Communauté

Mondes Sociaux

L’aventure africaine des États-Unis : retour sur l’histoire singulière du Libéria

Publié par Mondes Sociaux, le 23 janvier 2023   64

Article par Barbara Franchi

En 2022, le Libéria a fêté le bicentenaire de sa fondation par une organisation philanthropique américaine, l’American Colonization Society (ACS). Si les divisions sont bien moindres aujourd’hui, le pays a traversé des crises majeures et deux longues guerres civiles (1989-1996 et 1997-2003) liées aux circonstances de sa fondation et à son histoire. Ma thèse pose la question du devenir des liens très spécifiques entre les États-Unis et le Libéria à partir du moment où les deux nations développèrent des relations diplomatiques, en 1862, et jusqu’en 1935. Elle met ainsi en lumière un pan peu étudiée de la diplomatie états-unienne.

Une histoire de « race » à l’origine d’une colonie américaine

La première colonie de ce qui allait par la suite être nommé « Libéria » fut fondée en 1822 au Cap Mesurado, sur la côte ouest-africaine, par l’ACS, avec le soutien du gouvernement américain. Cette première page de l’histoire des relations entre le Libéria et les États-Unis était liée aux problématiques internes de ces derniers dans les premières décennies du XIXème siècle. A cette époque, l’institution de l’esclavage était encore en vigueur aux États-Unis, et la présence de Noirs libres sur le sol états-unien effrayait les acteurs politiques soucieux de maintenir l’ordre social et « racial » tel qu’il était. La révolution haïtienne (1791-1804) et une insurrection d’esclaves avortée en Virginie (1800) renforcèrent leurs inquiétudes quant au risque que des révoltes d’esclaves se multiplient. Dans ce contexte, les membres de l’ACS, qui comptait en ses rangs des pasteurs, des acteurs pro et anti-esclavagistes et des politiciens, estimaient qu’il fallait déporter les Noirs libres hors du territoire états-unien, en particulier en Afrique. C’est à cette idée que le terme « colonization », présent dans le nom de l’ACS, renvoyait à l’époque.  [...]

Lire la suite

Crédit image : Freepik, Puckung et juicy_fish pour Flaticon.