« Grève scolaire pour le climat » : les lycéens bousculent l’agenda

Publié par Université de Montpellier UM, le 5 février 2019   250

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A Davos, la jeune suédoise Greta Thunberg, à l’origine des grèves scolaires pour le climat, rejoint des lycéens suisses. Fabrice Coffrini/AFP

Sylvain Wagnon, Université de Montpellier

« Je voudrais qu’ils oublient leur intérêt personnel, pour s’intéresser au climat » : par cette interpellation des dirigeants du monde, à la COP 24 en décembre 2018 puis au forum international de Davos en janvier 2019 la jeune activiste Greta Thunberg, est devenue l’icône d’une jeunesse qui demande un changement radical des politiques environnementales.

En août 2018, cette lycéenne suédoise de 16 ans a commencé à manifester devant le parlement suédois, et fait depuis grève tous les vendredi pour demander une action politique rapide face aux menaces qui pèsent sur l’équilibre de la planète.

Par cet investissement individuel et par ses prises de paroles fustigeant l’immobilisme des adultes, elle a mis en avant la lucidité des jeunes générations sur les risques du réchauffement climatique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si son message a reçu un écho immédiat en Australie, pays qui subit déjà les conséquences de la modification climatique.

Urgence de l’action

Par sa mobilisation, Greta Thunberg inaugure aussi un mode d’action très particulier et sans précédent. Cette grève scolaire marque à la fois un signal d’alarme sur l’urgence à agir pour le climat et l’importance donnée à l’école. S’agit-il seulement d’une protestation ? Le nom choisi « fridaysforfuture » apparait plus comme un appel à une prise de conscience qu’à un acte nihiliste.

Néanmoins, Greta Thunberg précise « Pourquoi devrions-nous étudier pour un futur qui n’existera bientôt plus, alors que personne ne fait rien pour le sauver ? » Le savoir, c’est l’avenir, mais c’est par l’action que l’on peut sauver la planète.

De la COP 24 à Davos, retour sur le parcours de Greta Thunberg.

Phénomène international, les marches « Youth For Climate » sont de plus en plus suivies en Europe, de la Scandinavie à la Suisse, en passant par les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique ou la Grande-Bretagne. Parallèlement, schoolstrike4climate, le mouvement des grèves scolaires, relaie l’appel de Greta Thunberg à une grève scolaire mondiale le 15 mars 2019.

En France, les marches pour le climat sont rendues inaudibles par le mouvement des gilets jaunes qui monopolise le débat public depuis novembre 2018. La situation française peut même apparaître comme paradoxale entre des gilets jaunes qui semblent mettre en avant « la fin du mois avant la fin du monde » et une jeunesse qui souligne que leur avenir à eux n’aura un sens que si la planète existe encore.

Au-delà des programmes

Ces grèves interrogent l’institution scolaire à plusieurs niveaux. Tout d’abord, c’est une mobilisation des « jeunes » et des adolescents en lien avec leur statut de lycéens. Leur action veut affirmer l’importance de leur rôle dans la société : ils sont l’avenir de nos sociétés et l’avenir de notre planète est leur avenir. Ensuite, ces protestations mettent à jour l’immobilisme ou les lenteurs des gouvernants sur la question environnementale.

Depuis 2005, l’éducation au développement durable (EDD) est intégrée aux programmes de l’enseignement public et permet d’appréhender la complexité du monde dans ses dimensions scientifiques, éthiques et civiques. Mais cet enseignement apparaît bien en deçà de l’urgence d’une transition écologique. En novembre 2010, l’Unesco avait publié son plan d’action pour faire face, par l’éducation, au changement climatique. Mais les actions de grèves scolaires, tout en reprenant à leur compte les dix-sept objectifs de développement durable publiés par les Nations unies en 2015, bousculent l’agenda prévu.

Les grèves scolaires, par leur singularité, ne sont-elles pas un levier pour une prise de conscience réelle, la grève scolaire devenant l’équivalent d’une grève de la faim, et le savoir une nécessité pour survivre, comme la nourriture ? C’est l’éducation comme moyen d’émancipation qui est aussi interrogée. Comment peut-on faire de l’éducation un outil de transformation sociale, d’émancipation individuelle et collective ? Comment concilier le besoin de penser et d’agir ?

Au-delà de l’éducation au développement durable, une partie de la jeunesse semble avoir trouvé sa propre action pour protester et mettre les gouvernants face à leurs responsabilités.The Conversation

Sylvain Wagnon, Professeur des universités en sciences de l'éducation, Faculté d'éducation, Université de Montpellier

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.