L’âge mur des sciences participatives

Publié par Université de Montpellier UM, le 31 mai 2016   780

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Longtemps considérées avec méfiance par les chercheurs, les sciences participatives ont gagné leurs lettres de noblesse dans la communauté scientifique.

Ils passent des centaines d’heures dans la nature à observer les oiseaux, recenser les papillons, dénicher les insectes, identifier les plantes. Et pourtant ils ne sont pas ornithologues, entomologistes ni botanistes professionnels. Leur point commun ? Ces amoureux de la nature mettent leur passion au service de la recherche scientifique. C’est le principe des sciences participatives. « Aujourd’hui le savoir s’élabore aussi avec la contribution du grand public, précise Vincent Devictor de l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Les citoyens apportent leurs compétences, leur énergie, leurs savoir-faire : des valeurs ajoutées qui s’avèrent précieuses ». Véritable pionnier en la matière, l’écologue a réalisé il y a 10 ans sa thèse sur l’impact des perturbations des paysages sur les oiseaux en utilisant uniquement des données récoltées par des bénévoles.

Une mine d’or de données

Un principe qui a longtemps rencontré une certaine défiance dans la communauté scientifique. Pourquoi faire confiance à des observateurs qui ne sont pas des scientifiques reconnus ? Comment savoir si ces données sont fiables ? « Bien sûr il y a des limites : il existe des erreurs, des imprécisions, des incertitudes, mais nous mettons en œuvre des outils statistiques qui permettent de corriger ces biais et nous assurent que les données sont scientifiquement pertinentes », explique Vincent Devictor. De quoi balayer les doutes de la plupart des chercheurs qui reconnaissent désormais l’intérêt de cette démarche. « On est entrés dans l’âge mûr des sciences participatives », se réjouit l’écologue. La preuve ? Depuis 2004 l’indicateur de développement durable utilisé au niveau ministériel repose sur des données récoltées par des citoyens bénévoles.

Aujourd’hui les programmes de sciences participatives se multiplient et les bénévoles cumulent des milliers d’heures d’observation de la nature. Cette mine d’or, encore faut-il savoir l’exploiter. « Il ne suffit pas d’avoir des données pour créer de l’information, met en garde Vincent Devictor. Il faut aussi poser les bonnes questions scientifiques pour extraire l’information pertinente ». Et pour éviter l’ensevelissement sous une avalanche de données…


Photo (c) Pierre Gaüzère


Retrouvez cet article dans LUM, le magazine science et société de l'Université de Montpellier.

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