Pour un monde plus sain ! Didier Montet, un chercheur dévoué à la sûreté alimentaire mondiale

Publié par Anthony Adam, le 12 décembre 2020   300

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On a tous rêvé de réaliser des missions en vue d’aider des pays en difficulté, lui il l’a fait à plusieurs reprises ! Ayant travaillé sur de nombreux problèmes sanitaires dans le monde, Didier Montet, chercheur et expert en sureté des aliments à Montpellier, a accepté de partager son ressenti et ses expériences vécues lors de ces différents projets. Il donne également sa vision du futur de l’agriculture mondiale, portée selon lui en partie grandissante par l’intelligence artificielle. Portrait


Fondateur et dirigeant dans l’âme…

« Le hasard de la vie », c’est ainsi que Didier Montet explique son intérêt pour la microbiologie et la sûreté alimentaire. Ce n’est donc ni de ses amis, ni de sa famille qu’il a pris passion pour ce domaine, contrairement à beaucoup de portraits. Il décide de s’y spécialiser dès 1977, en décrochant son baccalauréat puis une maîtrise en 1979 en agroalimentaire. En 1980, il s’oriente par la suite vers un DEA (diplôme d’études approfondie, équivalent d’une deuxième année de master) puis prépare une thèse en sciences et technique alimentaire spécialisée en microbiologique qu’il obtient en 1984. Il a mené des études d’enzymologie, sur les lipides et matières grasses, utilisés dans la création de nouvelles molécules. Son parcours de diplômé s’achève avec une HDR (habilitation à diriger des recherches) obtenu en 1993, cette fois-ci en biochimie.

Son riche cursus scolaire lui a ouvert les portes de l’analyse microbiologique et de la sûreté alimentaire. Avant d’occuper son poste actuel, Didier Montet s’est retrouvé à la tête de nombreuses équipes de recherche. Il y a une dizaine d’années, il fonde et dirige une équipe sur le contrôle des contaminants le long de la chaîne alimentaire.  Il a également créé une méthode intitulée « l’expertise collective », permettant de travailler sur des sujets réunissant des experts locaux. Ensemble, ils font notamment un état des lieux des éléments préjudiciable à la santé des individus qui sert particulièrement à certains décideurs politiques. 

Ses travaux touchent à une pluralité de spécialités. Parmi elles : l’écologie microbienne, la biochimie, l’enzymologie, les contaminants chimiques et surtout la sureté sanitaire des aliments. Il est d’ailleurs expert à l’agence nationale depuis 15 ans sur les deux derniers aspects.

 

… mais surtout un globetrotter engagé

La Côte d’Ivoire, le Cambodge, l’Inde, les Philippines, ces pays figurent dans la longue liste de pays où est intervenu Didier Montet. Engagé dans la sûreté alimentaire à l’échelle internationale, Didier Montet a eu l’opportunité de participer et diriger de nombreux projets dans les 4 coins du monde, plus particulièrement dans les pays en développement, en Asie, Amérique latine et Afrique.

L’aventure démarre en 1997, lorsque son directeur scientifique lui parle d’un projet à mener dans un centre international. Didier Montet n’ayant pas hésité longtemps à y répondre favorablement, s’envole pour la Thaïlande (pour 2 ans) en rejoignant ce centre nommé l’Asian Institute of Technology, formant des cadres pour toute l’Asie. Y réalisant d’abord une mission d’évaluation, il se retrouve, en compagnie de deux chercheurs locaux et un directeur néerlandais, à la tête d’une équipe de 50 personnes, composée entre autres d’étudiants en thèse et master.

Par la suite, Didier Montet a également travaillé sur le continent africain. Un des derniers projets de sa carrière, selon lui, était la mise en place de formations sanitaires dans des universités de plusieurs pays d’Afrique francophone : Sénégal, RD Congo et Maroc. Il y a notamment enseigné le fonctionnement des agences sanitaires et formé des chercheurs en microbiologie. Ses apports se font même jusqu'aux grandes instituions politiques : les gouvernements de Maurice, des Philippines et de Côte d’Ivoire ont bénéficié de son aide, dans l'optique de développer leur agence sanitaire.

Pour lui, l’avantage de devoir mener des études dans des pays en développement est le traitement de « vraies questions ». Il argumente sur le fait que de sérieux enjeux sanitaires liés aux aliments sont à prendre en compte dans les travaux et que l’objectif est de résoudre ces problèmes en liaison avec les autorités locales. Durant ses années de projets internationaux, il a pu régulièrement s’immerger directement sur le terrain, au contact de chercheurs dans les laboratoires, d’employés dans des entreprises agro-alimentaires et même rendre visite à des autochtones.

