Une plateforme de recherche dédiée à l’étude des comportements et des usages, unique en son genre!

Publié par Echosciences Occitanie, le 28 septembre 2016   1.3k

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Tout juste inaugurée, elle fait déjà beaucoup parler d’elle. La nouvelle plateforme Cognition Comportements et Usages dépend de la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de Toulouse (MSHS), elle-même intégrée à l’Université Toulouse Jean Jaurès.

C'est à l'intérieur d'un bâtiment entièrement neuf que nous avions rendez-vous en ce lundi matin pour une visite inédite. Accompagnés du Directeur de la MSHS lui-même, Pascal Gaillard, nous sommes venus découvrir ce nouveau petit bijou de technologie, financé par le CNRS, la Région, Toulouse-Métropole et le programme Initiatives d'Excellence (IDEX) de l'Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées.

A peine entrés, nous nous retrouvons nez à nez avec des équipements flambant neufs qui suscitent la curiosité !

Pascal Gaillard, nous conduit alors à l'intérieur de chacun des 9 plateaux, nous présentant fièrement l'ambition que s'est donnée cette toute nouvelle plateforme.



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© Frédéric MALIGNE/MSH Toulouse/CNRS Photothèque

Comment pourriez-vous décrire ce nouvel équipement ?

P. Gaillard - Il s’agit d’un ensemble de plateaux techniques qui étudie le comportement humain, la cognition et qui peut être également utilisé pour étudier les usages. D’où le nom "Cognition, Comportement et Usages".


Qu’entendez-vous par comportement ?

P. Gaillard - Dans l’étude de la cognition humaine, il peut y avoir deux champs possibles. D’une part, la physiologie que l’on étudie grâce à de l’imagerie cérébrale. D’autre part, le comportement que l’on étudie en observant les réaction d'un sujet face à une situation donnée.

C’est à cette vocation que sert la plateforme.


© Frédéric MALIGNE/MSH Toulouse/CNRS Photothèque


À quelles fins ?

P. Gaillard - On peut étudier les usages au service des entreprises. Par exemple dans l’industrie aéronautique, pour améliorer l’usage d’un outil dans les cabines d’avion. Concrètement, on observe ce qu’une personne fait d’un appareil, d’un dispositif quelconque.

Autant l’étude du comportement est plutôt destinée à des fins scientifiques, c’est-à-dire que l'on observe le comportement humain d’un point de vue scientifique avec des théories scientifiques, alors que l’étude des usages sera davantage orientés sur des prestations de service.

Toutefois, on essaye en général, y compris en répondant à des questions d’usages, de trouver un questionnement scientifique derrière.


Pouvez-vous nous décrire le fonctionnement de l’ensemble des plateaux techniques ?

P. Gaillard - La plateforme est composée de 9 plateaux, 9 points spécialisés dans une partie du comportement. (Description des 9 plateaux ci-dessous)

Derrière chaque plateau , il y a l'idée de reproduire des situations qui soient les plus naturelles possible.

Par exemple, le simulateur de voiture reproduit une “situation naturelle” d’action, mais ce n’est qu’un prétexte d’action à faire faire à un sujet dans une situation contrôlée pour observer son comportement face à cette situation. Le simulateur est donc simplement l’outil qui nous permet d’observer quelque chose.

Autre exemple, la plateforme possède un plateau audio (PETRA) qui reproduit un environnement audio en 3D et qui permet d’immerger le sujet dans un environnement donné. Une usine, une gare par exemple.

L’intérêt de ces dispositifs est véritablement d’immerger les sujets dans une situation précise et d'en observer les comportements qui en surgissent.



© Frédéric MALIGNE/MSH Toulouse/CNRS Photothèque

Existe-t-il d'autres structures similaires ?

P. Gaillard - En France, ce qui est original ce ne sont pas les plateaux un à un, mais plutôt le fait qu’ils soient regroupés au même endroit et soient susceptibles d’être combinés les uns avec les autres en fonction du besoin.

Ce qui est également très original c’est qu’une aussi grande surface soit dédiée à cela. Il existe un laboratoire similaire à Paris, le Laboratoire des Usages en Technologies d'Information Numériques des Universités Paris 8, Paris 6, de l'Université Technologique de Compiègne, de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes et d'Universcience qui est dédié à l'étude des usages des nouvelles technologies. Cependant, ce labo est plutôt orientés sur l’étude des usages alors que notre plateforme se veut dédiée aux études scientifiques.

