« Faire porter la voix de la science plus loin » et ça jusque dans les bars ! Avec Agatha Liévin-Bazin, bénévole à Pint Of Science

Publié par Echosciences Occitanie, le 12 juin 2019   150

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D’abord en tant que spectatrice à Paris en 2017 et maintenant en tant que bénévole à Toulouse, Agatha a rejoint le projet Pint Of Science (POS). Avec une thèse d’éthologie en poche, elle a décidé de se tourner vers la vulgarisation scientifique pour être directement en lien avec le public. Et quoi de mieux que de débattre de sciences autour d’un bon verre dans un bar, entouré de curieux et de passionnés ? En arrivant à Toulouse en 2018,  Agatha a donc saisi l’opportunité de s’impliquer dans le projet et fait désormais partie de la petite équipe en charge de la programmation des soirées sur la ville rose.


La chercheuse reconvertie

 La recherche, c’est je t’aime moi non plus 

Agatha a un parcours que l’on retrouve souvent chez les médiateurs scientifiques. Issue du monde de la recherche, elle s’est rapidement tournée vers la vulgarisation. L’obtention d’un master en biologie l’a directement conduite vers une thèse en éthologie (étude du comportement animal). Pendant 3 ans, elle a étudié les comportements sociaux d’entraide et d’empathie chez deux espèces d’oiseaux, des perruches et des choucas (de la famille des corbeaux). Elle finit sa thèse en décembre 2017 et sait déjà que le monde académique et les cercles de la recherche ne lui conviendront pas. C’est un milieu qu’elle décrit comme trop sélectif : « on sélectionne des gens qui sont beaucoup dans la compétition ». Elle ajoute tout de même que tout le monde n’est pas comme ça, ce qui n’empêche pas une pression permanente pour trouver des financements.

Fin janvier 2018, Agatha se retrouve à suivre un Diplôme universitaire de médiation scientifique et d’innovation à Paris. Cela lui prendra 3 mois ce qui parait finalement court par rapport à une thèse ! Elle y apprend le journalisme, la radio, l’animation devant un public l’organisation d’événements et plein d’autres choses encore. Si on lui demande de comparer travail de recherche et travail de vulgarisation, elle nous explique qu’encore beaucoup de chercheurs y sont très réticents et se sentent dévalorisés en réalisant cet exercice de simplification. Mais pour Agatha, cela apporte énormément. « C’est comme les acteurs qui préfèrent le théâtre au cinéma. Parce qu’on entend les rires dans la salle et on perçoit toute de suite l’intérêt du public […] Des fois, on a aussi des questions du public auxquelles on ne s’attend pas du tout ! ». Et elle ne manque pas de rappeler que les impôts financent la recherche… Donc les citoyens devraient pouvoir être en contact avec les chercheurs. 

Et pendant le festival Pint of Science, du contact entre chercheurs et public, il y en a ! Cette dimension a totalement séduite Agatha. « On fait venir des gens qui font de la science et qui le partagent au grand public dans des bars. Le principe, c’est de faire de la science de manière détendue ». Les intervenants ont un échange réel avec le public. C'est assez différent d’une conférence peu interactive. Et, surtout, POS montre les chercheurs sous un nouveau jour : eux aussi peuvent aimer boire de la bière et partager des moments conviviaux ! « On désacralise l'image du chercheur » précise Agatha. Du côté public, c’est un sacré mélange, allant du néophyte aux plus aguerris. Mais avant tout, les participants sont des curieux qui viennent pour découvrir. « Ça fait venir des gens qui sont sortis du système élève/professeur et qui vont retrouver plaisir à apprendre des choses ».


Le bénévolat comme insertion sociale… mais pas que !

 Une volonté de rentrer dans la vie culturelle toulousaine 

Pour Agatha, le bénévolat c’est l’occasion de créer des liens et de tisser un réseau. Fraîchement arrivée à Toulouse en avril 2018, elle s’est tout de suite impliquée auprès des acteurs locaux de la médiation scientifique. Grâce à son expérience de bénévolat, elle rencontre du monde. Beaucoup de monde ! Et quand on lui demande pourquoi choisir le bénévolat, elle reste humble et franche. « Le bénévolat permet déjà d'intégrer un groupe. J’étais déracinée. Je suis arrivée de nulle part. C’était bien de faire du lien social. De rencontrer d’autres gens qui ont les mêmes intérêts ». Et le petit bonus de POS, c’est que les événements se déroulent dans des bars, lieux d’échanges et de socialisation par excellence.

