Ces virus qui nous veulent du bien

Publié par Université de Montpellier UM, le 30 mai 2016   1.1k

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Elle soigne les infections sans avoir recours aux antibiotiques. Longtemps oubliée, la phagothérapie pourrait bien revenir sur le devant de la scène.

Ils ont sauvé des millions de vies. Ils ? Les antibiotiques : des médicaments qui ont révolutionné la médecine depuis la découverte de la pénicilline par Alexander Flemming en 1928. Mais les héros d’hier ont perdu de leur superbe. Ils sont aujourd’hui montrés du doigt : leur usage excessif durant des décennies est responsable de l’apparition de bactéries multi-résistantes, sur lesquelles ils n’ont plus le moindre effet…

Résistance

Une situation préoccupante pour Michael Hochberg, chercheur à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier : « on estime aujourd’hui qu’un antibiotique n’est réellement efficace que pendant 5 à 10 ans. Pendant ce temps-là très peu de nouvelles molécules sont découvertes ». Comment va-t-on combattre les bactéries demain ? Peut-être avec une arme qui ne date pas d’hier : les virus bactériophages. « Ces ennemis naturels des bactéries se fixent sur leur enveloppe externe, percent leur paroi cellulaire et injectent leur matériel génétique. Ils se multiplient ensuite à l’intérieur de leur hôte, provoquant sa mort », détaille Oliver Kaltz, lui aussi chercheur à l’Isem.

Ces « phages » ont connu leur heure de gloire après leur découverte par le Français Felix d’Hérelle en 1917. Ils sont encore utilisés aujourd’hui dans certains pays de l’Est comme la Géorgie ou la Pologne, mais ils ont sombré dans l’oubli dans les pays occidentaux après les années 1940. La cause? L’essor des antibiotiques, alors considérés comme l’arme absolue contre toute infection bactérienne. « Aujourd’hui les antibiotiques sont dans l’impasse ce qui suscite un regain d’intérêt pour la phagothérapie », expliquent les chercheurs.

Virus avisés

Là où les antibiotiques s’attaquent assez indistinctement aux bactéries qu’ils rencontrent – y compris les « bonnes » bactéries qui constituent notre flore intestinale – les phages, eux, font preuve de discernement : chaque virus cible généralement une bactérie en particulier. « La phagothérapie propose du sur-mesure là où l’antibiothérapie fait dans le prêt-à-porter », illustre Oliver Kaltz. Une thérapie ciblée qui présente un autre avantage : elle limite l’apparition de résistances. « Une bactérie mute et devient résistante au phage ? Il mutera lui aussi pour contourner la résistance. C’est ce qu’on appelle un processus co-évolutif », soulignent les chercheurs de l’Isem qui étudient ce processus de co-évolution en laboratoire et son éventuelle importance pour la phagothérapie.

La phagothérapie pourrait ainsi aider à combattre les bactéries multi-résistantes aux antibiotiques, contre lesquelles on ne dispose plus de traitement efficace. « Certains médecins français ont eu recours aux phages pour soigner des patients dont le cas était désespéré, ils ont parfois obtenu des résultats spectaculaires », explique Oliver Kaltz.

Les phages pourraient-ils un jour remplacer nos bons vieux antibiotiques ? Pour les chercheurs la réponse est non : « l’idée est plutôt de mettre au point une thérapie combinant bactériophages et antibiotiques pour augmenter la force de frappe du traitement ». Ce qui permettrait aussi de diminuer considérablement le recours à ces médicaments et de limiter ainsi l’apparition des résistances aux antibiotiques.

Brouillard juridique

L’intérêt de la phagothérapie commence à être perçu par les pouvoirs publics : dans un rapport de 2012, le Centre d’analyse stratégique, une institution française d’expertise et d’aide à la décision, proposait de « clarifier le statut réglementaire de la phagothérapie et de mettre en place un programme de recherche afin d’évaluer son potentiel thérapeutique ».

Le parcours de la phagothérapie reste pourtant semé d’embûches. « Elle n’est pas enseignée en faculté de médecine et reste méconnue de la plupart des praticiens », soulignent les chercheurs. Et malgré les recommandations officielles, son statut règlementaire reste obscur. « Les virus sont vivants et ne sont pas constitués d’une simple molécule active bien définie. Au niveau de la législation européenne ils n’ont donc pas le même statut qu’un médicament chimique », explique Oliver Kaltz. Et ne suscitent donc pas le même engouement de la part de l’industrie pharmaceutique. « D’autant plus que ces organismes vivants ne peuvent pas être brevetés », complète Michael Hochberg.

Faute de statut clair, il reste donc difficile d’obtenir les autorisations pour tester l’efficacité de la phagothérapie, déplorent les chercheurs. Une situation qui commence pourtant à se débloquer avec l’arrivée des premiers essais cliniques (lire encadré). Les prochaines années seront décisives pour le renouveau d’une thérapie quasi-oubliée, mais tellement prometteuse.

Retrouvez cet article dans LUM, la magazine science et société de l'Université de Montpellier.

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