Le jeu comme outil de médiation : retour sur l'apéro #7 des Brasseurs de sciences

Publié par Audrey Bardon, le 1 juin 2018   740

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Jeux de société, jeux vidéo, jeux de reconnaissance, escape game… Le jeu constitue l'un des principaux leviers de médiation scientifique. Il était donc normal de consacrer l'une de nos soirées à ce sympathique thème : le jeu comme outil de médiation. Le 25 avril dernier, nous sommes donc une quarantaine, réunis autour d'un nouveau lieu emblématique, l'Eurêkafé, pour analyser différentes facettes du jeu.

Pour nous accueillir : l'Eurêkafé

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, une petite présentation du lieu s'impose. Tout nouveau, tout beau. Et qui fait déjà beaucoup parler de lui. L'Eurêkafé. C'est un lieu pensé par et pour les amateurs de sciences nous expliquent ses créateurs Arnold et Samuel. "Nous voulions créer un lieu "comme à la maison"." Le lieu accueillera une programmation riche autour des sciences et techniques. Chacun peut y rester le temps qu'il souhaite. Se servir à boire et à manger. Profiter des agréables canapés. A l'instar d'un espace de coworking, on paiera non pas à la consommation mais au temps passé sur place. Un modèle original, qui fait déjà briller les yeux de nos participants, prêts sans nul doute à revenir.

Les intervenants de la soirée prennent place. Ce soir, ce sera Marianne Arrué, facilitatrice scientifique chez Emotscience, qui a développé un jeu sérieux de plateau, Thomas Ricaud, coordinateur des projets chez Fermat Science, qui reviendra sur la conception de leur escape game Le Testament d'Evariste Galois, et Sarah Debaud, qui vient partager sa participation à l'Edu Game Jam de Canopé, un évènement durant lequel des équipes avaient deux jours pour concevoir des jeux vidéo pédagogiques.

"L'important c'est d'atteindre en 48h un jeu "jouable""

Sarah se jette la première à l'eau. Avec le plus grand des reculs, elle nous partage son expérience en tant que participante à une game jam. Un exercice pas simple qui nécessite une très bonne entente et une communication sans faille entre les membres des équipes. Elle revient en détails sur le déroulé des deux jours passés à concevoir un jeu vidéo. Tout d'abord l'accueil, avec la répartition des compétences - elle sera l'une des "profs" -, et la présentation des objectifs. Point original de l'Edu Game Jam : le sujet n'est communiqué que le jour J. Ce sera les fake news pour l'édition 2018. "A ce moment là, je ne savais pas ce qu'était une game jam. Je ne maitrisais pas bien le sujet, je n'étais pas experte des jeux vidéo et je ne connaissais personne. Donc là, c'est le moment de faire preuve de sociabilité et de s'entourer des bonnes personnes". Les équipes se constituent alors. Les étudiants en conception de jeux vidéo sont vite pris d'assaut, surtout les développeurs. C'est à l'équipe qui en aura le plus. Car là est la clé du succès pour avoir les chances d’obtenir un jeu abouti.

Les deux jours seront alors intensifs. "On n'a pas dormi beaucoup". Malgré tout, elle nous partage sa frustration face à un résultat pas fini : "en deux jours, on n'a pas le temps d'aboutir à quelque chose de très développé. La consigne était de fournir un jeu jouable. Mais dans notre cas, c'était 15 secondes de jeu !" Autre frustration : la quantité d'information transmise. "On ne savait pas où mettre le curseur et quelle quantité de pédagogie y inclure". Pour en savoir plus son expérience et découvrir les jeux réalisés, c'est par ici.

Illustration par Sarah Debaud

"Ils sont toujours surpris quand on leur explique qu'ils font des maths depuis 1 heure !"

Nous passons ensuite à Thomas, qui revient sur la conception d'un escape game autour des maths. Il travaille en effet pour l'association Fermat Science dont l'objectif est de rendre ludique les mathématiques. L'objectif de ce projet était d'attirer un public non scolaire, plutôt de la tranche 15-25 ans. "Nous avions un lieu, une cave. Nous avions tout le matériel nécessaire. Des énigmes et jeux mathématiques. C'était donc simple de repartir de tout cela." Pour l'histoire, ils décident de partir sur un mathématicien du 19e. Tout simplement parce qu'il est plus simple de trouver des meubles et objets de cette époque. "Si nous avions choisi Fermat, nous aurions eu beaucoup de mal à construire un décor du 17e réaliste !" Après la conception, ils réalisent plusieurs tests avec différents publics. "C'était important pour nous d'avoir aussi plusieurs niveaux de lecture, pour faire jouer ensemble des gens différents". Trois niveaux sont créés, permettant aux groupes de choisir le plus adapté. La salle est installée en fonction.

