Intervenir auprès de publics “empêchés”, avec Raphaël Jeanson, bénévole pour Les étoiles brillent pour tous

Publié par Echosciences Occitanie, le 19 août 2019   240

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À première vue, on peut penser que l’accès au savoir scientifique est acquis pour tous. Musées, sites internet, télévision, livres… un large vivier de supports qui permet au public de se cultiver autour des sciences. Malheureusement, on ne pense que trop peu aux publics dits “empêchés” : les personnes ne pouvant pas se déplacer ou avoir accès à ce savoir scientifique. Raphaël ne les oublie pas et s’est porté volontaire pour être bénévole pour Les étoiles brillent pour tous, une association de vulgarisation scientifique dédiée à ces publics.

Faire découvrir sa spécialité : l’étude des insectes

 

Raphaël travaille autour de la cognition animale, et plus précisément sur les fourmis et les araignées. Ses recherches consistent à identifier comment ces petites bestioles recueillent l’information, la traite et la stocke pour la réutiliser.

Un sujet très large mais qui le fascine. Il regrette que ces animaux soient mal vus aux yeux des gens. “Les araignées et les fourmis sont des modèles d’étude très intéressants, car ils reflètent les questions qu’on peut se poser autour de l’évolution de la société”.

 

En tant que chercheur CNRS spécialiste en éthologie, la science du comportement animale, il doit mener plusieurs actions en laboratoire et sur le terrain. Une de celles-ci consiste à la diffusion de la culture scientifique et à sa vulgarisation. Raphaël se voit ravi de cette mission et il en voit une manière de pouvoir parler d’insectes. “J’ai un métier intéressant que beaucoup de gens rêveraient de pratiquer. La moindre des choses est de leur apporter un peu de connaissance scientifique”

 

Des actions dans des centres pénitentiaires

 

Il y a quinze ans, Didier Barret, directeur de recherche au CNRS et en poste à l’institut de recherche en Astrophysique et en Planétologie fonde l’association Les étoiles brillent pour tous. Un an après sa création, Raphaël entend parler de cette association, et est immédiatement intéressé par le concept qu’elle propose. Le but est d’apporter la culture scientifique à des publics empêchés : détenus de centres pénitenciers, retraités dans les maisons spécialisées, jeunes enfants dans les écoles maternelles, personnes hospitalisées, etc.

 

Très vite, il prend plaisir à intervenir avec cette association dans les centres de détentions notamment et coordonne par la suite les interventions dans le centre pénitentiaire de Muret, près de Toulouse. Chaque année, il organise un cycle de conférences avec quatre ou cinq conférenciers chercheurs autour de thématiques différentes. Quand c’est à son tour de se prêter à l’exercice, il met ses recherches au centre de ses animations : “Quand je débute mon intervention, je mets immédiatement à disposition des colonies de fourmis. Pouvoir les observer, ça suscite l'interaction chez les détenus”.

 

Transmettre son savoir, c’est à la fois facile et difficile pour Raphaël : “Tout le monde a déjà vu des fourmis. C’est quasiment un objet du quotidien, si je puis dire. Alors que d’autres sujets scientifiques seront bien plus dur à définir [...] Il faut adapter notre discours selon le cas auquel on est confronté. C’est un exercice pas simple et tous les chercheurs ne sont pas disposés à l’entreprendre”. Le fait d’aimer ce qu’il fait, d’être habité et passionné par son sujet permet de lui donner les ressorts pour diffuser le fruit de son travail.

 

Des rencontres touchantes et de nouvelles envies

 

Quand Raphaël intervient dans les établissement pénitentiaires, il sait que le contenu scientifique de ses interventions n’est pas le seul but de sa venue. Le fait qu’il prenne de son temps personnel (les interventions se faisant le samedi après-midi le plus souvent) est important. Il prête attention aux détenus et les considère avec bienveillance. “On ne les juge pas. On n’est pas au courant de leur passé. Nous ne sommes pas un tribunal, on ne veut pas savoir et on n’a pas à savoir. Les détenus sont un public avec la même hétérogénéité qu’un groupe de personnes aléatoires allant dans un musée”. Il nous confie que certains détenus décalent même leurs parloirs pour pouvoir assister aux interventions sans être dérangés.

 

Une des anecdotes qui a pu le toucher est celle d’une visite dans le centre de détention de mineurs. Durant cette intervention qui aurait dû être comme toutes les autres, un jeune attire l’attention de Raphaël. “Il  était un peu turbulent. Comme s’il était désintéressé du sujet, il jouait un peu les cadors, les gros bras. Mais plus l’animation avançait, plus cela l'intéressait. Il observait de plus en plus les fourmis”. La fin de l’après-midi approche et le jeune homme s’exclame : “Moi, plus tard, je veux être chercheur en fourmis !”. Une phrase lourde de sens pour Raphaël Jeanson, qui ne peut se détacher d’un sourire conquis. Il a eu, à cet instant-là, le sentiment d’avoir réussi à l'intéresser. Que certaines émotions, au-delà de faits scientifiques, avaient été transmis au jeune. C’est sa récompense.

 

Aujourd’hui, Raphaël veut mener à bien un projet fort. Il a découvert récemment l’école des sourds et malentendants de Ramonville et veut apporter les sciences dans ce lieu. Il se rend compte que cela rentre pleinement dans les objectifs de l’association et veut débuter un cycle de conférences avec cette école. Intervenir, concevoir des animations, mettre en place un fonctionnement qui dure au fil des années autour des sciences, ce sont des actions qui lui tiennent à cœur. Telle une fourmi, Raphaël est travailleur. Telle une araignée, il continuera à tisser sa toile pour intervenir auprès de publics “empêchés”.