Quelle est la bonne distance pour se rencontrer ?

Publié par Quai des Savoirs, le 25 décembre 2020   260

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Comment nos liens sociaux ont été perturbés, au travers des périodes de confinement ? Les études de la proxémie, ou études de la distance sociale, interrogent l’influence de la crise sanitaire sur le contact entre individus, sur l’échange avec l’autre. Dans un contexte où le besoin de lien social se fait ressentir, la Compagnie Sputnik part à la rencontre du public avec une sensibilité plus que nécessaire à l’heure actuelle.


L’étude des distances sociales et distances corporelles entre les individus est appelée proxémie, développée par l'anthropologue Edward T. Hall dans les années 1960. Il existe plusieurs distances de proxémie : la proxémie intime qui varie entre 15 et 45 cm ; la proxémie personnelle avec sa famille qui varie entre  30 et 50 cm ; la proxémie sociale avec ses collègues qui varie entre 1,5 et 3 mètres ; la proxémie générale avec des inconnus qui varie entre 86 et 88 cm ; et la proxémie publique lorsque l’on parle à des groupes. Selon l'anthropologue, notre proximité dans l’espace avec des individus est un marqueur de notre identité. Elle peut être représentée par une bulle qui nous entoure et qui constitue un périmètre de sécurité individuel, dont la dimension varie selon les cultures. Par exemple, la distance de proxémie générale est plus grande dans les pays nordiques que dans les pays latins. Pendant ces périodes de confinement, partout dans le monde, on constate que des nouvelles mesures de distance de proxémie, appelée distanciation sociale, ont été imposées, puis respectées et intégrées par les diverses populations. Cette intégration de la distanciation sociale en très peu de temps a conduit à la suppression de la proxémie culturelle et/ou générale, qui est à l’origine personnelle et propre à chaque culture. 

La mesure de proxémie générale qui est habituellement autour de 86-88 cm en France, passe à 1m20-1m50 en très peu de temps. 

Mickael Théodore, dans le podcast du Quai des Savoirs : A la bonne distance

La distanciation sociale entre individus, l’acceptation du port du masque, le respect des gestes barrières et les restrictions de liberté ont permis d’une part de contrer la propagation du virus mais d’autre part ont entraîné une perturbation de nos liens sociaux, des relations avec l’autre, ainsi que la réduction des interactions humaines et sociales.

Dans le cadre de l'événement Lumières sur le Quai, la compagnie Sputnik, appartenant au courant contemporain de théâtre dans l’espace urbain, a proposé une expérience originale sur la rencontre avec l’autre par la mesure de proxémie générale dans la continuité du projet Rencontre(S), que nous détaillerons plus loin. Cette expérience permet de rendre compte de manière artistique de ce qui se passe lors de la rencontre avec l'autre et de répondre à la question suivante : quelle place occupe la rencontre dans nos vies, dans notre quotidien, dans l’espace public ? La compagnie a investi l'allée Matilda, devant le Quai des Savoirs, et ce sont au total 88 cercles qui ont été tracés au sol pour matérialiser la distance idéale entre deux inconnus, représentée de manière artistique par des bulles de proxémie et/ou de rencontres. Les cercles ont été mesurés un à un entre le public et Marion Raïevski, cofondatrice de la compagnie Sputnik. La comédienne et metteuse en scène questionne et approche le public dans la peau de son personnage d'experte architecte des huit sens du bureau BEAURH (Bureau d'Étude en Architecture et Urbanisme des Rapports Humains). La rencontre se fait pas à pas, jusqu’à ce que le spectateur détermine la proximité maximale qu’il peut supporter avec la comédienne. Une première mesure linéaire est alors prise d’épaule à épaule. De cette mesure est ensuite tracé un rayon qui donne lieu à un cercle autour de la personne. La dimension 2D du cercle rend la distance réelle : il ne s’agit plus d’une simple distance linéaire entre deux individus, mais d’un volume autour de soi. Chaque personne étant différente, la taille des cercles varient, donnant une myriade de cercles colorés aux rayons divers sur le sol, chacun portant le prénom de la personne participante et la taille de son diamètre.

Comment créer du lien dans ce contexte, créer une histoire commune avec des histoires de rencontres singulières ?

La compagnie Sputnik s'interroge sur comment échapper, un temps, aux outils du virtuel qui ne permettent pas forcément le lien, voire participent à une forme d’isolement. C’est pour y répondre que le projet “Rencontre(s)” est mis sur pied, basé sur une récolte vidéo de souvenirs de rencontres. Les yeux fermés, les personnes se concentrent sur le souvenir d’une rencontre qu’ils ont vécu par le passé, durant le temps qu’ils souhaitent. Le montage de tous ces visages sera par la suite projeté sur les façades des immeubles, cafés et lieux de vie. En questionnant la place qu’occupe la rencontre aujourd’hui, la compagnie honore avec sensibilité les liens sociaux qui nous unissent dans un contexte particulier où l’échange avec l’autre est limité.


Crédit : Mickael Théodore

Première projection du projet Rencontre(s) :

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