Le bénévolat est aussi une expérience formatrice. Il permet à Agatha d’assouvir sa soif de connaissances et de rencontres. POS lui donne l’occasion de découvrir le travail de recherche de nombreux scientifiques, dont certains qu’elle porte en haute estime. Elle se souvient de la présentation de Catherine Jeandel, Directrice de recherche CNRS au LEGOS et grande océanographe « qui a un charisme de dingue. Elle arrive dans une salle et t’as l’impression qu’il y a une espèce de silence qui se pose. Et puis c’est une bête de scène »

Sa mission dans POS est de rentrer en contact avec les intervenants, leur expliquer le concept si besoin et enfin d’organiser les soirées. D’après elle, la logistique n'est pas contraignante. « Soit les intervenants se portent volontaires, soit on les contacte parce que ce sujet-là va être intéressant pour le grand public ». On compte six intervenants par thème, deux par soirées. Dans son équipe composée de cinq personnes, les goûts sont variés donc chacun apporte sa pierre à l’édifice pour diversifier les sujets. 

Lorsqu’on lui demande comment améliorer le concept de POS, quelques idées lui viennent. « Peut-être faire des petits happenings comme à Paris ou à Nantes, par exemple pour la journée des droits de la femme ».

Mais comme l’on pouvait s’y attendre, cela va un peu plus loin que l'envie de se faire des amis. Pour Agatha, la recherche est un sujet qui lui tient extrêmement à cœur. Le bénévolat lui permet d’investir des efforts pour « faire porter la voix de la science le plus loin possible ». Et de cet investissement, il en découle d’autres collaborations.


Du blog à la radio

J’ai créé l’émission « le nid de pie » dédiée au monde animal, sur Campus FM 



Pour comprendre les projets actuels d’Agatha, il faut d’abord remonter à ses rêves d’enfants. Quand à 11 ans, on lui demandait ce qu’elle voudrait faire plus tard, deux métiers ressortaient : zoologiste et dessinatrice. Elle présente cela comme les deux axes principaux de sa vie.

La création d'un blog mélangeant ses deux passions - l'éthologie et l'illustration - lui est rapidement parue comme une évidence.  On peut retrouver son travail sur « le nid de pie », un blog de vulgarisation scientifique dont le nom a une double signification. « La première, c’est que sur les bateaux, le nid de pie est le lieu dans lequel vont les mousses pour regarder au loin et qui crient "Terre !" lorsqu'ils la voient ». Cela évoque la découverte, la recherche, la connaissance… tout ce que l’on peut retrouver dans la science. Agatha nous avoue aussi son amour pour Charles Darwin, qui lui rappelle l’époque des grandes explorations. Le choix du nom a aussi une signification plus engagée. «  J’aime beaucoup les pies d’un point de vue personnel […] et puis, j'aimerais qu'on ait une autre image de ces oiseaux. Elles sont chassées, piégées, attrapées, suspendues mortes à des arbres…».

Le concept de son blog se décline en plusieurs catégories. Les articles qu'elle y publie résument en quelques paragraphes un sujet d’éthologie ou d'autres sujets scientifiques. Elle y dresse aussi des portraits de chercheurs, anciens comme contemporains. Et tout cela évidemment accompagné de son coup de crayon.

L’éthologie, Agatha a trouvé le moyen d’en parler ailleurs que sur son blog ou en conférence. On peut la retrouver sur radio Campus Toulouse un jeudi sur deux à 17h. Elle y anime l’émission portant le même nom que son blog. Elle nous dit qu’elle dispose d’une carte blanche de trente minutes, mais la durée des podcasts en témoigne : c’est souvent plus ! Elle y invite des chercheurs et d’autres intervenants pour aborder des sujets très variés.

Agatha joue donc sur tous les fronts pour nous faire découvrir le monde animal, que ce soit à travers des projets personnels ou bien par le biais du bénévolat. Et si on lui demande de résumer son engagement pour Pint of Science, trois mots suffisent : cohésion, enthousiasme et plaisir.