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Une alliée inattendue pour surveiller les risques de zoonose

Publié par IRD Occitanie, le 4 octobre 2023   370

Avec leurs collègues gabonais et français, des scientifiques dont ceux de l’UMR MIVEGEC ont prouvé que l’analyse des repas de sang de mouches tsé-tsé pourrait être un outil précieux pour surveiller les virus dans la faune sauvage d’Afrique subsaharienne et donc évaluer les risques de zoonose.

Repérer les pathogènes susceptibles de naviguer entre des animaux et les humains est essentiel mais s’apparente aux douze travaux d’Hercule. Sauf si les scientifiques font preuve d’astuce.

Mouche tsé-tsé femelle de l’espèce Glossina palpalis gambiensis

© IRD - Patrick Landmann, Vectopôle

Pourquoi surveiller les pathogènes de la faune sauvage ?

Soixante pour cent des maladies émergentes chez l'Homme sont des zoonoses, c’est-à-dire que les agents pathogènes qui en sont responsables infectent en premier lieu des animaux puis, à la faveur de contacts répétés, passent aux humains. La faune sauvage joue un rôle clé en tant que réservoir pour des virus, bactéries et autres micro-organismes dont certains jusqu'alors inconnus. Dans une sorte de course contre la montre, les scientifiques tentent d’identifier les potentiels dangers avant qu’une nouvelle épidémie ne se déclare. Pour autant, pas question de faire des prises de sang en nombre aux espèces en danger et protégées tels que les grands singes vivant en forêt. Une équipe associant l’IRD et des institutions françaises et gabonaises a eu recours à une méthode moins invasive et moins chronophage : puisque les vertébrés forestiers se font piquer par des insectes hématophages (se nourrissant de leur sang), l’idée est de capturer ces « seringues volantes » pour exploiter le sang prélevé (et présent dans le tube digestif) afin d’identifier les agents infectieux qu’il contient et l’animal que ces derniers infectent. On parle alors de xénosurveillance. « Précédemment, nous avions montré que les mouches hématophages pourraient être utiles pour détecter et identifier les agents du paludisme chez une gamme diversifiée de mammifères au Gabon, rappelle Christophe Paupy, entomologiste médical à MIVEGEC. Cependant, nous n’avions pas évalué si cette méthode pouvait être utilisée pour détecter des virus. »

Etude des virus en laboratoire, Vectopôle, Montpellier

© IRD - Patrick Landmann, Vectopôle

Les mouches tsé-tsé mises à contribution

Dans l’étude publiée récemment dans Transboundary and Emerging Diseases, il ne s’agissait plus d’accéder à des échantillons de sang d’animaux sur le terrain, mais de vérifier si des virus bien précis restaient détectables dans les intestins de mouches tsétsé ou glossines et si oui, pendant combien de jours après leur absorption. « En laboratoire, nous avons nourri expérimentalement des mouches tsé-tsé avec du sang de lapin contenant différents virus d'importance médicale ou vétérinaire », explique Adeline Valente, premier auteur et dont les travaux de master sont à la base de la publication. Par la suite, différentes approches moléculaires ont été mises en œuvre afin de déterminer si les génomes des virus pouvaient être détectés dans l'abdomen des mouches (c'est-à-dire dans le repas de sang) à différentes étapes de la digestion. En effet, le temps écoulé entre l’ingestion de sang et l’analyse de l’échantillon pourrait affecter la probabilité de détection du virus. 

Tsétsé gorgée de sang

© IRD - Nil Rahola

Un outil de surveillance non invasif

De fait, les virus peuvent être détectés avec une sensibilité assez élevée dans les repas de sang. « Tous les virus sont restés détectables pendant 6 jours après l’alimentation des glossines, bien que la probabilité de détection ait diminué de manière significative avec le temps », annonce Christophe Paupy. Alors que chez les moustiques, les agents pathogènes ne restent détectables que pendant 24 heures après la digestion du sang, la fenêtre temporelle de détection est bien plus longue chez les glossines. Autre avantage des glossines : la quantité de sang prélevé est plus importante puisque la « seringue » est plus grande…  Ces travaux donnent aussi des pistes pour la conservation des échantillons de terrain. Comme les mouches tsé-tsé sont faciles à piéger, cette méthode permettra de surveiller la circulation des virus dans la nature et aux interfaces faune sauvage/humain dans les futurs programmes One Health en Afrique subsaharienne. D’autres travaux réalisés par des membres de l’équipe ont montré que la détection d’anticorps circulants contre des virus spécifiques est également possible, élargissant ainsi les informations obtenues à partir des repas de sang. 


Publication : Valente A., Jiolle D., Ravel S., Porciani A., Vial L., Michaud V., Kwiatek O., Pedarrieu A., Misse D., Ferraris P., Bretagnolle F., Bitome-Essono P.Y., Makanga B.K., Rougeron V., Prugnolle F., Paupy C. 2023. Flying syringes for emerging enzootic virus screening : proof of concept for the development of noninvasive xenosurveillance tools based on Tsetse flies. Transboundary and Emerging Diseases. https://doi.org/10.1155/2023/9145289

Contacts science : Christophe Paupy, IRD, MIVEGEC CHRISTOPHE.PAUPY@IRD.FR


Adeline Valente, ADELINE.VALENTE@IRD.FR

Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet COMMUNICATION.OCCITANIE@IRD.FR 

Source : https://www.ird.fr/une-alliee-...