Un médiateur joue le rôle de game master : il surveille les participants via un écran et donne des indices s'ils sont perdus. "C'est vraiment un format intéressant à animer car le groupe a envie de rester après pour en parler. Ils sont encore immergés dans l'histoire". Durant tout le jeu, les participants font appel à des concepts mathématiques pour avancer : cryptographie, lecture d'une carte, logique… "Ils sont toujours surpris quand on leur explique qu'ils font des maths depuis 1 heure !"

Mais principale difficulté, sans surprise : le coût ! Ahhh le nerf de la guerre… Prochaine étape pour leur équipe : réaliser une version plus petite pour l'itinérance. Ils sont par ailleurs impliqués dans un projet européen Erasmus+ visant à créer des escape games non physiques, à imprimer chez soi.

"Si le joueur ne croit pas en l'histoire, ça ne peut pas marcher"

Nous terminons avec Marianne, venue pour l'occasion avec son jeu "Oscar Pill Aventure". Elle nous partage son amour pour les jeux sérieux qui a débuté il y a quelques années. "A l'époque, tout le monde s'emballait pour les serious games. J'avais vraiment envie de creuser le sujet, comprendre leur finalité et la manière d'apprendre grâce à ces outils. Je me suis donc lancée dans un mémoire…" Pour tester ces méthodes, elle décide alors de concevoir elle-même un jeu de société, basé sur l'histoire d'un livre : Oscar Pill. Une sorte d'Harry Potter version jeunes médecins qui peuvent se miniaturiser pour entrer dans les corps humains. "L'histoire était toute trouvée. Le public existant. Et il y avait des missions à transposer en jeu" raconte Marianne. L'histoire constitue pour elle un élément moteur : "Si le joueur ne croit pas en l'histoire, ça ne peut pas marcher" explique-t-elle.

Elle teste alors différents leviers : cartes, combats, coopération… Mais lorsqu'elle souhaite l'éditer, sans surprise, les problèmes de droit la rattrape : "Cela nécessitait de récupérer la licence. Sauf que la Warner a en plus acheté les droits pour faire le film." Elle reproche par ailleurs la facette trop sectorisée du milieu de l'édition de jeux. "Il y a ceux qui éditent que des War Games, d'autres que des jeux de cartes… C'était difficile de proposer un serious game à mi-chemin entre tout ça." Mais son plus grand plaisir a été de revêtir plusieurs casquettes. Ingénieur pédagogique pour penser les concepts transmis. Scénariste pour transposer l'histoire. Game designer pour construire la mécanique ludique… Marianne précise néanmoins que ce jeu n'aurait pu être fait sans son travail de recherche réalisé au préalable.

Illustration par Sarah Debaud

Les pitchs du soir

Une fois n'est pas coutume, nous clôturons cette soirée avec des pitchs projets pour découvrir des initiatives locales.

Françoise et le projet "Canal Chimie"

Porté par la Commision Chimie et Société, ce projet se compose de trois manifestations visant à partager la chimie au plus grand nombre. Les rencontres "Chimie & Terroir" qui seront accueillies à Sète du 24 au 26 mai 2018, une "journée européenne d'échanges sur la médiation de la chimie" le 23 mai à Sète et la "caravane de la chimie" qui ralliera Sète à Lamagistère en proposant des animations dans des écoles et des "Cafés scientifiques" dans des villes bordant le canal du Midi et le canal latéral à la Garonne entre le 28 mai et le 6 juillet.

Pour en savoir plus : Chimie et Société

Adrien et sa chaîne Youtube Ludoïkos

Son but ? Parler d'écologie et d'environnement à travers les jeux vidéo. Car on peut beaucoup apprendre grâce à ces derniers. Il tente ainsi de discerner le vrai du faux en analysant divers grands jeux.

Pour découvrir la chaîne : Ludoïkos

Moi-même et le Forum régional de la culture scientifique et technique

J'en profite pour annoncer le prochain forum régional réunissant les acteurs locaux de la culture scientifique et technique, qui se tiendra le 14 juin à Toulouse. Une quinzaine d'initiatives de médiation scientifique y seront présentées.

Pour en savoir plus : Forum régional de la CSTI

Nous terminons ainsi la soirée, dans le brouhaha des discussions qui se prolongent. Un petit aperçu général en vidéo :


Rendez-vous en juin pour la prochaine soirée sur le thème des visites originales d'exposition.