Les modèles anatomiques du Dr. Auzoux passés au crible !

Publié par Patrimoine Université Toulouse III - Paul Sabatier, le 15 mars 2018   270

Xl image1

Le jeudi 27 avril 2017, l’équipe des collections de zoologie de l’Université Toulouse III-Paul Sabatier (UT3-PS) s’est rendue avec le dindon du Dr. Auzoux à l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse (ENVT) pour un drôle de rendez-vous. Il s’agissait de le radiographier ainsi qu'une maquette de tête de vipère appartenant à l’ENVT.

 

 

Radiographier le patrimoine

Les musées et autres institutions culturelles ont souvent recours aux nouvelles technologies pour analyser ou authentifier certains objets. Radiographier un élément du patrimoine est donc une étape importante pour de nombreuses institutions, notamment quand les objets et œuvres d’art se font restaurer. L’action se fait en général sur place avec un système de radiographie portable ou dans des institutions spécialisées tel que le C2RMF (Centre de Restauration des Musées de France) à Paris. Le principe reste le même que pour les êtres humains. Un générateur émet et projette des rayons X sur l’objet devant une plaque détectrice qui fait l’acquisition de l’image. Les rayons X qui traversent l’air vont noircir le cliché radiographique tandis que ceux qui passent à travers la matière vont être en partie absorbés. Plus celle-ci est dense et épaisse, plus les rayons sont absorbés et plus la matière apparaîtra claire voire blanche sur l’image comme c’est le cas pour les objets métalliques.

Qu’il s’agisse d’un tableau, d’un objet ou de mobilier, tout peut donc être radiographié. Pour les peintures, la radiographie peut révéler des informations sur le support et les dessins préparatoires tandis que pour un objet, on pourra voir sa structure interne et les traces d’anciennes restaurations. Ainsi les radiographies révèlent ce qui est invisible à l’œil nu. Elles donnent des informations primordiales sur les matériaux, leur modélisation, leur structure et les éventuels ajouts et modifications qui ont pu être faits. C’est dans cette optique que les modèles anatomiques du Dr. Auzoux ont été radiographiés.

 

Derrière le papier, du métal : cas des modèles anatomiques Auzoux

Plusieurs modèles anatomiques du Dr. Auzoux ont déjà fait l’objet d’études comme le Grand écorché de l’université de Montpellier ou le cheval du musée Fragonard de l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort. La technique du Dr. Auzoux n’est donc pas inconnue. Sous le papier et la peinture se cache une structure métallique plus ou moins complexe en fonction des modèles. Elle donne leur forme générale et les maintient bien en place. D’autres pièces métalliques peuvent être ajoutées pour assurer la stabilité et la solidité des modèles. Chacun des éléments qui composent les spécimens, comme leurs organes, disposent de leur propre structure interne. Les nerfs et les vaisseaux sanguins sont eux-mêmes fabriqués à base de fils de fer, de filasse et de chanvre. En plus de cela des crochets, des pitons et des boulons assurent l’assemblage des pièces entre elles. La radiographie est donc un bon moyen pour déceler tous ces nombreux éléments métalliques.

 

Le dindon et la vipère se révèlent sous X

L’ENVT abrite le Centre Hospitalier Universitaire Vétérinaire (CHUV) qui offre divers soins à de nombreuses espèces animales. Comme toutes structures hospitalières, elle dispose d’un service d’imagerie médicale et tout le matériel nécessaire à la radiographie. Équipé des dernières technologies, le service obtient des images numériques instantanément. Être proche d’un tel appareillage est une chance pour comprendre l’anatomie des objets.

La structure interne du dindon se montre extrêmement complexe à cause du nombre de pièces qui le composent. La radiographie de son poitrail est donc difficile à lire en raison de la superposition des différents organes qui possèdent chacun leur propre structure métallique. On voit tout de même très nettement les tiges en métal dans les pattes qui permettent à l’animal de tenir debout sans basculer en avant. De même, la vipère est lestée à l'arrière de son cou par deux plaques métalliques, ce qui fait contrepoids avec l’avant de la tête. Les différents systèmes d’assemblage sont également visibles, chaque croc dispose par exemple d’une tige métallique.

 

Cette journée fut aussi l’occasion de radiographier l’œuf d’Aepyornis de l’ENVT qui est semblable dans sa structure à celui de l’UT3-PS. On voit sur l’image la finesse et la précision de l’assemblage. On ne s’imagine pas qu’un tel système existe dans un aussi petit et léger objet. Pour le modèle anatomique de cheval conservé à l'ENVT, on peut s’attendre à faire des découvertes surprenantes qui pourront nous aider à mieux comprendre sa structure interne. Malheureusement il n’était pas possible de le radiographier ce jour-là à cause de sa taille et de son poids. Nous espérons qu’avec un appareil portable, les radiographies révèleront les secrets du cheval, restés bien gardés depuis sa création en 1851.


  Pour plus d’informations :

- Site du C2RMF : http://c2rmf.fr/analyser/un-la...

- Site de l’ENVT : http://www.envt.fr/menu-og-33/...

- Prodiges de la nature, les créations du docteur Auzoux (1797-1880), Collections de l’Université de Montpellier. Direction régionale des affaires culturelles d'Occitanie, 2017, Collection Duo, ISBN : 978-2-11-139700-2

- Conservation-restauration d'un Écorche de cheval en carton moulé et peint de Louis Auzoux appartenant au Musée Fragonard-ENVA, Barbara Dumont, 2008, Mémoire de fin d'étude


Texte : Marie Zdyb, avec le concours de Benjamin Cartiaux

Photos : © ENVT ; UT3-PS ; Service de biologie animale, Collection de Zoologie, UT3-PS ; Sandrine Paute ; Marie Zdyb