Il existe d’autres plateaux similaires en France et en Europe, mais qui n’ont pas une vision aussi large que ce que cette plateforme est capable de traiter.


Comment la création de cette plateforme a pu être possible ?

P. Gaillard - Dès 2003, c’est Jean-Marie Cellier, directeur d’étude émérite à l’École Pratique des Hautes Etudes (EPHE) et ancien vice-président du conseil scientifique de l’Université du Mirail (ex Université Jean Jaurès) qui a été à l’initiative du projet.

Ainsi, nous avons pu profiter de la construction d’un nouveau bâtiment (ce qui est assez rare dans une université) pour pouvoir intervenir au moment de l’écriture des cahiers des charges et concevoir en amont les plans de l’espace qui accueillera cette plateforme.


En termes de recherches, pouvez-vous nous donner des exemples concrets d’études ?

P. Gaillard - Le fonctionnement de chaque plateau implique au minimum une vingtaine de chercheurs, ce qui fait découler un nombre considérable de thématiques différentes et de possibilités d’études. Cette plateforme reste un outil qui est destiné à favoriser la création de savoirs scientifiques.

Pour vous donner un exemple, on peut étudier les phénomènes attentionnels avec comme outil le simulateur de voiture. L’attention étant une thématique scientifique en psychologie cognitive assez récurrente qui peut avoir des répercussions industrielles.

Un autre exemple avec le Babylab et la psychologie développementale. Ce plateau permet de faire de l’analyse comportementale en filmant des enfants en bas âge en situation donnée.

Nous avions menée une étude il y a quelques années avec le CHU de Toulouse et l’Unité Pédiatrique d’Implantation cochléaire sur la perception des sons du quotidien chez des enfants implantés cochléaires. (Enfants sourds de naissances qui ont un implant cochléaire). C’est ce genre de sujet, pluridisciplinaire qui a pu légitimer la création d’un Babylab sur cette plateforme.



L’inauguration de la plateforme eut lieu le jeudi 8 septembre dernier, mais les projets n’ont pas attendu la fin des travaux pour émerger. Grâce à de nombreux financements et contrats industriels, la plateforme a pour ambition de remplir son calendrier en attirant nombre de chercheurs.

Suite à la perte de l’IDEX de l’Université Fédérale de Toulouse, cette plateforme, au potentiel scientifique colossal, souhaite redorer le blason de l’Université Jean Jaurès en permettant de produire de la science, que se soit en termes de publication scientifique qu’en termes d’avancées sociétales.

La science manquait cruellement d’outils. L’informatique nous permet maintenant d’avoir de l’équipement pour toutes les formes de sciences. L’étude scientifique se faisant essentiellement par l’observation , des outils tels que cette nouvelle plateforme nous permettent de faciliter ces observations. D’où leur importance cruciale.” nous conclut Pascal Gaillard.


© Frédéric MALIGNE/MSH Toulouse/CNRS Photothèque


Description des 9 plateaux de la plateforme :

  • OCULOMÉTRIE : « eye-tracking » permettant l’interprétation et la modélisation de la dynamique visuelle lors d’une activité contrôlée,
  • EEG : mesure et analyse de l’activité cérébrale d’un sujet lors de la réalisation d’une tâche,
  • SIMULAUTO : simulateur de conduite dédié à l’étude des défauts de l’attention en conduite automobile,
  • CLOE : réseau d’ordinateurs permettant des tests à grande échelle pour la modélisation de processus cognitifs langagiers,
  • PETRA : cabine audiométrique dédiée à l’étude de la perception auditive humaine et à l’acquisition et l’analyse de signaux sonores,
  • BabyLab : étude du développement des jeunes enfants (environ 6 mois à 10 ans)
  • TAB : décryptage des réponses comportementales liées à l’utilisation des tablettes numériques portables,
  • ImNum : studio d’enregistrement numérique mobile,
  • ROB : travail sur les interactions Homme-machine, notamment à partir du robot humanoïde NAO pour proposer des modèles de coopération, de détection de l’intention et de dialogue.