Femmes de Science et de Savoir : Un peu d'histoire [Saison 1 - 2/3]

Publié par Claire Adélaïde Montiel, le 27 mars 2020   130

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Certes, les femmes ont été le plus souvent écartées des sciences et du pouvoir mais pas partout et pas tout le temps.  Sandrine Schiano, docteure en littérature souligne que, « privées du droit d’apprendre, autodidactes ou bénéficiant de cours particuliers, certaines sont parvenues à s’engouffrer dans les brèches ainsi ouvertes.[1]

Pendant la période de l’Antiquité, de nombreuses femmes exerçaient la médecine ou l’obstétrique aux côtés de leurs époux ou indépendamment d’eux. Platon, dans ses écrits, cite plusieurs d’entre elles qui ont joué un rôle éminent dans l’édification et la retransmission de la culture et se prononce pour un libre accès des femmes aux sciences. Lors de la période romaine, les femmes furent poétesses, philologues, savantes comme Hypatie, la mathématicienne et astronome d’Alexandrie.

A ce propos, il faut faire justice à une légende qui veut qu’elle ait été assassinée parce que femme. En fait, il est vrai que, jeune, savante, d’une intelligence et d’une beauté exceptionnelle, elle attirait les foules en commentant Platon et Aristote au Muséum d’Alexandrie dont son père, Théon, était le directeur. Mais si elle fut assassinée en 415 par ordre de l’évêque Cyrille, c’est surtout parce que sa jeune gloire et sa philosophie rationaliste et matérialiste portaient ombrage au christianisme intransigeant de celui-ci.                                                                      

Du XIIe au XVe siècle, l’université de l’époque médiévale, du moins en France, a été d’une féroce misogynie. Si l’on en croit Adeline Gargam, auteure d’un livre collectif, à cette époque « les sciences sont devenues une affaire d’hommes parce que l’université, éclose et organisée dans la mouvance cléricale, se développa en tant que sanctuaire masculin du savoir, excluant durablement les femmes ».[2] En revanche, les couvents constituaient de véritables foyers culturels et spirituels. De nombreuses jeunes filles nobles choisirent la vie monacale pour recevoir une éducation et acquérir une certaine indépendance en compagnie de femmes éminentes comme Hildegarde de Bingen ou Herrade de Langsberg qui ont produit des œuvres théologiques et/ou scientifiques.

 

Au XVIIe siècle, bien longtemps avant que Molière ne stigmatise les femmes qui se piquent de savoir, Descartes écrit son discours de la méthode en français et non en latin de sorte qu’il soit accessible à tous ceux qui veulent s’instruire, femmes comprises. Il attribue à celles-ci, qui n’ont pas déformées par un enseignement stéréotypé « une espèce de virginité intellectuelle qui les exempte des erreurs et préjugés diffusés par l’éducation traditionnelle » et entretient des relations privilégiées avec de grandes dames de son temps : Elisabeth de Bohême, Christine de Suède.       

François Poullain de la Barre, philosophe cartésien, revendique l’égalité pour les deux sexes, arguant que rien dans la nature ne prédispose les femmes au rôle de servantes où les maintiennent des siècles d’erreur. Qu’on leur donne l’éducation et elles seront tout aussi capables que les hommes de devenir médecin, prêtre, général, ministre, magistrat et même chef d’état, affirme-t-il.

 

  Dans le premier tiers du XVIII° siècle, quelques 25 ans avant que les Encyplopédistes ne prônent l’égalité de tous les hommes en oubliant les femmes et les non-blancs, le moine bénédictin Benito Feijoo écrit son livre le théâtre critique universel où il réfute le mythe de l’inégalité entre les hommes et les femmes.                                                                                                                

 Il insiste sur le fait que « ce sont les hommes qui ont écrit les livres où l’on tient pour très inférieure l’intelligence des femmes… Il s’agit là de vérités représentées comme irréfutables qui ne résistent pas à l’analyse de la raison et de l’expérience. »  Rien de tout cela « n’est explicable par la nature différente des femmes et des hommes mais par l’absence d’une éducation appropriée, circonstance qui, par ailleurs, est applicable aux hommes » Avec des arguments toujours guidés par la raison et l’expérimentation, il affirme que les femmes ont une aptitude pour toutes sortes de sciences et profondes connaissances.

Benito Feijoo a quelque mérite puisque certains des plus éminents représentants des philosophes de ce siècle que, devant de tels exemples on peine à nommer des lumières, n’hésitent pas à écrire tel Jean Jacques Rousseau dans  son traité Emile ou de l’éducation : « Toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes : leur plaire, les soigner, les élever jeunes, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce »[3].        

 

 

[1] Femmes de sciences de l’antiquité au XIXe siècle, sous la direction d’Adeline GARGAM. Editions universitaires de Dijon

[2]idem

[3] Jean-Jacques ROUSSEAU, L’Émile ou De l’éducation (1762)