Le cerveau guérisseur

Publié par Université de Montpellier UM, le 17 octobre 2017   770

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Explorer les capacités naturelles du cerveau humain pour stimuler la guérison : c’est la promesse de l’hypnose médicale. Une approche en plein essor qui trouve sa place dans toutes les disciplines de santé.

Oubliez les turbans, les pendules et autres « dormez, je le veux ». Bien loin de ces mises en scènes spectaculaires, l’hypnose est aujourd’hui devenue un outil de soin à part entière, largement plébiscitée par de nombreux médecins. « Notre pratique est aux antipodes de cette "hypnose de music-hall" qui véhicule une image complètement fausse de l’hypnose. Elle entretien le mythe du pouvoir de quelqu’un sur quelqu’un d’autre, ce qui ne représente pas du tout la réalité », explique Isabelle Nicklès, responsable du diplôme interuniversitaire « Hypnose médicale clinique et thérapeutique », une formation unique en France dispensée à l’Université de Montpellier.

Pour la spécialiste, l’hypnose est loin d’être synonyme d’abandon de sa volonté à une tierce personne : « la personne hypnotisée reste acteur tout au long de la séance, le praticien ne fait que l’accompagner ». Pour aller où ? « Vers un état de conscience particulier et d’attention modifiée, état qui se déclenche dans le cadre d’une relation de confiance et d’empathie avec un tiers, le soignant en l’occurrence », explique la spécialiste. Rien là de paranormal : « cet état dit dissociatif est complètement physiologique, on aide simplement le cerveau à rentrer dans un état naturel pour lequel il est génétiquement programmé. On s’adresse en fait à une fonctionnalité du cerveau dont on n’a pas conscience ».

Un état naturel

Pour Isabelle Nicklès, l’hypnose n’est autre qu’un moyen de communication neuro-psycho-physiologique particulier, permettant d’accéder plus facilement aux ressources inconscientes de l’être humain. Car le cerveau recèle un potentiel inexploré qui peut s’avérer d’une grande aide dans le cadre d’une démarche de soin. « Le corps humain possède des capacités d’auto-guérison largement sous-exploitées que l’on peut stimuler grâce à l’hypnose, qui participe ainsi au pouvoir de l’esprit sur le corps », explique la spécialiste. Un outil qui ne se substitue pas à la médecine traditionnelle mais qui trouve toute sa place en complément, et ce dans tous les champs médicaux. « Il faut le voir comme un amplificateur et un accélérateur de traitement », résume le médecin.

Depuis la création du diplôme en 2008, un grand nombre de professionnels de santé ont été formés à l’hypnose médicale : médecins, sages-femmes, anesthésistes, dentistes, psychologues cliniciens… et un nombre toujours plus important de praticiens s’intéresse à ce processus. L’hypnose a notamment trouvé sa place au bloc opératoire, comme par exemple à l’Institut du cancer de Montpellier où les patients qui doivent subir certaines opérations peuvent bénéficier de séances d’hypnose. « En pratique soit le patient bénéficie d’une séance d’hypnose détente juste avant l’anesthésie générale classique, soit le praticien va utiliser la technique dite d’hypno-sédation en remplacement de l’anesthésie générale : il s’installe à côté du patient et lui parle tout au long de la procédure afin de créer ce que l’on appelle un "système de réalité virtuelle augmentée". Cette méthode permet de diminuer considérablement le stress émotionnel qui est en réalité la composante la plus importante dans le ressenti de la douleur », explique la spécialiste. Si la chirurgie le permet et grâce à cette « hypno-sédation », les patients n’ont plus besoin de subir une anesthésie générale : ils bénéficient alors d’une simple anesthésie locale ou locorégionale sur la zone à opérer accompagnée d’une légère médication intraveineuse calmante.

Accélérateur de traitement

L’accompagnement par l’hypnose au bloc opératoire a d’ailleurs fait ses preuves : les études montrent qu’elle permet de diminuer les effets secondaires liés aux médicaments, mais aussi que les patients sont hospitalisés moins longtemps et reprennent leur travail plus rapidement. « Si elle était utilisée systématiquement, l’hypnose permettrait de faire jusqu’à 50% d’économies sur les dépenses de santé. Elle est d’ailleurs reconnue officiellement par la sécurité sociale pour la prise en charge de la douleur mais sans être pour autant remboursée à ce jour. Ainsi que par l’Académie de médecine, qui la considère comme une "technique médicale non médicamenteuse" », souligne Isabelle Nicklès. De nombreuses sages-femmes proposent désormais aux futures mamans de recourir à l’hypnose lors de la préparation à l’accouchement et pour faciliter la venue au monde de leur bébé.

Mais la prise en charge de la douleur par l’hypnose ne représente que la partie émergée de l’iceberg. « L’hypnose reste malheureusement encore sous-exploitée dans le champ des maladies psychiques. Elle est pourtant très efficace dans la prise en charge de la plupart des troubles anxio-dépressifs : phobies, addictions ou encore dépressions. A condition d’être utilisée par un professionnel de santé habilité dans la prise en charge de ces maladies ! » met en garde la spécialiste qui s’inquiète des dérives possibles d’exercice illégal de la médecine.