Dominique Morello et la bataille contre les stéréotypes des métiers genrés

Publié par Prescillia Galaor, le 12 décembre 2020   370

Xl stand presentation cnrs 09.04.2019

Article rédigé dans le cadre de la série Portraits de bénévoles, par Prescillia Galaor, étudiante en deuxième année de Master Communication et Culture Numérique à Toulouse. 


Dominique Morello est une femme scientifique à la retraite, qui aime partager, réaliser ses idées de projets pour les autres. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle est devenue bénévole à l’association Femmes & Sciences à Toulouse depuis 10 ans. Elle s'investit beaucoup dans le partage des savoirs, dans la vulgarisation scientifique et dans les actions de médiation du Muséum de Toulouse. Elle nous fait part de sa passion pour la recherche, qui a toujours été au cœur de ses motivations :

La passion pour moi c'est d’être obnubilée par une question, d’essayer de passer son temps, même sans vraiment le vouloir, à y réfléchir, à essayer de la décortiquer, de la prendre par tous les bouts. 


Une carrière riche et pleine de rebondissements

Quand elle était jeune, Dominique Morello a découvert les cours de biologie en terminale et a été fascinée par le code génétique. Lorsqu’elle se questionnait sur son orientation après le lycée auprès de ses parents, son père sicilien "macho", lui répondait : "de toute façon les filles, peu importe ce que vous faites comme études puisqu'il va falloir vous occuper de votre mari et de vos enfants".

Heureusement, elle a suivi sa propre voie et après l'université, elle a passé sa thèse et a tout de suite intégré le CNRS dès sa première présentation en tant que chercheuse en biologie. Elle a travaillé pendant une vingtaine d'années dans un laboratoire de recherches à l'Institut Pasteur à Paris de 1976 à 1995. Elle le quitte pour monter sa propre équipe à Toulouse et devenir responsable d’une équipe de recherche spécialisée en génétique, au CBD (Centre de Biologie du Développement) jusqu’en 2010.

Finalement, elle constate que les conditions de la recherche ont complètement changé et qu’il est devenu trop compliqué de développer des projets scientifiques, car selon elle, “le monde de la recherche était devenu un vrai parcours du combattant qu’il n’était plus possible d'arriver à s'épanouir dans ce milieu”. 

Dominique choisit de quitter la “paillasse” pour s’intéresser à ce qu'on appelle la vulgarisation scientifique ou la démocratisation de la science. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle choisit d’intégrer l’association Femmes & Sciences en 2010. Elle devient l’année suivante, chargée de mission CNRS auprès du Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse, qui a accepté sa proposition de faire des rencontres entre scientifiques et public, grâce à la mise en place des “kiosques actu”. 

Organisés autour de stands et de tables, les scientifiques présentaient avec un minimum de matériel de manière simple leur discipline. Aussi, pour montrer la diversité des métiers dans la science, Dominique a fait en sorte que le public puisse rencontrer des étudiants, des doctorants, des enseignant.es chercheurs ou chercheuses, des techniciens.

Pendant 6 ans, elle a partagé ces moments formidables, où elle voulait surtout montrer, au-delà de la diversité des métiers, la pluridisciplinarité au niveau scientifique. Après ses années d’investissement, Dominique décide de prendre sa retraite, où elle passe une grande partie de son temps à s'occuper des activités de Femmes & Sciences.


Une femme investie au cœur de Femmes & Sciences

Dominique Morello est une membre active depuis 10 ans dans l’association Femmes et SciencesCette association a pour but de promouvoir les sciences auprès des jeunes, en particulier des jeunes filles et de promouvoir les femmes dans les sciences.

Depuis 2015, le groupe toulousain de l’association a gagné en notoriété, depuis que le congrès annuel s’est déroulé à Toulouse. Le groupe qui au départ comptait une dizaine de personnes en compte maintenant 90 environ. Dominique qui en est responsable, s’occupe avec les membres du groupe de proposer les activités et de préparer des interventions de médiation scientifique dans les écoles.

Outre ces interventions, l’association met en place des formations pour les enseignants et construits des jeux interactifs pour les élèves, le but étant de montrer comment décristalliser les stéréotypes, pour que filles et garçons ne s’embarquent pas tous vers les mêmes métiers genrés, mais aussi d’expliquer ce que sont les métiers scientifiques, car très souvent les jeunes en 3ème ne savent généralement pas ce qu’est la recherche. Et pour cela le groupe invite dans les écoles, des femmes scientifiques encore en activité, à venir parler de leur métier et de leur parcours.

