La méditation à l’école : laïciser une pratique spirituelle ?

Publié par Université de Montpellier UM, le 17 janvier 2019   170

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Les publications pour présenter la méditation aux enfants ont déferlé ces dernières années. ©Shutterstock

Sylvain Wagnon, Université de Montpellier

La méditation prend une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne, au travail et maintenant à l’école. Son entrée dans la sphère éducative est-elle si anodine qu’il y paraît ? Comment expliquer le passage progressif de la méditation de la rubrique santé des médias à la rubrique « éducation » ?

L’entrée de cette pratique, à l’origine religieuse et bouddhiste, dans la sphère éducative publique et laïque pose une série de questions sur sa définition, ses modalités, ses liens avec les apprentissages et ses finalités. Avec l’entrée de la méditation de pleine conscience dans les écoles, peut-on laïciser une pratique spirituelle ?

D’après Edouard Gentaz, professeur en psychologie du développement, la méditation donne des résultats encourageants, certes, mais encore discutables dans la lutte contre l’anxiété, la gestion du stress et une meilleure connaissance de soi.

L’essor de cette pratique est soutenu par des professionnels de la santé et le psychiatre Christophe André a rencontré un franc succès en librairie en évoquant les bienfaits de la méditation en milieu hospitalier comme dans la vie quotidienne. Son intégration dans les programmes de recherches et les enseignements universitaires de médecine est devenue courante comme à Strasbourg, Paris ou Montpellier.

Du monde du travail à l’éducation

En tant que méthode de gestion du stress, la méditation ne pouvait qu’intéresser les milieux managériaux. La pleine conscience a donc acquis en quelques années une renommée auprès de tous les coachs en développement personnel et d’entreprises en faisant de cette pratique un outil au service de l’efficacité entrepreneuriale et d’une meilleure employabilité du salarié.

Par ailleurs, les progrès de certaines recherches semblent légitimer l’usage de la méditation en démontrant ses bienfaits pour la structure et le fonctionnement du cerveau. Matthieu Ricard, le très populaire moine tibétain et docteur en génétique cellulaire, met constamment en avant l’importance des interactions entre méditation et neurosciences ainsi que la finalité spirituelle de cette pratique.

Les succès éditoriaux d’Eline Snel et en premier lieu celui de son ouvrage Calme et attentif comme une grenouille, préfacé par Christophe André, apparaissent comme une première étape d’une intégration à la sphère éducative. À la suite de ces livres, devenus une sorte de méthode pédagogique, les publications pour présenter la méditation aux enfants ont déferlé.

Entre pédagogie et relaxation

Ces succès médiatiques – et les atouts reconnus par les enseignants eux-mêmes – en font un outil pédagogique, entré dans plusieurs systèmes éducatifs pour améliorer le bien-être, l’attention et les performances des élèves comme au Canada ou aux Pays-Bas.

Avec la méditation, on évoque les émotions, les capacités d’attention, de bienveillance et de résilience de l’enfant. La question est donc de savoir comment mettre en œuvre dans l’enseignement public cette pratique, à l’origine spirituelle et qui touche à la psychologie et l’inconscient. Quand les enseignants l’introduisent dans leur classe, s’agit-il d’ailleurs réellement de méditation ? Ou faudrait-il plutôt y voir un outil pédagogique, des séances de relaxation ou de sophrologie ?

L’association pour la méditation dans l’enseignement semble coordonner de nombreux projets sans qu’un réel bilan et des résultats évaluables soient donnés. Un programme international nommé MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) est défini comme un protocole pour l’usage de la méditation dans l’enseignement.

Cette intégration dans la sphère éducative est activement soutenue par Emergences, organisme qui cherche à diffuser toutes les notions et pratiques du développement personnel. On retrouve dans cette association Christophe André, Mathieu Ricard, Frédéric Perez, Ilios Kotsou, Frédéric Lenoir ou Céline Alvarez, qui ont conjointement publié l’ouvrage Transmettre, sorte de recueil des relations entre développement personnel et éducation.

Un cadrage à discuter

Le caractère religieux de la méditation est le plus souvent éludé mais il apparaît toutefois nécessaire de mener une réelle réflexion sur le fait d’intégrer dans l’enseignement public laïc une pratique spirituelle. Il convient de savoir pour quelles finalités on pratique la méditation : simple relaxation, exercices de respiration, développement de l’attention pour favoriser les apprentissages, réduction des violences scolaires, émancipation personnelle ou l’employabilité renforcée d’un futur salarié.

Cette pratique peut-elle être « compatible » avec l’école laïque ? Est-ce à l’école d’enseigner la pleine conscience ? Si c’est le cas, les enseignants doivent être formés. En s’intéressant à la « conscience » des enfants, se pose la question de la responsabilité de l’école et des enseignants.

Aucun choix n’a encore été fait par l’institution scolaire, laissant libre cours à toutes les actions et définition de la méditation de pleine conscience comme en faire un remplacement des punitions. L’Éducation nationale doit se poser la question des interventions de plus en plus nombreuses mais aussi disparates d’associations pas toujours agréées et d’un intérêt croissant des enseignants pour cette pratique qui ouvre effectivement un champ de perspectives inexploré.The Conversation

Sylvain Wagnon, Professeur des universités en sciences de l'éducation, Faculté d'éducation, Université de Montpellier

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.