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Tabous alimentaires autour de la grossesse au Cambodge

Publié par IRD Occitanie, le 28 novembre 2023   190

L’UMR QualiSud a contribué à une analyse approfondie sur les tabous alimentaires maternels au Cambodge. L’étude, réalisée avec des scientifiques australiens, canadiens, américains et cambodgiens, révèle que les restrictions vont plutôt dans le bon sens et sont majoritairement des choix individuels. Ces résultats sont publiés dans Maternal and Child Nutrition.

Les tabous alimentaires ont toujours existé autour du monde. La période particulière de la grossesse suivie de l’accouchement focalise une part de ces tabous.

Marché alimentaire de Siem Reap : vente d'oeufs.

© IRD - Daina Rechner

Étude en milieu rural auprès de l’ethnie Khmer

Pendant la grossesse et l'allaitement, les tabous alimentaires - en réduisant la diversité des aliments et en modifiant les apports nutritionnels des femmes - peuvent contribuer à une nutrition inadéquate et à une mauvaise santé maternelle et infantile. Les restrictions concernant certains poissons, viandes, fruits et légumes sont courantes chez les femmes en période de péripartumdans de nombreux pays d'Asie du Sud-Est, mais les données concernant le Cambodge font défaut. « Notre étudeapprofondie a plusieurs atouts, énumère Franck Wieringa, nutritionniste à l’IRD. Une grande taille d’échantillon (335), des questions ouvertes permettant de saisir les nuances des comportements et des croyances, et la collecte de données à quatre moments différents pendant la grossesse et jusqu'à 24 semaines après l'accouchement. ». Menés dans la province du Kampong Thom auprès d’une population rurale, les entretiens sur les comportements alimentaires concernaient des femmes âgées de 18 à 45 ans, toutes d’origine ethnique khmère. 

Tabous alimentaires autour de la grossesse

© Adobe Firefly

Des évitements bénéfiques pendant la grossesse

Soixante-six pour cent des femmes ont effectivement suivi des tabous alimentaires au cours des deux premières semaines post-partum mais seulement 20 % ont restreint leur alimentation pendant les autres périodes. Les denrées les plus fréquemment évitées pendant la grossesse étaient les aliments épicés, l’alcool, les boissons énergisantes et sucrées ainsi que le café. Des choix tout à fait sensés au regard des recommandations des instances de la protection maternelle et infantile. Bien que l’étude ait identifié une grande variété d’aliments tabous (114), les femmes avaient tendance à restreindre un nombre limité d’aliments à la fois (maximum 6). À l’inverse, les évitements post-partum incluaient généralement des aliments riches en nutriments tels que le poisson, les légumes crus, les aliments fermentés et le poulet. Par exemple, parmi les légumes évités figuraient les pousses de bambou, l’aubergine, des courges et les concombres. « Le fait que les restrictions alimentaires soient beaucoup plus répandues dans les deux premières semaines suivant l'accouchement est conforme aux croyances traditionnelles au Cambodge où l’on pense que les femmes sont dans un état particulièrement fragile à cette période », ajoute le nutritionniste. La nature des aliments évités post-partum préoccupe les nutritionnistes : en effet, environ 60 % d’entre eux ont une forte densité nutritionnelle.  Aussi ces restrictions pourraient avoir davantage de conséquences sur la santé des femmes et des enfants. En particulier les poissons, aliments essentiels du régime alimentaire cambodgien et une source importante de nutriments essentiels tels que protéines, graisses, vitamines B2 et D. « La durée généralement courte des évitements alimentaires post-partum (2 semaines) et le nombre limité d'aliments évités diminuent la probabilité de carence nutritionnelle », nuance Franck Wieringa.

Marché alimentaire de Siem Reap : étal de poissons séchés et de viande (à gauche).

© IRD - Daina Rechner

Variabilité individuelle et faible suivi des traditions

Quant aux justifications avancées par rapport à ces tabous, les cambodgiennes interrogées se souciaient davantage de leur santé ou de celle de leur bébé plutôt que de la tradition ou des superstitions. D’ailleurs, chaque naissance vivante supplémentaire réduit de 24 % les chances qu’une femme respecte les tabous alimentaires. « De manière évidente, les pratiques et justifications spécifiques variaient considérablement d'une femme à l'autre, ajoute le chercheur. Ce qui suggère que ces tabous sont moins façonnés par un système de croyances strict au sein de la culture khmère que par la compréhension individuelle ou familiale de l'alimentation et de la santé pendant la grossesse et après l'accouchement. » De fait, aucune des variables sociodémographiques et sanitaires utilisées pour l’étude ne pouvaient prédire quels tabous seraient observés, ni par qui, ni en quelles proportions. Et les auteurs de conclure que « Notre étude a révélé que les tabous alimentaires péripartum étaient légèrement moins répandus au Cambodge que dans les pays voisins d’Asie du Sud-Est ».


Publication : Labonte J. M., Kroeun H., Sambo S., Rem N., Luhovyy B. L., Karakochuk C. D., Green T. J., Wieringa Franck, Sophonneary P., Measelle J. R., Baldwin D., Whitfield K. C.. 2023. Restricting diet for perceived health benefit : a mixed-methods exploration of peripartum food taboos in rural Cambodia. Maternal and Child Nutritionhttps://doi.org/10.1111/mcn.13517

Contact science : Franck Wierenga, IRD, QualiSud FRANCK.WIERINGA@IRD.FR


Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet COMMUNICATION.OCCITANIE@IRD.FR 

Source : https://www.ird.fr/tabous-alim...