On fait beaucoup d'activités autour des métiers scientifiques et de l'intérêt d’acquérir des connaissances, lutter contre les fake news.


Nommée en 2018 Capitale de la science, Toulouse a été au cœur d’un grand événement scientifique, appelé ESOF (European Science Open Forum) avec plus de 3 000 participant.es. Durant cet événement, avec la collaboration du CNRS, l’association Femmes & Sciences, a décidé de faire un grand projet “La Science taille XX elles”, découpé en trois parties :

  • des ateliers de rencontres avec des scientifiques,
  • une exposition de portraits de 12 femmes scientifiques contemporaines toulousaines, “ Très très belle exposition, allez voir sur le site de Femmes et Sciences, vous verrez les photos elles sont très belles .
  • un parcours dans les rues de Toulouse, appelé “Le Matrimoine Scientifique, à la recherche de femmes scientifiques au cœur de la ville de Toulouse”.


Cette troisième partie a d’ailleurs été reprise le 8 mars 2020, avec une autre association “Curieuse visite Curieuse”, pour proposer des visites un peu décalées. Ce parcours sera prochainement adapté pour les collégiens, accompagné d'une intervention à l'école, afin de revenir sur les connaissances des collégiens sur les femmes scientifiques et leur intérêt pour la science.


Mendeleieva” : un jeu à la fois ludique et scientifique

Avec des membres strasbourgeoises de l’association Femmes & Sciences, Dominique Morello, a créé et inauguré le jeu Mendeleieva lors de la Fête de la Science en 2019, dont l’une des thématiques était de célébrer les 150 ans de la parution du tableau périodique des éléments de Mendeleïev.

Ce projet a été présenté dans de nombreux collèges et cette année, le 08 Mars 2020 lors d’un festival de Mathématiques appelé Les Maths en scène. Cette date tombait à pic pour les membres de Femmes & Sciences, puisqu’elle correspondait à la journée des droits des femmes.

Je suis fière de ce jeu, je suis contente d’y avoir pensé, de l’avoir insufflé et de m’être associée avec mes collègues de Strasbourg, qui étaient complètement fans de l’idée et qui ont mis la main à la pâte pour en faire une version ludique.


L’objectif du jeu est de présenter 125 femmes scientifiques contemporaines et du passé, de tous horizons qui font ou ont fait des recherches sur un des éléments du tableau périodique de Mendeleiev. Les cartes sont classées en 7 disciplines, un peu comme le jeu des 7 familles et le jeu s'arrête quand au moins une femme de chacune des disciplines a été trouvée. Une fois les cartes étalées devant soi, elles sont analysées afin de montrer la diversité des métiers scientifiques : ingénieures, chercheuses, techniciennes, etc., et quels sont leur domaine d’activité. 

Il y a en prime, un quizz pour comprendre la provenance des noms des éléments (fleuve, pays, homme, femme...), mais aussi pourquoi les femmes scientifiques restent majoritairement invisibles : d'un côté, l'acquisition des connaissances par les femmes s’est faite beaucoup plus tardivement que celle des hommes et de l’autre, il y a ce qu’on appelle “l’effet Matilda", c’est-à-dire lorsqu’une une découverte réalisée par une femme est indûment attribuée à un de ses collègues masculins, sans citer sa contribution ou en la minimisant.


La notice explicative du jeu Mendeleiva est disponible sur le site de l’association Femmes & Sciences.


“N'abandonnons surtout pas la science !”

En tout cas, Dominique Morello aura fait un sacré parcours jusqu’ici et si l’on souhaite suivre le même chemin, quels conseils nous donne-t-elle ? Elle nous encourage à continuer de creuser, de comprendre comment marche la science, car comme elle le précise “ce n'est pas une histoire de croyance, c’est une histoire de connaissance”.

Donc si un projet vous tient à cœur, si un métier vous passionne, même si on vous dit qu’il n’est pas pour vous, même s’il y a des obstacles, à partir du moment où on est motivé et qu’on s’en donne les moyens, il ne faut jamais abandonner ses idées.


Il n’y a aucune raison de ne pas réussir à progresser pour arriver à faire ce qu'on veut, même si c'est la bataille ce n'est pas grave, car la vie n'est pas un long fleuve tranquille.



Visuel de couverture : © Dominique Morello (à gauche) et  Isabelle Pianet (à droite) au cours de la journée des "entrants" du CNRS - 09 Avril 2019 | Association Femmes et Sciences