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LE COIN LECTURE

DA VINCI CODE, sous le signe de la rose et de la cryptographie

Publié par Claire Adélaïde Montiel, le 22 août 2023   1.4k

L’été venu, vient le temps de la lecture plaisir, le moment de se plonger à nouveau dans la lecture d’un roman déjà ancien, incontournable thriller ésotérique qui pose plus de questions qu’il n’y paraît. Mais commençons par l’aspect récréatif ! Le Da Vinci code de Dan Brown édité en 2003 se présente sous la forme d’un roman haletant. Les courses poursuites, les évasions rocambolesques, les faux coupables et les vrais assassinats ne manquent pas à l’appel même si ce sont les énigmes qui constituent l’ossature du roman.

Histoire ou histoires ?

Un festival de codes secrets, d’anagrammes et de quatrains mystérieux, de tableaux prestigieux et d’informations lisibles seulement grâce à la lumière noire, un vrai régal pour qui aime l’histoire ou plutôt les histoires car Dan Brown brode sur des légendes nées autour du Saint Graal, des démêlés du Prieuré de Sion avec l’Opus Dei et des divergences entre l’église patriarcale des origines avec les anciens cultes célébrant la Femme.

Il ne s’agit pas, loin s’en faut, d’un ouvrage historique même si l’érudition de l’auteur est réelle. Ce dernier tire le meilleur parti de tout ce qui a été écrit sur les sociétés secrètes auxquelles fait allusion le roman mais ce qui intéressera surtout les lecteurs, c’est la virtuosité dont il fait preuve dans l’élaboration des énigmes successives, huit au total qui, tout au long du roman, mettent à mal la sagacité des deux héros. La recherche de la carte menant au Saint Graal et de la forme de celui-ci, non pas vase sacré comme le veut la légende, mais caisses de précieuses archives, sont autant de ressorts qui font avancer l’intrigue et, sans laisser au lecteur un instant de répit, le mènent de découverte en découverte, vers la résolution du mystère.

 

Une intrigue bien menée

Les personnages bien campés permettent au lecteur de s’identifier aux héros de l’aventure : Sophie Neveu, belle jeune femme cryptographe de talent et Robert Langdon, écrivain et conférencier spécialisé dans l’étude des symboles. Avec, face à eux, un lord anglais Leigh Teabing tellement typique qu’il confine à la caricature, un évêque maître de l’Opus Déi d’une insondable naïveté, un gigantesque albinos tueur et une escouade de policiers menés tambour battant par un commissaire acharné à faire arrêter l’innocent Robert Langdon en négligeant tous les indices qui lui permettraient de s’emparer des coupables.

Le voyage à travers des lieux prestigieux est un autre attrait du roman. On passe du Louvre au Paris nocturne puis à un château normand avant d’atterrir à Londres, tout d’abord à Temple Church, la chapelle des Templiers, puis à l’abbaye de Westminster qui abrite le tombeau de Newton. Enfin, au sud d’Edimbourg, on découvre la Rosslin Chapel édifiée par les Templiers avant de revenir à Paris sur la Rose Ligne de France menant à la pyramide inversée de la place du Carrousel.

 

Une savante construction

Il ne manque rien pour embarquer le lecteur. Une histoire familiale quelque peu mélodramatique et une construction savante slalomant entre deux recherches convergentes : d’une part la cavale meurtrière de l’albinos Silas qui n’hésite pas à tuer à plusieurs reprises pour obéir aux ordres d’un Maître mystérieux et s’emparer coûte que coûte de la clef de voûte qui doit mener jusqu’au Saint Graal. D’autre part l’odyssée de nos deux héros cabotant d’énigme en énigme à travers les nombreux obstacles vers la révélation finale.

La clef de voûte du roman, tout comme celle si astucieusement cachée par le Prieuré de Sion, mène le lecteur vers la découverte finale. En fait le Graal, objet de toutes les passions qu’on voit se déchainer dans le roman, n’a pas à être révélé. Selon les membres du Prieuré de Sion qui en sont les gardiens, il constitue un idéal très noble, un trésor inaccessible qui introduit un peu de grâce dans le chaos du monde actuel.

Sous le signe de la rose.

Passionné par les énigmes qui se succèdent tambour battant, le lecteur ne prend pas garde tout d’abord que ce roman, placé sous le signe de la rose, aborde le thème très contemporain du féminisme. D’après Dan Brown, le Prieuré de Sion prend la suite d’une très ancienne tradition liée au culte de la déesse contre les choix de l’église des premiers âges qui confisqua, au temps de l’empereur Constantin, le paganisme matriarcal pour lui substituer la chrétienté patriarcale. A la suite de quoi, les femmes autrefois célébrées comme un chainon indispensable de l’éducation spirituelle, ont progressivement été bannies de tous les cultes du monde avec pour conséquences leur soumission, la chasse aux sorcières et entre autres, l’Inquisition.

Avant même des mouvements comme Me Too qui encouragent les femmes à prendre la parole pour exprimer ce qu’elles sont, Dan Brown ressuscite notamment l’image de Léonard de Vinci qui fut, d’après lui, l’un des premiers grands maîtres du Prieuré de Sion dont l’une des missions était de perpétuer le culte de la déesse et qui cherchait à rétablir l’équilibre entre les deux genres. Il était persuadé que l’âme humaine ne pouvait se comprendre et s’épanouir que si elle conjuguait les éléments féminins et masculins. Un message qui ne peut laisser les lecteur-trice.s indiférent.e.s.

Les mathématiques au service du suspens.

Un autre aspect passionnant de ce roman est la relation entre l’intrigue et l’un des aspects les plus fascinants des sciences mathématiques : la cryptographie (du grec crypto, caché et graphie, écrire) dont l’utilisation remonte à l’antiquité et qui peut être définie comme une technique d'écriture où un message chiffré est écrit à l'aide de codes secrets ou de clés de chiffrement.

De tous temps, les codes secrets, utilisés pour protéger un message considéré comme confidentiel ont été un outil indispensable dans les affaires d’ordre politique, diplomatique, militaire ou même sentimental.

Quelques grand mathématiciens s’y sont illustrés : notamment François Viète et Alan Turing pour ne citer que les plus illustres et Pierre Fermat dont le petit théorème a été utilisé pour la protection des cartes bancaires, sans compter les inventeurs du chiffrement RSA, en 1978, qui repose sur les nombres premiers. Selon Simon Singh, docteur en physique nucléaire et écrivain, la guerre continuelle du codage et du décodage a entraîné des découvertes et des progrès multiples en linguistique, en mathématiques, dans la mise au point des ordinateurs, et, pour finir, se révèle centrale aujourd’hui dans la protection de la vie privée.

Pour en finir avec Da Vinci code il n’est pas inutile de rappeler que l’auteur, Dan Brown qui semble d’être donné pour mission de rendre ses lecteurs intelligents en les invitant à ne pas se fier aux apparences, utilise comme des éléments de suspens les énigmes à déchiffrer et les codes secrets à découvrir pour franchir une nouvelle étape se succédant en cascade pour créer un roman vertigineux et addictif.