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Impact des déchets miniers du barrage de Fundão sur les oiseaux marins

Publié par IRD Occitanie, le 31 mai 2022   160

En 2015, le barrage minier de Fundão, dans le sud du Brésil, cédait, déversant dans l’environnement une coulée de boue toxique. Cet évènement, qualifié de plus grande catastrophe socio-environnementale du pays, est encore aujourd’hui d’actualité, comme le démontrent des chercheur·e·s français·e·s et brésilien·ne·s qui viennent de publier une étude révélant que ce désastre d’origine anthropique a entraîné une détérioration rapide de l’habitat des oiseaux marins.

Phaéton à bec rouge (Phaethon aethereus), Abrolhos, Brésil © Guilherme Tavares Nunes

Au long de ses 7000 km de côte, le Brésil abrite une riche diversité d’oiseaux de mer , notamment sur ses îles océaniques qui sont des lieux de reproduction et nidification, comme l’archipel d’Abrolhos, à quelques dizaines de kilomètres  de la côte du sud du pays. Aussi, lorsque qu’en novembre 2015 le barrage de Fundão se rompt, les scientifiques se préoccupent pour ces animaux : malgré la distance, des images satellite prises au moment du désastre ont montré que le panache de boue toxique s’était étendu dans l’océan jusqu’aux zones d’alimentation des oiseaux.

S’appuyant sur des données collectées en continu depuis environ 15 ans, les scientifiques ont cherché à comprendre quel était l’impact de la pollution engendrée par la rupture du barrage minier sur le comportement des oiseaux. « Une des hypothèses était que les oiseaux réagissent en changeant de zone d’alimentation pour fuir la pollution » explique Sophie Bertrand  qui co-signe l’article. « Mais nous avons observé qu’ils ont conservé les même lieux de pêche. Si la rupture du barrage n’a pas provoqué directement la mort massive d’individus adultes, ceux-ci se sont contaminés en restant au même endroit » poursuit-elle. C’est ce que les écologues appellent un piège écologique : en maintenant leurs habitudes alimentaires dans les mêmes régions de l’océan, les animaux sont atteints par la pollution.

Or, les oiseaux marins sont des espèces parapluies : situés en haut de la chaîne trophique, ils nous informent sur l’état de l’ensemble de l’écosystème. « Quand on voit les niveaux de contaminations en plomb, mercure, fer et autres métaux non-essentiels, il est possible d’en déduire que le milieu est pollué pour tous les êtres qui y vivent, y compris les humains » souligne Guilherme Tavares Nunes  premier auteur de l’article, rappelant par-là l’impact du désastre sur le socio-écosystème marin dans son ensemble. Il faut également considérer que si les effets immédiats – pertes humaines et matérielles, morts d’animaux, etc. – ont été considérables, les conséquences de la rupture de Fundão doivent aussi s’envisager sur le long terme.

Sula leucogaster, Abrolhos, étude dans le cadre du projet JEAI Tabasco © Guilherme Tavares Nunes

Le suivi des espèces, un instrument indispensable

Quels seront les effets à long-terme sur les populations d’oiseaux ? Grâce à la littérature, les chercheur.e.s savent que certains de ces métaux provoquent des problèmes hépatiques, rénaux ou à d’autres organes. « Ces métaux peuvent poser des problèmes, par exemple, pour la formation des coquilles d'œufs, en les rendant moins résistantes et plus sujettes à la casse. Si cela se produit à Abrolhos, ce serait une catastrophe au niveau de la population » alerte Guilherme.

Cependant, connaître spécifiquement les conséquences de cette pollution demande de dissocier les effets confondus de ceux-ci et ceux des autres pressions anthropiques pesant sur l’écosystème, car les déchets miniers de Fundão ne sont pas la seule menace à laquelle ces oiseaux doivent faire face. Le changement climatique, d’autres sources de pollution, ou encore les activités humaines en mer doivent également être considérées, raison pour laquelle il est essentiel de maintenir les opérations de suivi des populations d’oiseaux. « Dans ce cas, nous avons eu la chance d’avoir des données avant/après la rupture du barrage. Sans cela, il aurait été impossible de mesurer les effets sur les oiseaux » note Guilherme. Lorsqu’elles sont menées sur plusieurs décennies, ces opérations peu coûteuses apportent des donnés précieuses sur l’écologie des oiseaux marins, à partir desquelles il sera possible d’intégrer de nouvelles disciplines et méthodes de travail afin de mettre en place des outils d’aide à la décision, pour permettre à terme une gestion durable de l’espace marin.

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Récolte d'échantillon, Abrolhos © Guilherme Tavares Nunes


Cette étude a bénéficié de l’appui de la Jeune Équipe Associée à l’IRD (JEAI) Tabasco, un dispositif de recherche qui a pour objectif de participer au développement des connaissances sur les oiseaux de mer au Brésil pour aider à leur conservation. Le projet à l’avantage de réunir des chercheur.e.s français.e.s et brésilien.e.s réparti.e.s dans différents endroits du pays.

La JEAI rassemble l’IRD, l’Université fédérale de Rio Grande du sud (UFRGS), l’Université fédérale de Rio Grande (FURG), l’Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ) et l’Université fédérale d’Alagoas (UFAL) autour de cette question.


Publication

“Ecological trap for seabirds due to the contamination caused by the Fundão dam collapse, Brazil”, in Science of the Total Environment

Un piège écologique pour les oiseaux marins du fait de la pollution causée par la rupture du barrage de Fundão, Brésil

Guilherme Tavares Nunes, Márcio Amorim Efeb, Cindy Tavares Barreto, Juliana Vallim Gaiotto, Aline Barbosa Silva, Fiorella Vilela, Amédée Roy, Sophie Bertrand, Patrícia Gomes Costa, Adalto Bianchini, Leandro Bugoni


Contacts

Brésil | Chercheur : Guilherme Tavares Nunes
France | Chercheure : Sophie Bertrand
Brésil | Communication : Héloïse Benoit


Source de l'article : Impact des déchets miniers du barrage de Fundão sur les oiseaux marins