Jeux vidéo et médiation, retour sur le 5ème MIAMS

Publié par Annabelle Arena, le 5 octobre 2022   200

Les MIAMS, Midis Inter Acteurs-Actrices de la Médiation Scientifique, sont les rendez-vous en ligne ouverts à toutes personnes investies dans les actions de médiation et de communication scientifiques en Occitanie. Le principe de ces webinaires est d’échanger en toute convivialité durant la pause déjeuner sur des expériences, des bonnes pratiques et de nouvelles idées pour renouveler ses actions de culture scientifique. La 5ème édition des MIAMS s’est articulée autour des jeux vidéo comme outil de médiation.

Les jeux vidéo réunissent une communauté de plus en plus grande. Ces 3 dernières années, on compte 500 millions de joueurs en plus dans le monde dont 60 % sont des femmes et 30 % ont moins de 25 ans*. Créer des projets de médiation autour des jeux vidéo permet de capter un public nouveau et jeune.

En partant de jeux existants ou en créant de nouveaux, quels projets de médiation imaginer autour des jeux vidéo ? Quels types de projets pédagogiques et de médiation peut-on créer autour de cet outil ?

* Selon une étude publiée par le cabinet de conseil Accenture

Deux intervenants ont pu nous partager leur expérience :

  • Magali Kitzmann, responsable culture scientifique à Genopolys. Elle développe en collaboration avec l'école ARTFX des jeux vidéo pédagogiques comme Blob trotter et a mis en place des game jams invitant des doctorants et développeurs à concevoir ensemble des jeux vidéo en 48h. 
  • William Brou, professeur d'histoire-géographie. Il est le créateur de la chaîne YouTube et du compte Twitch Histoire en jeux et il est également chargé de mission sur l'usage des jeux vidéo en classe pour l'académie de Clermont-Ferrand.

Pourquoi se lancer dans la conception d’un projet de médiation à l’aide du jeu vidéo ?

Depuis 1992, la Bibliothèque Nationale de France a pour mission de collecter et d'enregistrer les jeux vidéo. Reconnu comme une œuvre appartenant au patrimoine culturel au même titre que les films, le jeu vidéo est une pratique très répandue notamment chez les jeunes. Elle est donc déjà bien ancrée dans notre société. Reste à définir comment l’utiliser.

Se baser sur des œuvres existantes

Pour William Brou, professeur d’histoire-géographie, cet objet culturel lui permet de faire passer des enseignements en lien avec sa matière et de développer l’esprit critique de ses élèves. En effet, introduire des jeux vidéo mondialement connus comme Assassin’s Creed lui permet de capter l’attention de sa classe tout en parlant d’histoire. Il se met ainsi à la portée de son auditoire en décryptant des œuvres accessibles à son jeune public ce qui facilite les échanges. Les vieux jeux (retrogaming,) souvent moqués pour leurs graphismes démodés et leurs mécaniques de jeu impossibles, sont également des bons supports pour y déceler les incohérences historiques. Par ailleurs, l’enseignant souligne que pour construire un projet de médiation autour d’un jeu vidéo existant, il faut y avoir joué dans un premier temps pour en comprendre les mécanismes, car l’expérience n’est pas la même que regarder un autre joueur y jouer. Il constate aussi que ses élèves n’ont pas connaissance du nombre important de métiers qui gravitent autour de la création d’un jeu vidéo, ce qui lui permet de parler de professions autres que celle de développeur et ainsi sortir du cliché du codeur isolé dans une pièce obscure.

Démarrer un projet lors d'une game jam

Une game jam est un défi où les participants groupés en équipe doivent concevoir de toute pièce un jeu vidéo dans un temps limité, souvent la durée d’un week-end. Magali Kitzmann, chercheure au CNRS et responsable culture scientifique à Genopolys, en a organisé plusieurs en invitant doctorants et développeurs à créer ensemble. Pour concevoir un jeu vidéo, il faut réunir plusieurs compétences dans son équipe : un game designer pour fixer les règles et les éléments constitutifs (le gameplay), un développeur pour coder le jeu et un game artist pour tous les aspects de design visuels. Durant cette expérience riche en échanges, Magali Kitzmann a pu observer que les membres d’une même équipe avaient tous une approche différente dans la conception, chacun apportant son propre regard.

Bien définir en amont le sujet du projet et à qui il s’adresse

Au démarrage d’un projet de médiation, il faut identifier les potentiels freins sans les croire insurmontables. Il est également nécessaire de bien déterminer à qui va s’adresser son jeu vidéo et de choisir un sujet qui parle aux personnes ciblées. Un élève de CM2 n’aura pas la même vision (bagage scientifique, esprit critique, etc.) qu’un étudiant. Il faut avant tout que le joueur s’empare du sujet du jeu pour s’y projeter.

Des pièges sont aussi à éviter lors de la conception comme celui de ne pas assez récolter de connaissances scientifiques. Il est crucial d’effectuer un travail de recherche en amont et de parfois contacter des personnes spécialistes du domaine. Par ailleurs, les concepteurs doivent faire tester leur jeu afin de recueillir leurs impressions et produire une œuvre à la fois ludique et en lien avec la science.

Un autre élément très important est de déterminer le budget global et de trouver les financements. Pour ce faire, Magali Kitzmann et William Brou s’accordent à dire qu’il faut des partenaires et suffisamment d’acteurs pour mutualiser les ressources.

Dialogue et réception de ce type de projet auprès du public

L’accueil des élèves et des parents est souvent très positif. A l’échelle d’une classe, tous les jeunes ne sont pas des joueurs de jeux vidéo. Cependant, c’est un média qui permet d’aborder des sujets de cours différemment et cela suscite toujours de la curiosité chez les élèves. Les parents quant à eux sont favorables à cette initiative car cela leur permet dialoguer avec leurs enfants pour comprendre ce qui les intéressent et pourquoi ils peuvent passer beaucoup de temps dessus.

Accompagnement lors du gameplay

Pour favoriser la médiation, il est très important d’accompagner le public lors de la phase de test d’un jeu vidéo. Il faut également prévoir une étape de tutoriel pour donner l’occasion au joueur de comprendre les mécanismes du jeu afin qu’il puisse se saisir du sujet. Globalement un jeu vidéo transmet beaucoup d’informations, c’est pourquoi les joueurs et le médiateur (ou l’enseignant) doivent échanger et dialoguer pour amener un regard critique sur l’expérience.

Twitch, une bonne plateforme de médiation ?

William Brou créateur de la chaîne Twitch « Histoire en jeux » voit cette plateforme comme un bon moyen de partir du jeu vidéo pour aller vers la science et faciliter ainsi la médiation. L’objectif pédagogique ne doit pas se voir ; Il marche moins bien si l’enseignant ou le médiateur reproduit un modèle classique pédagogique. Twitch est aussi un bon outil pour capter les élèves les moins scolaires.

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