Nicolas Berton, un médiateur curieux et passionné, pas seulement pour une Nuit

Publié par Echosciences Occitanie, le 16 décembre 2019   120

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Un parcours plein de rebondissements

L’attrait de Nicolas pour la science lui vient de son enfance. Dès le départ, c’était un jeune qui adorait qu’on lui raconte des histoires. Et c’est dans la biologie qu’il a d’abord trouvé son bonheur. Etant doué dans ce domaine, il s’est naturellement tourné vers des études supérieures et a intégré une classe préparatoire de biologie. Mais après un an d’études, il a réalisé que suivant la manière dont la science est enseignée, on ne raconte pas simplement des histoires... Après sa prépa, il persévère tout de même dans la biologie et décroche une licence en biologie de l’environnement, avec en prime un Erasmus à Salamanque.

À son retour, il poursuit son parcours et se retrouve en Master patrimoine naturel et biodiversité orienté vers la protection de la nature et de l’environnement. Cette fois encore, il se retrouve à pratiquer la science plutôt qu’à découvrir et apprendre de nouvelles histoires. C’est ce qui l’a poussé à se reconvertir et se tourner vers la médiation. Il a opté pour le Master de communication scientifique proposé à Grenoble. Grâce à ce Master, il peut effectuer un deuxième séjour à l’étranger, plus au nord que le précédent. C’est à Leiden en Hollande que Nicolas rejoint l’équipe de l’Open Science Center. Il est intégré au sein du service communication d’un laboratoire d’astronomie. Leur projet est de produire de la médiation scientifique pour les publics éloignés géographiquement (notamment l’Afrique du Sud). Il avait pour mission de créer l’exposition d’un musée livrable à l’étranger. Une exposition qui traite d’un vaste sujet : l’histoire de l’univers. Cette expérience lui a donc permis de retrouver ce goût de la découverte un peu estompé par les années d’études diverses.

Il arrive ensuite à Toulouse grâce à son réseau développé à Grenoble pour commencer une mission en Service Civique chez Science Animation. Il intègre l’équipe de médiation chargée d’animer le Propulseur, un tiers lieu ambulant qui se déplace dans toute l’Occitanie. Deux axes principaux sont alors dégagés : le développement d’une offre pouvant impliquer les professionnels (entreprises, fablabs) et le rayonnement de la culture scientifique numérique dans toute l’Occitanie. L’aspect “touche à tout” qu’on lui demande de développer à Science Animation est peut être ce qui l’a le plus passionné. Il travaille sur le montage d’expositions, la gestion et l’animation d’un atelier de fabrication au Quai des Savoirs et une multitude d’autres projets culturels.

Tout de suite après son volontariat chez Science Animation, il rejoint l’association Délires D’encre où ses responsabilités vont croître. Il doit y gérer la communication sur des opérations de médiation, les budgets, les appels à projets, l’animation et aussi de la conception. Il est à l’origine de l’escape game “Panique dans l’ISS !”.

Après un rapide passage en tant que coordinateur de médiation au Quai des Savoirs, il travaille désormais à la Cité de l’espace. Toutes ces expériences dans diverses structures lui ont permis d’avoir une vision assez globale sur ce qui se fait en termes de médiation scientifique dans la région de Toulouse. Et surtout, de combler son envie principale : “J’ai fait de la médiation scientifique parce que j’avais envie de me nourrir de pleins de sciences différentes”. On peut dire qu’ici, l’objectif est atteint !


Un bénévole expérimenté

Au milieu de toutes ses activités professionnelles de médiation scientifique, Nicolas trouve tout de même le temps de se consacrer à des actions de bénévolats. Il a notamment participé en tant que bénévole à l’édition 2018 de la Nuit des chercheurs. C’est un projet européen développé pour inviter des chercheurs de différentes structures pendant une nuit à présenter leur travail de recherche. Cela nécessite la mise en place d’un imposant travail de médiation car un public non initié est largement présent sur cet événement.

Son premier contact avec cet événement date de sa participation en tant que professionnelle par le biais de Délires D’encre. En tant que médiateur, il avait été sollicité pour concevoir une activité de médiation scientifique. Grâce à cette intervention, des contacts se sont créés. L’année d’après, ayant plus de temps libre à sa disposition, il décide cette fois-ci d’y participer en tant que bénévole. Son rôle est de suivre l’avancé du projet au Quai des Savoirs à travers les échanges de mails et deux réunions. Il est aussi présent une demi-journée avant le montage pour se rendre compte des besoins logistiques et évidemment le jour même de l’événement. Même si son rôle n’était pas directement lié à la médiation scientifique en tant que tel, le fait de pouvoir observer une partie de l’organisation de l’événement l’a intéressé. 

Et pour Nicolas ce type d’événement est tout à fait d’actualité : “La société est de moins en moins proche des activités scientifiques qui sont de plus en plus spécifiques. Par exemple, je me rappelle d’une chercheuse en première année de doctorat qui travaillait sur Alzheimer. Elle étudiait les effets de la maladie sur un trait particulier du cerveau des souris, donc avant même de parler de la maladie il fallait parler du cerveau. Le médiateur à ce moment peut faire le lien entre les deux. Au tout début, la médiation était beaucoup plus dure à mettre en place, on demandait aux chercheurs de se débrouiller pour être capable de transmettre les connaissances qu’ils avaient acquises. Maintenant il y a des structures et des médiateurs qui aident”. La Nuit des chercheurs s’est bien développée et propose désormais des actions qui mêlent arts et sciences, de la médiation très travaillée, des films… Les lieux d’accueils sont aussi variés. Les institutions tels que les universités et les musées sont principalement impliquées mais on retrouve aussi des CCSTI et des associations où se déroulent cette nuit de partage.

