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Le trafic international de pangolins africains s’amplifie

Publié par IRD Occitanie, le 6 septembre 2021   140

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Pour comprendre les raisons de l’intensification de la chasse au pangolin en Afrique de l’Ouest, une équipe franco-béninoise impliquant l'UMR EDB a analysé les déterminants ethnographiques et commerciaux de ce qu’il faut bien appeler un trafic. Leurs résultats sont publiés dans le Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine.

Si la viande de pangolins est régulièrement consommée par les populations du Bénin, d’autres parties de ces animaux entrent dans des usages liés à la médecine traditionnelle et aux pratiques rituelles. Et la demande croissante en animaux vivants exercée par la diaspora chinoise pèse lourd…

Villages et marchés de médecine traditionnelle (TMMs) enquêtés au Bénin

© Zanvo et al., 2021

Un constat : des populations en déclin dans toute l’aire de répartition

D’après l’UICN, sur les 8 espèces de pangolins connues, les 4 asiatiques sont en danger d’extinction et parmi les 4 espèces africaines, 2 sont classées vulnérables (dont le pangolin à ventre blanc, Phataginus tricuspis) et 2 sont en danger d’extinction. Le pangolin à ventre blanc, présent dans les forêts d’Afrique centrale et de l’Ouest, voit ainsi ses populations fondre. « Cette espèce est la seule représentée sur les marchés béninois, avance Philippe Gaubert, généticien de la conservation à l’UMR EDB et co-auteur de l’étude. Elle est largement chassée et braconnée pour fournir de la viande de brousse et des remèdes utilisés en médecine traditionnelle africaine ». Ayant constaté une contraction de plus de 30% de l’aire de répartition du pangolin à ventre blanc en l’espace de 20 ans, les scientifiques ont réalisé un inventaire des usages des différentes parties des pangolins par les ethnies présentes sur le territoire béninois.

Pangolin

© IRD - Joseph Laure

Mort ou vivant, un animal très prisé par des clients variés

Le généticien et ses collègues de l’Université d’Abomey-Calavi, réunis au sein de la JEAI RADAR-BE, ont procédé par questionnaires auprès des villageois de plus de 50 localités réparties du nord au sud et des vendeurs sur 5 importants marchés de médecine traditionnelle. « Nous avons enquêté sur les usages, la valeur marchande des différentes parties et sur les types de clients », précise Stanislas Zanvo, doctorant IRD travaillant sur la conservation du pangolin au Bénin. Sans surprise, la viande de pangolin est consommée par les béninois de toutes ethnies, qu’elles l’appellent Lihoui, Kokowaka ou Akihan. La « viande de brousse » est effectivement toujours l’alternative la moins chère pour se procurer des protéines animales en Afrique sub-saharienne. Mais les raisons de la chasse intensive sont à chercher ailleurs : les questionnaires révèlent que 8 parties du pangolin – les écailles en particulier - sont très demandées pour leur usage en médecine traditionnelle mais aussi pour des pratiques liées au culte Vodoun?. Les écailles entrent dans 56 usages répertoriés allant de « force physique masculine » à « problèmes des nouveau-nés ». Elles sont aussi utilisées pour soigner le cancer du sein dans les ethnies du Nord. Les communautés locales reconnaissent 5 types principaux de clients : les restaurateurs, les guérisseurs traditionnels, les marchands de dépouilles d’animaux, des acheteurs ouest-africains (non béninois) et ceux issus de la diaspora chinoise.

Marché au pangolin, Bénin

© Université d'Abomey-Calavi - Stanislas Zanvo

Du marché local au trafic international, un réseau économique complexe

Outre des connaissances sur la valeur ethnozoologique du pangolin à ventre blanc, cette étude apporte surtout un éclairage sur les mécanismes économiques qui sous-tendent la pression de chasse. « Il faut savoir que la vente de viande de brousse par les chasseurs d’Afrique de l’Ouest leur procure des revenus non négligeables », ajoute Philippe Gaubert. L’analyse de toute la chaîne depuis les chasseurs jusqu’aux clients les plus lointains confirme que la demande accrue de la diaspora chinoise installée au Bénin a un impact important sur le commerce de l’espèce. Car les prix varient en fonction du vendeur, du client et de la partie animale. Les clients chinois exigent l’animal vivant, si bien que le prix d’un pangolin va de 5 à 8 euros sur un marché local à plus de 70 euros s’il est vendu à un chinois. En ce qui concerne les écailles, beaucoup moins chères en Afrique qu’en Asie, elles sont bien au centre d’un trafic international? alimentant les marchés de médecine traditionnelle chinoise qui en font grande consommation. « S’attaquer aux racines de la chasse intensive subie par cette espèce vulnérable, pourtant interdite de commerce internationale par la CITES, va s’avérer compliqué », concluent les auteurs de l’étude.


Publication : Zanvo S., Djagoun Scam, Azihou F. A., Djossa B., Sinsin B., Gaubert P. 2021. Ethnozoological and commercial drivers of the pangolin trade in Benin. Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine, https://doi.org/10.1186/s13002-021-00446-z


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Contact science :

Philippe Gaubert, UMR EDB PHILIPPE.GAUBERT@IRD.FR
 

Contacts communication :

Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet COMMUNICATION.OCCITANIE@IRD.FR

Source : https://www.ird.fr/le-trafic-i...