Quand l'art inspire les scientifiques

Publié par Quai des Savoirs, le 25 décembre 2020   800

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Depuis toujours, artistes et scientifiques s’inspirent l'un et l'autre en s’appuyant sur le monde qui les entoure. Cette mise en réseau de chercheurs et d’artistes permet à chacun de changer son mode de réflexion habituel et d’ouvrir le champ des possibles, mêlant méthode scientifique au monde artistique. Pour l’installation art-science « Qui parle Donc ? », les scientifiques sont partis à la recherche des artistes.


Si leurs méthodes semblent à première vue s’opposer, les recherches artistiques et scientifiques se croisent parfois autour d'hypothèses ou de questionnements. Nombreux sont les scientifiques créatifs et les artistes qui s’inspirent des avancées scientifiques, tous deux portés par la volonté de créer de nouveaux projets dans une démarche commune. 

C’est le cas de Frédéric Garcia, chercheur à l’INRA. Désireux de croiser la démarche scientifique et l’approche artistique, il s’est adressé à Edwige Armand, artiste plasticienne, pour une collaboration sur la capacité d’écoute des plantes. Collaboration qui a finalement débouché sur la création de l’installation arts-sciences intitulée « Qui parle Donc ? ». Présentée en deux parties, avec une salle dédiée à l’approche scientifique et une autre à l’approche artistique, l’installation invite le public à porter un autre regard sur le monde végétal qui nous entouré, et donne à imaginer la manière dont le végétal perçoit son environnement, c'est-à-dire sa capacité d’écoute.

L’installation sonore et interactive « Qui parle Donc ? » a été exposée au Quai des Savoirs pour sa 6ème édition du festival Lumières sur le Quai. L’originalité de cette proposition artistique réside dans le sujet lui-même : la recherche scientifique « en train de se faire », c’est-à-dire la mise en abyme d’un sujet de recherche et non d’un fait scientifique déjà établi. L’étude de la vie et précisément de la perception végétale en est effectivement encore à ses débuts ; elle constitue un champ de recherche ouvert, qui inspire à la fois artistes et scientifiques.

Salle artistique de "Qui parle donc ?" au Quai des Savoirs | Crédits photo : Mariette Escalier

Malgré la demande institutionnelle que la science s’ouvre au reste de la société et que les scientifiques travaillent avec les citoyens (comme sur les projets de sciences participatives), la collaboration avec le domaine artistique n’est aujourd’hui pas toujours prise au sérieux. "Travailler avec des artistes fait sourire.” explique Frédérick Garcia, lorsqu’il parle de la façon dont ses pairs perçoivent son travail, qu'ils comparent à un loisir ou une occupation de son temps libre, et non à une vraie activité professionnelle.

Pourtant, historiquement, les deux disciplines sont fortement liées. Durant la Renaissance notamment, l’art atteint un statut particulier et il est habituel que les artistes soient aussi des scientifiques. Un exemple-type serait Leonard Da Vinci et le dessin anatomique. Si auparavant, le dessin n’était vu que comme un outil, la perception des scientifiques à son propos évolue avec la pratique du dessin anatomique. En effet, il était inconcevable au Moyen-Âge et durant l’Antiquité que le dessin puisse être à l’origine d’une théorie : il ne pouvait être qu’un outil au service de la théorie. Mais avec Da Vinci et les dessins anatomiques, le dessin devient un instrument de savoir, il peut être à l’origine d’une théorie. L’artiste italien devient le fondateur d’une science par le dessin, on reconnaît que des pratiques artistiques peuvent faire émerger des faits scientifiques.

S’il ne s’agit que d’un exemple parmi d’autres du rôle de l’art dans l’Italie scientifique et humaniste de la Renaissance, il montre à quel point art et science peuvent être liés, et même la façon dont la science s’est déjà inspirée de l’art. Les deux univers se nourrissent mutuellement, bien que leur méthode à chacun puisse parfois s’opposer. Durant la collaboration entre artistes et scientifiques qui a mené à l’installation de Qui parle donc ? la rigueur scientifique s’est souvent confrontée à la méthode artistique. Frédérick Garcia donne l’exemple de l’écrit : un scientifique écrira bien plus qu’un artiste durant le procédé de réflexion. Mais l’exposition finale est symbolique des différentes représentations du monde existantes selon son approche, scientifique ou artistique. Cette apparente dualité permet finalement de mettre en évidence que selon le point de vue, tout change. Et c’est finalement une représentation du monde, commune,  qui est proposée aux visiteurs : celle des plantes qui nous observent.


RESSOURCES :

  • Podcast #15 du Quai des Savoirs : Les plantes ont des oreilles

  • Webdocumentaire de Passerelle Arts Sciences Technologies

  • Édouard POMMIER, Comment l’art devient l’Art dans l’Italie de la Renaissance, Paris, Gallimard, 2007