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Sexisme sur la voix publique : femmes, éloquence et politique

Publié par Mondes Sociaux, le 20 avril 2022   75

Article par Marlène Coulomb-Gully

Le 13 février 2022, Valérie Pécresse entre sur la scène du Zénith pour prononcer son grand discours de la campagne présidentielle. La salle est comble, les drapeaux bleu-blanc-rouge s’agitent en tous sens, la musique est à fond, l’ambiance est surchauffée ; « On va gagner ! On va gagner ! », « Valérie, Valérie, Valérie … ! » scandent les participant.es. Puis la candidate prend la parole : « …Enfin, enfin nous voici tous réunis … Vous m’avez manqué ! »

Le discours à peine entamé, les commentaires des internautes tombent : « Elle a le charisme d’une huitre (sic), la conviction d’une autruche et l’éloquance (sic) d’une ânesse … » Et quelques heures plus tard, les médias de renchérir : « Un naufrage » (L’Indépendant), « C’était le Titanic » (Le Monde, reprenant la formule d’un proche de la candidate)…

Rares sont les discours qui suscitent pareille unanimité, sinon, peut-être le discours de politique générale d’Edith Cresson trente ans auparavant. Que nous disent ces réactions des enjeux de la prise de parole des femmes ?

« Femme, tais-toi » ou la longue histoire du silence des femmes

Dans un essai remarqué, la spécialiste de l’Antiquité Mary Beard observe que « quand il s’agit d’imposer le silence aux femmes, la culture occidentale s’appuie sur une tradition vieille de plusieurs millénaires. » L’Odyssée d’Homère, L’Assemblée des femmes d’Aristophane, Les métamorphoses d’Ovide, etc. nous racontent toutes la même histoire où il s’agit de « clouer leur bec » aux femmes.

Une longue tradition littéraire et philosophique, l’Église, la misogynie des clercs et de nombreux textes médiévaux ont relayé cette injonction au silence, reprise par les codes de la bienséance bourgeoise intimant aux femmes silence et discrétion. La preuve que celles-ci n’étaient pas si faciles à faire taire et que les hommes n’étaient pas prêts à partager l’arme du discours avec celles qui apparaissaient sans doute comme de potentielles concurrentes.

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