Des robots dans l'expo

Publié par Quai des Savoirs, le 25 décembre 2020   390

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Le numérique est une composante aujourd’hui habituelle au sein d’une exposition.  Que ce soit en tant que support, ou comme outil de médiation, sa présence est plus ou moins visible selon le propos et les choix scénographiques. Dans le cas de l’installation The Great Indecision Council, de Romain Tardy, présentée lors de la sixième édition du festival du Quai des Savoirs, Lumières sur le Quai à Toulouse, sa présence est immanquable. Deux robots patrouillent en permanence dans une zone réservée, à côté des visiteurs. Retour d’expérience sur cette présence robotique.


Outre l'évidente utilisation du numérique pour l'œuvre, le visiteur a pu remarquer la présence de robots au sein de l’exposition. Ajoutés pour rendre l’installation accessible à distance, ils en font finalement partie intégrante. Comme expliqué par Romain Tardy dans le podcast Radio Futurs “Peut-on numériser le non verbal ?”, l’intention première de la présence de robots est due à la volonté de capter l’exposition, de la dématérialiser pour la retransmettre en ligne, dans une configuration adaptée au contexte sanitaire lié à la pandémie mondiale. En plus d’une caméra positionnée en hauteur au centre, trois caméras à 360 degrés ont été installées sur des robots, dont l’apparence n’est pas sans rappeler celle des roombas (les aspirateurs robots aujourd’hui commercialisés). Robots qui tournent autour de l’installation numérique pour en faire la capture vidéo en direct.

Mais comme souligné par Romain Tardy, il y a toujours un écart entre l’intention de départ du dispositif et les effets qu’il produit finalement. La présence de ces robots offre un nouveau regard sur l’installation. D’un côté, les robots sont clairement séparés des visiteurs. Ils tournent autour de la zone délimitée d’exposition : la frontière entre robots et humains est tangible, chacun est assigné à une surface bien définie où chacun peut se déplacer. D’un autre côté, la présence des robots se fait ressentir justement par cette façon qu’ils ont de se déplacer autour de nous. Le visiteur est observé, puisqu’il est filmé, et même encerclé, et cela pourrait faire penser à une situation de “Big Brother is watching you”. Pourtant, cette potentielle surveillance n’est pas vraiment ressentie. Si le public est attentif au déplacement effectué par les robots, il verra qu’à plusieurs reprises, celui-ci est loin d’être fluide. C’est dû à la jonction entre certaines dalles : à chaque fois que le robot passe par-dessus avec sa caméra, il est légèrement déséquilibré et semble trébucher. Et cette apparente maladresse leur apporte un véritable côté humain, presque une forme de personnalité.

Cet effet est renforcé par la voix qui énonce les mots affichés par l’installation numérique. Bien que créée à partir d’une voix humaine, celle-ci est sans rythme et complètement neutre et monocorde. Ce contraste est alors en faveur d’une humanisation des robots à l’inverse de la voix pourtant humaine. 

Le visiteur ressent une certaine curiosité face à ces petits robots qui se meuvent, assortie d’une forme de sympathie à leur égard. Durant tout son temps dans l’exposition, la personne est suivie, voire accompagnée. Assise par terre ou installée sur les fatboys, elle est même à la hauteur de ces compagnons robotiques. L’univers numérique dans lequel elle vient de pénétrer est rendu presque vivant par cette présence.

Cette lecture des signes rapprochant les robots de l’humanité se fait en quelque sorte à l’insu du visiteur : l’être humain aime humaniser les robots et en faire des compagnons du quotidien, c’est un sujet qui a fait couler bien de l’encre et tourner de nombreux films. Wall-E et R2-D2 sont issus d'œuvres de fiction, mais les progrès technologiques sont tels qu’il est légitime de se demander jusqu’où ira l’intelligence artificielle.


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Crédits photo de couverture : Romain Tardy