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LE COIN LECTURE

HOMO DEUS de Yuval Noah HARARI

Publié par Claire Adélaïde Montiel, le 16 décembre 2017   1.1k

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HOMO DEUS, une brève histoire de l’avenir (Albin Michel)

  Un brève histoire de l’avenir est un sous-titre bien mal approprié pour cette oeuvre touffue et foisonnante.  L’histoire de l’avenir évoquée en 500 pages par Yuval Noah Harari est rien moins que brève à moins que l’adjectif ne définisse plutôt que  la longueur du livre la durée pendant laquelle les hommes d’aujourd’hui garderont le choix. La question qu’il pose est celle de l’avenir de l’homme sur une planète qu’il a totalement investie, dont il épuise les ressources naturelles et aux manettes desquelles peut-être demain d’autres êtres non humains nés de lui pourraient lui faire subir ce que lui-même, descendant d’Homo sapiens, a infligé à la nature et aux animaux.

L’aventure humaine

Yuval Harari examine l’aventure humaine à l’aune d’une connaissance encyclopédique. Depuis 70 000 ans, Homo Sapiens donne du sens au monde en créant des mythes. Après avoir expérimenté l’animisme, l’homme immergé dans la nature, puis le théisme avec les dieux aux commandes, enfin l’humanisme qui mettait l’homme au centre, l’homme du XXI° siècle va-t-il découvrir une nouvelle religion, le dataïsme, ou religion des données ?

L ’homme du XXIè siècle, en créant des intelligences artificielles infiniment plus rapides que lui et capables d’engranger des connaissances de manière exponentielle alors que le cerveau humain est limité, se trouve confronté à une question essentielle. Si 99% des activités du corps parmi lesquelles les mouvements des muscles et les sécrétions hormonales, interviennent sans que nous en ayons conscience ; si nos souvenirs, notre imagination, nos pensées sont également dûs à une série de réactions biochimiques, alors où l’esprit se niche-t-il ? Sachant qu’un algorithme se définit comme un ensemble méthodique d’étapes que l’on peut utiliser pour faire des calculs, résoudre des problèmes et prendre des décisions, l’homme, les animaux peuvent-ils être considérés comme des algorithmes à l’instar des machines créées par les êtres humains ? Cent cinquante ans après Charles Darwin et L’origine des espèces, quatre-vingts ans après Alan Turing, les informaticiens sont capables de fabriquer des algorithmes électroniques. Il est dès lors tentant de considérer les êtres vivants comme des algorithmes biochimiques.


Homo sapiens perd le contrôle

On peut se demander si Homo Sapiens ne joue pas les apprentis sorciers. Est-il en passe de perdre le contrôle pour se jeter à corps perdu dans le transhumanisme, la quête du bonheur et la recherche de l’immortalité ? Certes on le retrouve ce thème tout au long de l’histoire des hommes mais aujourd’hui le mythe est en passe de devenir une réalité, du moins pour une petite minorité de privilégiés. Le techno-humanisme considère en effet qu’Homo sapiens, tel que nous le connaissons, a vécu : il arrive au terme de son histoire et cessera d’être pertinent à l’avenir. Nous devons utiliser la technologie pour créer Homos deus, un modèle d’homme supérieur qui conservera des traits humains mais jouira de capacités physiques et mentales augmentées. Or donner aux humains l’accès à des expériences inédites et à des états de conscience peu familiers apparaît comme une entreprise extrêmement complexe et dangereuse.

Pour cet homme augmenté, l’humanisme des siècles passés pourrait laisser la place à une nouvelles religion, le dataïsme, pour laquelle l’univers consiste en un flux de données ou data. Ce sont exactement les mêmes lois mathématiques qui s’appliquent aux algorithmes biochimiques et électroniques.

Le dataïsme, une nouvelle religion ?

Aujourd’hui la masse des données est telle que leur traitement doit être confié à des algorithmes électroniques beaucoup plus puissant que le cerveau humain. De ce fait, le dataïsme renverse la pyramide traditionnelle du savoir qui permettait de passer des données à l’information et des informations à la connaissance. Dès lors, le risque est grand de voir disparaître, au profit de la liberté de l’information, le vieil idéal de liberté d’expression qui protégeait les hommes, leur droit de penser, de dire ou de se taire. Or donner la primauté à l’information sur le droit à ne pas dire ce qu’on souhaite tenir secret constituerait une atteinte à ce que nous considérons aujourd’hui comme un droit fondamental.

« Au XVIII° s. l’humanisme a mis Dieu sur la touche « en passant d’une vision du monde déocentrique à une vision homocentrique. Au XXI° s, le dataïsme met les hommes sur la touche en délaissant la vision homocentrique au profit d’une vision datacentrique » écrit Harari qui craint que cette révolution ne soit inéluctable. « Le dataïsme menace de faire subir à Homo sapiens ce que ce dernier a fait subir à tous les autres animaux »

A moins que la vie ne soit pas réductible à un flux de données et que nous découvrions que, tout compte fait, les organismes ne sont pas des algorithmes… L’examen critique du dogme dataïste apparaît comme le plus grand défi scientifique du XXIè siècle mais ce sera aussi un projet politique et économique car le dataïsme triomphant serait en mesure de créer un mode de vie jusqu’ici inconnu et pas forcément favorable aux êtres humains.

Le rôle de l’histoire

Après cette longue étude qui pourrait nous paraître à juste titre effrayante, Yuval N Harari nous donne quelque espoir. « Les historiens » écrit-il « n’étudient pas l’histoire pour la répéter mais pour s’en libérer ». Il ne considère pas ce livre comme une prophétie mais comme un outil pour connaître les phénomènes historiques et se donner les moyens d’en débattre. La réalité que nous vivons est due à une chaine d’évènements qui ont créé notre monde tel que nous le connaissons. L’histoire a façonné la technologie, la politique mais aussi nos pensées, nos peurs, nos rêves. Il s’agit de la connaître pour desserrer l’emprise du passé. Dès lors que nous prenons conscience de ce qui nous modèle, nous pouvons commencer à penser différemment et de ce fait nous acquérons le pouvoir de changer les choses afin de créer un monde meilleur. Le futur effrayant qu’il décrit dans cet ouvrage est imaginé par lui à partir des idées et des espoirs qui dominent le monde depuis 300 ans. Le véritable futur -autrement dit- un futur né des idées et des espoirs nouveaux pourrait être très différent. Cela dépend de notre aptitude à concevoir et imaginer des solutions autres.

 « L’essor de l’intelligence artificielle et des biotechnologies transformera certainement le monde mais il n’impose par un seul résultat déterministe. » conclut l’auteur. « Tous les scénarios esquissés dans ce livre doivent être compris comme des possibilités et non comme des prophéties. Ce livre retrace les origines de notre conditionnement actuel afin d’en desserrer l’emprise, de nous permettre d’agir autrement et d‘envisager notre avenir de manière bien plus imaginative »