas facile de faire autrement. Heureusement que le public réceptif à nos messages généraux nous sert de transmetteur ! » ajoute Roland Lehoucq.

Le marathon des sciences, 12 conférences en 12 heures 

  Après quelques jours passés au cœur du festival, à aller et venir entre les festivaliers, les conférences, les scientifiques et les bénévoles, nous comprenons mieux ce qui fait son succès. Chacun peut y trouver de quoi apprendre, de quoi découvrir, de quoi comprendre. Témoignage que « la science se prête bien à un échange simple, démocratique et sans façon » Benoît Reeves.

 

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