Pour des actions qui mettent en lien quasi direct les chercheurs et le public, le médiateur joue un rôle important. Même si les chercheurs n’ont pas toujours besoin d’une autre personne pour expliquer leur découverte ou leur domaine d’expertise, ils n’ont pas forcément de gros moyens mis à leur disposition pour le faire eux-mêmes. Cela nécessite de l’argent et du temps, deux éléments que les scientifiques sont loin de posséder en abondance. Le médiateur devient donc indispensable pour un événement populaire.

Nicolas n’a pas seulement été bénévole pour la Nuit des chercheurs. Tout en travaillant à Délires D’encre, il estime y avoir aussi fait un peu de bénévolat. Par passion et par plaisir, il a pu concevoir et animer des ateliers sans compter ses heures. Dans le cadre de Scientilivre par exemple, où il mettait en place des ateliers en complément des interventions et conférences données par des auteurs d’ouvrages scientifiques. 

Dès son Master à Grenoble, le bénévolat occupait déjà une partie de son temps. Cette fois-ci derrière un micro sur RCF (Radio Chrétienne Francophone), et avec une étonnante liberté. On pouvait l’y entendre relater des brèves, parler d’actualité scientifique et diffuser ses chroniques. On lui permettait d’aborder des théories tel que le Darwinisme sans retenue. Un exercice qui lui a plu et qu’il aimerait bien reproduire (et faire évoluer) à Toulouse !

Enfin, on peut retrouver Nicolas auprès des Brasseurs de Sciences avec lesquels il organise des soirées de rencontres et de discussion entre professionnelles de la médiation scientifique. Ces soirées se déroulent une fois tous les deux mois dans un bar Toulousain choisi au préalable et traitent de thèmes variés (le dernier événement portait sur l’esprit maker et l’apprentissage par le faire). L’intérêt qu’il y porte se situe principalement dans les rencontres qu’il peut y faire et le réseau qu’il peut ensuite développer. Bien évidemment, l’événement en soi est aussi agréable, surtout quand il peut y apprendre de nouvelles pratiques de médiation ou découvrir des thèmes qu’il maîtrise peu.

Voilà pour l’aspect bénévolat en médiation scientifique. En plus de tout ça, Nicolas est aussi bénévole pour les Restos du cœur. S’il est bénévole dans une association, c’est qu’il en retire toujours un enseignement ou un plaisir. Cela reste valable même en-dehors du cadre de la médiation scientifique : “J’y cherche un plaisir, je découvre des trucs, je suis avec des gens”. Pour lui, un bénévolat désintéressé n’existe pas vraiment.


Sa vision de la médiation

S’il y a une chose qui est certaine, c’est que Nicolas a trouvé comment garder sa passion pour la découverte grâce à la médiation scientifique. Cette discipline le force à développer des connaissances dans des domaines variés et surtout à se demander comment les transmettre. “On a les yeux qui brillent encore plus quand on comprend le phénomène, c’est l’effet ‘Waouh !’ un peu. Se dire que ça fonctionne comme ça, c’est impressionnant ! N’importe quel sujet pourrait me passionner”. À la Cité de l’espace, il se demande si le sujet le fatiguera un jour avant de nous rappeler tous les angles sous lesquels il est traité : le côté humain, le côté social, le côté historique autour du spatial (Guerre Froide et guerres actuelles)... Bref, pas de quoi s’ennuyer !

Le rêve de médiation le plus fou de Nicolas serait de travailler pour une Cité de la terre et de la biodiversité. Avec, comme à Disney, des activités et des manèges de parc d’attraction tous en lien avec ce thème. Une idée dont on attend avec impatience la réalisation, et qui confirme ce qui fait pour lui un bon médiateur : “Le côté curieux est très important, je reste content de redécouvrir dans tous les domaines. Autant en technique de médiation qu’en actualité scientifique, il faut avoir envie d’apprendre”. On trouve une deuxième facette à la médiation, tout aussi nécessaire selon lui : l’empathie. “Le médiateur doit être vraiment empathique, et doit se mettre en recul. Il faut écouter d’où vient l’information initiale (j’ai compris ce que le scientifique voulait communiquer) et je vais l’adapter pour le public qui a envie de comprendre ça”. 


Anecdote de bénévolat

Lors de son bénévolat à RCF, Nicolas été amené à interviewer tous types d’intervenants. Celui qui l’a vraiment marqué est l’interview un peu hors-norme d’un philosophe dans un espace œcuménique (un mouvement interconfessionnel chrétien). Il l’a vécu comme une leçon de savoir et un moment très particulier. Il l’évoque d’ailleurs lui-même comme un mélange d’émission sur ARTE projetée au milieu de la nuit et un moment notable hors du commun. Le bénévolat amène donc à rencontrer des personnes peu communes dans des endroits peu communs.