Histoire de Flore #4 : Le laurier

Publié par Patrimoine Université Toulouse III - Paul Sabatier, le 20 juin 2019   320

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Lorsque l'hiver arrive, un manteau de froid se pose sur le paysage. Les arbres se découvrent et abandonnent leurs feuillages. Mais parmi ces arbres nus, le laurier (Laurus nobilis ) garde son habit vert. C’est cette capacité à ne pas perdre ses feuilles qui a fait de lui un des symboles de l’immortalité, depuis l’Antiquité.  

Si votre imagination est assez ouverte au fantastique, vous pourrez peut-être voir dans les branches du laurier les doigts d’une nymphe. En tout cas, c’est ce que nous raconte le Romain Ovide dans ses Métamorphoses, au premier siècle de notre ère.


Un jour, Apollon se moqua du dieu Amour, enfant de la déesse Vénus, qui tendait son arc avec difficulté. Piqué au vif, l’Amour bâtit des ailes et s’envola vers le Mont Parnasse. Une fois dans les hauteurs, il décocha deux flèches qui seront le fruit de sa vengeance envers la vantardise et l’insolence d’Apollon. La première, dorée, transperça le cœur du dieu des Arts d’un amour irrépressible pour la belle Daphné. Cette jeune nymphe  fut frappée par la seconde flèche, chargée de plomb, provoquant une haine intense.

Le cœur d’Apollon s’embrasa, alors que celui de Daphné se tordit de colère ! Dès que le dieu s’approchait d’elle, elle était horrifiée. La nymphe avait toujours refusé l’idée d’un mariage et repoussé tous ses prétendants. L’effet de la flèche de haine accentua ce rejet, et provoqua la fuite de la jeune femme. Apollon la poursuivit sans relâche, lui criant son amour, en vain. Plus il l’apercevait, plus il l’aimait. Plus il s’approchait, plus elle cherchait à s’éloigner.


Épuisée par cette course poursuite, la nymphe arriva auprès de son père le dieu-fleuve Pénée. Elle le supplia de l’aider à fuir ce calvaire. Au moment où Apollon arriva à ses côtés, les membres de Daphné s’engourdirent, une écorce recouvrit son corps, ses cheveux se verdirent en feuillage, ses pieds se changèrent en racines et ses bras devinrent des branches. La jeune femme s’était transformée en laurier. Sous l’écorce, il pouvait encore sentir battre le cœur de la nymphe. Toujours épris d’amour, le dieu se para d’un rameau de laurier. « Eh bien ! dit le dieu, puisque tu ne peux plus être mon épouse, tu seras du moins l'arbre d'Apollon ».

Dès lors, Apollon fit  du laurier son arbre sacré et le consacra aux triomphes, aux chants et aux poèmes.

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Texte : Marie Nonclercq

Tableau : Apollon et Daphné, John Waterhouse, 1908, huile sur toile, Collection Privée

Sculpture : Apollon et Daphné, Le Bernin, 1622-1625, marbre, Gallerie Borghese

Citation : Ovide, Les Métamorphoses, Livre I

Bibliographie choisie :

Laure de Chantal, Le jardin des Dieux, Flammarion, Paris, 2015

Ovide, Les Métamorphoses, Livre I

Jacques Brosse, La mythologie des arbres, Editions Payot & Rivages, Paris, 1993