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Rapport du GIEC : focus sur la Méditerranée

Publié par IRD Occitanie, le 15 mars 2022   640

Depuis le 1er rapport d’évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), en 1990, les connaissances ont largement évolué et les certitudes s’accumulent. Quelles clés livre le dernier rapport sur le devenir de la région méditerranéenne ?

Yves Tramblay, hydro-climatologue de l’UMR HSM, est l’un des auteurs du chapitre « Région méditerranéenne » du 6ème rapport du GIEC dont le 2ème volet a été publié le 28 février 2022. Il répond à nos questions.

Assèchement du canal d'irrigation dans la région de Jorf au Maroc. © IRD - Thierry Ruf

Quel est le contexte de ce 6ème rapport du GIEC ?

Y. Tramblay : Face aux connaissances solidement documentées, les postures climatosceptiques se marginalisent. Le premier volet de ce 6ème rapport du GIEC a été publié à l’été 2021 et portait sur les bases physiques du changement climatique. Il a clairement mis en évidence les origines anthropiques du réchauffement observé. Ce second volet, qui vient d’être publié, se consacre aux impacts attendus de ces changements dans différents domaines : sur les ressources en eau, les écosystèmes, la santé, les océans, les villes. Il souligne les particularités de la région méditerranéenne, jamais traitée auparavant en tant qu’entité géographique dans un chapitre distinct. D’une part, une biodiversité et une richesse socio-culturelle au carrefour de 3 continents qui en font une destination touristique de premier ordre. D’autre part, la conjugaison d’aléas climatiques et d’une grande vulnérabilité.

© IRD - IRA - Christian Lamontagne

Quels résultats indiscutables révèle-t-il pour la Méditerranée ?

Y. Tramblay : Les principaux impacts observés vont de l’augmentation de la température atmosphérique (+ 1,5 °C par rapport à 1850), à l’acidification des eaux marines en passant par l’augmentation de la température de la mer (+ 0,29 à + 0,44 °C par décennie). De plus, on observe des épisodes de sécheresse plus fréquents et plus intenses. Quant à l’élévation du niveau de la mer (jusqu’à +1 m en moyenne en 2100 dans le pire scénario), elle est irréversible – au moins à l’échelle du siècle ou du millénaire- et ce quel que soit le scenario d’atténuation envisagé. Ces péjorations climatiques se répercutent sur les écosystèmes marins et terrestres, soutiens des activités humaines (pêche, agriculture, tourisme, etc) et in fine sur la santé humaine.

Vallée des Aït Bouguemez dans le Haut Atlas central marocain. © IRD - Laurent Auclair

Quels scénarios sont évoqués ?

Y. Tramblay : Ces scénarios prospectifs sont issus de modèles de climat et sont donc des hypothèses avec un degré de fiabilité plus ou moins élevé. Malgré tout, il se dégage un consensus sur le fait que des vagues de chaleur toucheront de plus en plus souvent les pays méditerranéens et notamment ceux du Maghreb et du Moyen-Orient (estimation de + 0,9 à + 5,6 °C à la fin du XXIème siècle). On assistera probablement à une baisse des précipitations (estimation de - 4 à - 22 % selon les zones), déjà amorcée dans plusieurs régions depuis 1960. Les zones côtières, comme celles du Maroc, de la Tunisie et d’Israël, seront impactées par la montée des eaux (en tout 37 % des côtes seront concernés). Sur une population de 500 millions, 42 M seront potentiellement touchés. La désertification gagnera du terrain. Les incendies mettront en péril entre 13 et 23 % de sites de biodiversité Natura 2000. A noter que les rives Sud et Nord de la Méditerranée ne subiront pas exactement les mêmes effets ou avec des intensités contrastées : les différents scénarios indiquent une augmentation plus marquée des épisodes de pluie intense dans les pays du Nord de la Méditerranée, pouvant entrainer des inondations plus importantes notamment dans les villes.

Système d'irrigation dans le Haut Atlas marocain. © IRD - Claude Dejoux

Quelles recommandations prendre en compte ?

Y. Tramblay : Même si les capacités d’adaptation des humains et des écosystèmes sont limitées face à de tels changements, il y a des marges de manœuvre : en ce qui concerne les surfaces agricoles irriguées, on estime que l’efficacité de la gestion des ressources en eau peut être améliorée de 35 % et on peut cultiver des variétés plus tolérantes à la sécheresse. Mais les cultures pluviales pâtiront forcément de la baisse des précipitations, en particulier dans les pays du Maghreb, très vulnérables aux aléas climatiques et par ailleurs dépendants des importations pour ces denrées de base (les scénarios les plus pessimistes prévoient une perte en zones cultivables en pluvial jusqu’à 64 %). Les 17 objectifs de développement durables n’auront pas les mêmes niveaux d’achèvement selon les lieux : les pays du Nord et de l’Ouest sont plus résilients que ceux de l’Est et du Sud. Ce que le rapport met en avant c’est la nécessité des collaborations régionales et des échanges de bonnes pratiques pour la recherche de solutions d’adaptation.

Aller plus loin :


Contact science : Yves Tramblay, IRD, UMR HSM YVES.TRAMBLAY@IRD.FR
 Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet COMMUNICATION.OCCITANIE@IRD.FR


Source de l'article : https://www.ird.fr/rapport-du-...