Vieillir, la belle affaire

Publié par Université de Montpellier UM, le 1 décembre 2016   910

Xl viellir la belle affaire lum universite de montpellier

Vivre plus longtemps et en bonne santé ? C’est possible ! Si l’on ne sait toujours pas stopper les effets du temps, les chercheurs savent désormais les retarder.

A 100 ans, elle se déplaçait encore à vélo. Elle a vécu chez elle jusqu’à l’âge de 110 ans et s’est éteinte à l’âge canonique de 122 ans, 5 mois et 14 jours. Et si bientôt nous connaissions tous l’exceptionnelle longévité de Jeanne Calment ? « Non seulement sa longévité, mais également sa vitalité », répond Jean-Marc Lemaître. Le chercheur de l’Institute for Regenerative Medicine and Biotherapy (IRMB) en est convaincu : on va vivre plus longtemps et en bonne santé. « Pendant très longtemps la recherche s’est intéressée principalement aux maladies liées au vieillissement sans chercher à comprendre le vieillissement lui-même, ses causes et ses conséquences, explique le spécialiste. Désormais la communauté scientifique a pris conscience qu’en traitant le vieillissement, nous allons traiter aussi les pathologies qui y sont associées. »

Comprendre le vieillissement

Et ces 15 dernières années, la lutte contre le vieillissement a connu un bond en avant considérable, notamment grâce à la recherche sur les cellules « sénescentes ». « Lorsqu’elles sont soumises à un stress, les cellules peuvent entrer en sénescence, un état dans lequel elles ne prolifèrent plus mais ne meurent pas non plus », explique Jean-Marc Lemaître. Problème : ces cellules sécrètent des substances qui créent des inflammations chroniques souvent associées à des maladies liées à l’âge. « Chez un individu jeune, les cellules sénescentes sont supprimées par le système immunitaire, mais dès 50 ans ce processus perd de son efficacité et les cellules sénescentes s’accumulent dans l’organisme avec leur cortège d’effets négatifs ».

Et si pour freiner le vieillissement on s’attaquait à ces fameuses cellules ? C’est ce qu’ont fait des chercheurs américains de la Mayo Clinic dans le Minnesota qui sont parvenus à supprimer les cellules sénescentes chez des souris. Résultat : l’espérance de vie des rongeurs a été allongée de 30 %. « Non seulement ces souris ont vécu beaucoup plus longtemps mais elles ont mieux vieilli », souligne le spécialiste du vieillissement. Les souris ainsi traitées présentaient moins de pathologies liées à l’avancée en âge comme la cataracte ou la fonte musculaire.

Pilule anti-âge

Une bien bonne nouvelle pour les souris, mais qu’en est-il pour l’être humain ? « On peut imaginer transposer ces résultats chez l’homme », répond le spécialiste. 30 % de longévité en plus ? Nous pourrions tout vivre centenaires. Et en forme : « l’élimination des cellules sénescentes permet de prolonger les années de vie en bonne santé », insiste Jean-Marc Lemaître. Ce qui passait pour de la science-fiction il y a encore peu deviendra bientôt réalité. « On a déjà identifié des molécules comme la rapamycine, un immunosuppresseur, ou la metformine, une substance utilisée pour traiter le diabète, qui retardent la sénescence chez l’homme et sont de bons candidats pour un cocktail anti-âge. Reste à trouver des petites molécules qui vont détruire sélectivement les cellules sénescentes ». Quand verra-t-on l’arrivée d’une pilule « longue vie en bonne santé » ? « D’ici une quinzaine d’année », assure Jean-Marc Lemaître.

Il faut dire qu’en parallèle des travaux sur les cellules sénescentes, la recherche sur la médecine régénératrice avance à grands pas. « L’idée, c’est de pouvoir réparer les tissus et organes endommagés par le vieillissement ou la maladie », explique Jean-Marc Lemaître. Comment ? En remplaçant les cellules défaillantes par des cellules saines. Avec la thérapie cellulaire, les chercheurs peuvent créer des cellules à la carte. « On reprogramme de simples cellules comme les cellules sanguines en cellules souches », explique le spécialiste de la reprogrammation. Une « remise à zéro » qui permet ensuite de différencier ces cellules en divers types cellulaires de l’organisme : hépatiques, elles permettront de régénérer le foie, cardiaques, de réparer le cœur. « En soignant ainsi les maladies qui apparaissent avec l’âge, on peut augmenter encore notablement l’espérance de vie en bonne santé », estime Jean-Marc Lemaître.

Une longévité sans limite ?

D’autant plus que la médecine régénératrice ne se contente pas de soigner les maladies, elle se propose carrément de créer des « bio-organes » humains pour remplacer un pancréas fatigué ou un rein éreinté. « D’ici 5 à 10 ans on devrait voir apparaître le premier rein bio-artificiel », précise le spécialiste.

Ralentir le vieillissement, troquer les cellules périmées contre des cellules fraîches, remplacer nos organes défaillants par une machinerie flambant neuve… La fontaine de jouvence serait à portée d’éprouvette. « Si ces avancées scientifiques s’accompagnent d’une véritable volonté sociétale, tout le monde pourra vivre 120 ans en bonne santé », imagine Jean-Marc Lemaître. Et pourquoi pas davantage ? Une question épineuse pour les chercheurs. « En fait on ne sait pas vraiment quelle peut-être la limite de la longévité »…


Retrouvez cet article dans LUM, le magazine science et société de l'Université de Montpellier.

Vous souhaitez recevoir chaque numéro du magazine Lum en version papier ? Envoyez un simple mail précisant vos coordonnées à aline.periault@umontpellier.fr