De ces expériences internationales, il retient des moments qu’il qualifie « d’extraordinaire ». Il évoque des apports sociaux avec émerveillement : « Ces expériences m’ont permis de créer de nombreux nouveaux projets, de rencontrer et nouer des liens forts avec des nouveaux collègues venus des quatre coins du monde, mais aussi des autochtones. » Pour lui, ce statut lui a donné une opportunité privilégiée de parcourir différents pays d’Asie du Sud-Est, d’Amérique latine ou d’Afrique. Il raconte, avec sourire, des anecdotes aussi folles les unes que les autres : repas avec la princesse de Thaïlande, déplacement à dos de chameaux pour aller visiter une usine de crevette en Inde, location d’un inspecteur de police au Cameroun…

Si l'enrichissement social est clairement souligné , l’apport professionnel de ces projets n’a pas oublié d’être mentionné dans ce retour d’expérience : « Ces projets étaient excellents pour le carnet d’adresse. Le réseau devient plus important quand on mène des projets, si on n’a pas de projet, on n’a pas de réseau ». Ce réseau s’étoffe par la collaboration avec diverses personnalités politiques ou hauts fonctionnaires. Parmi elles, nous pouvons la Ministre de la Recherche en Thaïlande, le Ministre de la Santé de Maurice ou le secrétariat du premier ministre de Côte d’Ivoire (avec qui il a collaboré pendant 2 ans).

 

Les fins de projets : un regret éternel pour Didier Montet

Les projets internationaux riment aussi avec adaptation aux coutumes des pays. Didier Montet a été confronté à des chocs culturels, en particulier dans la communication avec ses pairs, marquée par la tant redoutée barrière de la langue : « Je dirai que le plus difficile est de se faire comprendre. Je travaillais à l’Asian Institute of Technology de Thaïlande avec 43 personnes venues du monde entier : des Birmans, des Cambodgiens, des Chinois, des Thaïs… J’avais du mal à m’intégrer tous les visages. L’anglais n’était pas la langue maternelle pour tout le monde, alors on parlait un anglais international ». Forcément, quand on a autant participé à des projets, on ne sait pas où donner de la tête.

Il ajoute que les regrets sont toujours les fins de projets. Voici le récit de l’un d’entre eux :

« Quand on fait du développement, on est toujours sur du financement. Un exemple, il y a deux ans, l’ambassade de France m’a demandé d’aider le gouvernement des Philippines à monter un système de formation pour créer un jour un système sanitaire. Il fallait former les formateurs qui forment aux-même d’autres formateurs qui vont aller sur le terrain. Je leur avais dit que c’était impossible car les Philippines sont constituées d’environ 6000 iles. J’avais quinze jours pour faire ça, je leur ai fait un programme de plus de soixante pages de formation. Une fois le financement fini, je suis rentré chez moi et eux se retrouvaient tout seul sur le terrain. Malheureusement, après il ne me revoient plus et me contactent ensuite par courriel ».

De toutes ces expériences se dégage une personne empathique, prête à tout pour aider les Etats en développement. Avec frustration, il ajoute qu’il lui est déjà arrivé de ne pas pouvoir correctement finir un projet, comme c’était le cas de l’un d’eux en Côte d’Ivoire, pour manque de financement. Ironiquement, il voit ces projets inachevés comme un avantage car il y a toujours des problèmes sanitaires qui arrivent d’ailleurs qu’il peut essayer de résoudre.

 

L’intelligence artificielle : l’avenir de l’agriculture selon Didier Montet

Son statut de chercheur lui a conféré une faculté à prévenir et les crises sanitaires avant qu’elles n’arrivent. D. Montet l’explique par le fait qu’en travaillant avec des groupes d’experts locaux, les problèmes sanitaires se passant le monde sont plus faciles à répertorier. Ceci se fait généralement par « espionnage » et par analyse des statistiques locales et au voisinage.

D. Montet livre sa pensée sur la direction qu’emprunterait l’agriculture mondiale dans les 10 prochaines années. Pour lui, ce sera l’intelligence artificielle qui sera de vigueur dans l’agriculture. La raison ? Diverses pratiques vont émerger et se normaliser dans les laboratoires et industries. Entre autres, les soins aux plantes et aux animaux pourraient être identiques à ceux accordés aux humains. Les pesticides ne seraient plus répartis par avions ou camions mais apposés précisément lorsqu’une maladie se propagera. Il poursuit son hypothèse en affirmant une chose : « Ce qui est sûr, c’est que des techniques reliant l’informatique, l’analyse chimique et biologique vont évoluer ». La possible opposition de l’agriculture intelligente avec la pensée humaine est un autre élément que Didier Montet prend en compte. Selon lui, on tendrait vers une situation de déséquilibre : la pensée humaine se retrouverait en grande situation désavantageuse face à ce phénomène.

Dans son métier, ces tendances ont obligé Didier Montet à se reformer sur les nouvelles pratiques d’analyse en biotechnologie. Ces évolutions l’ont plongé dans un « gros choc », bouleversant ses pratiques et son savoir-faire acquis depuis une quarantaine d’années. Ainsi, la formation à ces techniques et le réapprentissage de sa fonction étaient des étapes essentielles dans le processus de travail de Didier Montet. Il cite en exemple l’analyse en microbiologie, caractérisée aujourd’hui par l’utilisation de séquenceurs et de bio-informatique ou l’analyse de toxines par spectro de masse, techniques qui n’existaient pas au début de sa carrière.

Ce que l’on peut souhaiter à Didier Montet est de continuer à s’épanouir dans son métier actuel. On le remercie surtout pour son expertise et son dévouement, contribuant à l’amélioration de la sûreté alimentaire dans les nombreux pays en développement où il a travaillé.