Histoire de Flore #1 : On ne laisse pas le cognassier dans un coing

Publié par Patrimoine Université Toulouse III - Paul Sabatier, le 24 avril 2018   1.3k

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Le Cognassier (Cydonia Oblonga) est un arbre de la famille des Rosacées. Il tire son nom de l'origine que lui accordaient les grecs de l'Antiquité : la cité de La Canée (Cydonia) en Crête. L'arbre était nommé le "pommier de Cydonie". 



Il s'adapte à de nombreux climats et sur tous les sols, ce qui explique sa large présence sur le globe. Le cognassier produit un fruit charnu: le coing. Ressemblant à une poire, il est pourtant plus gros, et plus volumineux, avec ces 10 cm de long et 8 cm de large de moyenne. Lorsqu'il est à maturité, le fruit arbore une couleur jaune doré.  


Un fruit doré, c'est aussi ce que voyaient les Anciens de la Grèce antique dans le coing.                  C'est donc tout naturellement qu'on le retrouve dans beaucoup de mythes gréco-romains. Qui ne connait pas les fameux coings d'or du jardin des Hespérides que doit aller chercher Héraclès lors de ces douze travaux ?  Ou ce coing d'or que devait remettre le prince troyen Paris, à la plus belle des déesses de l'Olympe, provoquant à terme la guerre de Troie ?

Le jeune prince troyen Paris fut choisi pour désigner qui était la plus belle parmi Héra, Athéna et Aphrodite. C'est cette dernière qui remporta le concours et lui offrit en récompense l'amour de la plus belle femme du monde : Hélène, femme du roi Ménélas.

 

Dans l'imaginaire collectif moderne, ce sont des pommes qui sont parées d'or et sont à l'origine de tant de mythes. Mais ce n'est peut être qu'une facilité d’interprétation.  En effet, le mot latin malum que l'on traduit généralement par "pomme" peut aussi désigner le coing, la grenade, la pêche, l'orange ou le citron.
Si l'on remonte jusqu'aux origines grecques des mythes, le doute persiste. Hésiode et Sophocle, respectivement au VIIIe et Ve siècle avant notre ère, parle bien de "pomme d'or" (khruseos melon). Pourtant le poète Ibycus sème le doute au VIe siècle av JC, en décrivant le jardin des Hespérides comme un lieu où "fleurissent les pommiers de Cydonie", donc les cognassiers.

Si le doute peut persister et que la légende populaire a retenu la pomme comme le fruit d'or par excellence, le coing a aussi une réelle place dans l'Antiquité et ses mythes. La légende la plus répandue prend place sur une minuscule île des Cyclades, en Grèce.

Une jeune athénienne Cydippe était en voyage sur l'île de Délos pour participer aux fêtes d’Artémis, la déesse chasseresse. Et là, le jeune Acontios, un homme de basse condition, l'aperçoit dans le temple. Il en tombe éperdument amoureux en un instant.

Sauf qu'il est pauvre et qu'elle fait partie de la noblesse d'Athènes. Il attrape alors un coing (le fruit de cognassier) sur lequel il inscrit :   "Je jure par, par le temple d’Artémis, de me marier avec Acontios".  Il lance le fruit aux pieds de la jeune femme. Elle le ramasse intriguée et lit à haute voix l'inscription. Or tout ce qui est énoncé dans ce temple de Délos doit se réaliser. La jeune femme refuse cette union et s'enfuit. Mais elle a prononcé ce serment. 

Artémis n'accepte pas qu'elle enfreigne à cette règle. La déesse frappe alors Cydippe de maladies. A chaque fois que son père tente de la marier, celle-ci reste clouée au lit. Acontios, apprenant le destin de celle qui l'aime, se rend à Athènes, demandant de ces nouvelles tous les jours. Le père de Cydippe suspicieux, pense qu'il a affaire à celui qui a envouté sa fille. Il consulte alors un oracle, qui lui explique la malédiction lancée par Artémis pour le non-respect du serment. Apprenant l'origine des maux touchant sa fille, le père loue l'intelligence de d'Acontios et lui offre la main de sa fille. Le serment est alors respecté et Cydippe retrouve force et santé. 

Que ce fruit qui a de multiple vertus curatives puisse au contraire rendre si malade, ça nous en bouche un coin(g)!



Texte : Marie Nonclercq

Crédit Photo : ©SCECCP, Université Toulouse III-Paul Sabatier

Image  coing : Valérie Rolland

Tableau : Pierre Paul Rubens, Le jugement de Paris, 1632-1635, huile sur bois

© Copyright The National Gallery, London 2018


Bibliographie:

Dictionnaire latin-français, F. Gaffiot, Paris, Hachette, 1998

La majestueuse histoire du nom des arbres : Du modeste noisetier au séquoia géant, H.Walter et P. Avenas, Paris, Robert Laffont, 2017

Tela-botanica.org

Le jardin des Dieux, Laure de Chantal, Flammarion, Paris, 2015

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