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Durabilité des pêcheries : les prises accessoires dans le collimateur

Publié par IRD Occitanie, le 16 février 2022   350

La pêche génère des prises « accidentelles », c’est-à-dire la capture d’espèces non ciblées et souvent vulnérables. Pour rendre durable cette activité et lutter contre l’érosion de la biodiversité marine, il ne suffit pas de créer des Aires marines protégées comme vient de le montrer une équipe internationale impliquant des chercheurs de l'UMR MARBEC.

Le problème des prises accidentelles est le principal frein à la durabilité de la pêche. Une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (USA) montre qu’il faut fermer des zones océaniques en jonglant sur les paramètres spatio-temporels.

Pêche industrielle, Seychelles, © IRD - Thibaut Vergoz

Prises de pêche accessoires, un gaspillage évitable

Les bateaux de pêche utilisent des engins non sélectifs du type filet (chaluts ou senne) ou lignes avec hameçons (palangre). Ces outils capturent non seulement les poissons destinés à notre alimentation mais aussi une proportion non négligeable d’animaux marins qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Selon la FAO1, ces prises dites « accessoires » ou « accidentelles » représentent 27 millions de tonnes par an (sur 94 millions de tonnes pêchées). Parmi les espèces qui paient un lourd tribut aux pratiques de pêche : des tortues, des oiseaux marins (en particuliers des Pétrels et des Albatros en danger d’extinction), des requins, des cétacés (dauphins, marsouin commun). Sans parler de nombreuses espèces de poissons, juvéniles ou adultes. Afin de lutter contre ce gaspillage des ressources marines, la dernière COP2 encourage les Etats à s’engager sur l’objectif de 30 % de la surface océanique en Aires marines protégées (AMP) d’ici 2030, dont une partie importante serait des grandes AMP en haute mer. Mais l’efficacité de ces AMP au large est-elle avérée ?

Distribution spatiale des 15 pêcheries dans le monde examinées, © Pons et al. 2022

Quinze pêcheries mondiales analysées

Pour répondre objectivement, une équipe internationale a analysé différents scénarios de protection (dont les AMP) pour 15 pêcheries dans le monde : de la pêche au colin en Alaska à la pêche au thon en Afrique du sud en passant par la pêche à l’espadon à Hawaï. « Les analyses menées sur notre cas d'étude, la pêcherie française à la senne de thons tropicaux de l'océan Indien, contribueront aux futures décisions de gestion », explique David Kaplan, biologiste et modélisateur à MARBEC et auteur de la publication. Avec ses collègues de différentes institutions, il a modélisé les impacts sur les volumes de prises cibles et accidentelles de fermetures de zones de pêches fixes dans le temps et dans l’espace (AMP) ou au contraire variables dans le temps ou dans l’espace. Le résultat est parlant : « Avec 30 % d’AMP, la réduction des prises accessoires ne sera au mieux que de 16 % alors que si la même surface interdite revêt la forme d’une mosaïque variable d’une année à l’autre, cette réduction peut atteindre 57 % voire plus », avance le chercheur. Les schémas dynamiques sont 3 à 4 fois plus efficaces que les schémas fixes.

Surveillance des débarquements de thons industriels en milieu tropical, © IRD - Thibaut Vergoz

Compromis entre espèces cibles et espèces à protéger

Ces résultats encourageants sont bien sûr à nuancer selon les types de pêcheries. « Pour les pêcheries de thon obèse et d’espadon d’Hawaï, les performances de l’approche dynamique sont vraiment remarquables et cela sans conséquence négative sur le volume des poissons ciblés, précise David Kaplan, mais pour les pêcheries à la senne aux thons tropicaux dans l'Atlantique et l'Indien, les impacts des AMP sont beaucoup plus modestes ». Le facteur qui pèse le plus sur les différences d’efficacité semble être la corrélation entre la répartition spatiotemporelle des espèces cibles et celle des espèces non cibles. Afin que les mesures de fermetures temporaires soient réellement efficaces pour protéger les espèces migratoires ou les phases juvéniles vulnérables, il faut s’appuyer sur des bases de données environnementales concernant les répartitions en temps réel et ainsi modéliser les zones à risques. Toutefois, ces fermetures organisées ne suffiront pas à améliorer le gaspillage, il faut modifier les engins de pêche en améliorant les pratiques de manipulation des prises non voulues pour permettre de les remettre vivantes à l’eau. « Le principe des AMP reste tout à fait pertinent pour protéger un habitat critique ou un point chaud de biodiversité », reconnaissent les auteurs.

1 Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
2
Conférence des Parties (COP 15) à la Convention sur la diversité biologique (CDB) 

Publication 
Maite Pons, Jordan T. Watson , Daniel Ovando , Sandra Andraka , Stéphanie Brodie , Andrés Domingo , Mark Fitchett , Rodrigo Forselledo , Salle Martin , Elliott L. Hazen , Jason E. Jannot , Miguel Herrera , Sébastien Jimenez , David M. Kaplan , Sven Kerwath , Jon Lopez , Jon Mc Veigh , Lucas Pacheco , Liliana Rendon , Kate Richerson , Rodrigo Sant'Ana , Rishi Sharma , James A. Smith , Kayleigh Somers et Ray Hilborn. 2022. Trade-offs between bycatch and target catches in static versus dynamic fishery closures. PNAS 119 (4) https://doi.org/10.1073/pnas.2114508119

Aller plus loin :


Contact science : David Kaplan, IRD, MARBEC DAVID.KAPLAN@IRD.FR 

Contact communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet COMMUNICATION.OCCITANIE@IRD.FR


Source : https://www.ird.fr/durabilite-...