Bii4africa : indices d'intégrité de la faune et la flore sauvages africaines

Publié par IRD Occitanie, le 14 mai 2024   89

Afin de mesurer l'impact de l'utilisation des terres sur l'abondance des espèces animales et végétales en Afrique, 200 experts - dont un biologiste de la conservation (UMR CRBE) - ont produit une base de données des « scores d'intégrité ». Ces derniers reflètent les proportions restantes de vertébrés terrestres et de plantes au sein des principales catégories d’utilisation des terres en Afrique subsaharienne. Cet outil simple à comprendre sera une aide précieuse pour prendre les décisions adaptées en matière de développement durable.

L'Afrique subsaharienne était sous-représentée dans les ensembles de données mondiaux sur la biodiversité, le projet bii4africa vient corriger cette situation.

Savane arborée, Tanzanie

© IRD - Christian Lévêque

Combler le fossé entre les experts en biodiversité et les décideurs

Pour les décideurs politiques, maintenir un équilibre entre les besoins de développement de leurs pays et la préservation de la nature est un véritable casse-tête. Tenir le cap du développement durable nécessite des données pertinentes sur les atteintes à la biodiversité du fait des activités humaines. Mais comment mesurer la perte de biodiversité ? L'Indice d'intégrité de la biodiversité (BII) est une méthode simple et pratique développée par des scientifiques en 2005. Cet indice compare l'abondance moyenne actuelle de toutes les espèces natives dans une région particulière à celle de ces mêmes espèces si elles n’avaient pas subi d'impacts anthropiques. Un score de 1 indique que la biodiversité est intacte ; un score de zéro est synonyme de biodiversité totalement disparue. Le projet collaboratif bii4africa a mobilisé 200 experts de la faune et la flore africaines. Leurs résultats sont publiés dans Scientific Data.

Pangolin en boule. Mayombe, Kouilou

© IRD - Esther Katz

Un processus itératif impliquant 200 experts

Les experts ont été sollicités pour construire ces indices d’intégrité selon un processus Delphi modifié « qui consiste à interroger un cercle permanent d'experts lors de plusieurs tours. À chaque nouveau tour, le questionnaire est enrichi des réponses précédentes » afin de garantir un résultat cohérent. Les scientifiques ont ainsi produit des données sur 10 groupes taxonomiques de vertébrés terrestres (± 5 400 amphibiens, reptiles, oiseaux, mammifères) et 6 biomes abritant les plantes vasculaires (± 45 000 plantes herbacées, arbres, arbustes) en Afrique subsaharienne et cela pour 9 types d’utilisation des terres (des zones urbaines aux aires protégées). « Le score n’a jamais été égal à 1, pour aucun des groupes de vertébrés et pour aucune des catégories d’utilisation des terres, même s’il s’en approchait dans les aires protégées hormis pour les grands mammifères. Outre le cas connu des forêts, nos résultats suggèrent aussi que les plantes vasculaires caractérisant les savanes arbustives constituent des communautés très peu résilientes aux activités humaines » pointe Philippe Gaubert (CRBE), spécialiste des petits carnivores et des pangolins, co-auteur de l’étude. Les résultats de l’étude montrent également que « dans les pays sujets à de fortes activités anthropiques -entrainant notamment la déforestation- comme le Bénin, les groupes de vertébrés ont tous des scores d’intégrité moyens inférieurs à 50%, avec des scores critiques pour les grands herbivores et carnivores ainsi que les primates », selon Chabi Djagoun, écologue béninois co-porteur avec Philippe Gaubert du LMI SHUNT qui se consacre à la durabilité de la chasse dans le sud Bénin.

Parkia biglobosa, le néré, est une espèce de la fam. des Mimosaceae ou des Fabaceae, ici à Bamako.

© IRD - Gilles Fédière

Surveiller et agir avant qu’il ne soit trop tard

Si le grand public est périodiquement alerté sur les espèces animales en danger d’extinction – tels que lions, rhinocéros, éléphants et pangolins – la disparition de certaines espèces de plantes ne fait pas forcément la Une des médias. Par exemple le Néré, un arbre typique des zones semi-arides et subhumides d’Afrique de l'Ouest, à la base de préparations alimentaires et de médicaments traditionnels, se fait de plus en plus rare ce qui inquiète les populations. Les données produites par le bii4africa serviront désormais de référence pour suivre l’état des écosystèmes. Décideurs et autres parties prenantes pourront baser leurs actions sur ces connaissances afin d’infléchir les tendances en matière d’utilisation des terres et mieux préserver la biodiversité animale et végétale. Les auteurs dressent une liste non-exhaustive de seize problématiques pour lesquelles le bii4africa pourrait être mobilisé. Parmi les plus significatives, l’on peut identifier la quantification de l’état de santé des écosystèmes, les biais géographiques et/ou taxonomiques des indicateurs et des cartes de biodiversité mondiale, et la contribution à la Liste rouge UICN des Ecosystèmes.


Publication : Clements, H.S., Do Linh San, E., Hempson, G. et al. 2024. The bii4africa dataset of faunal and floral population intactness estimates across Africa’s major land uses. Sci Data 11, 191. https://doi.org/10.1038/s41597-023-02832-6

Contacts science : Philippe Gaubert, IRD, CRBE PHILIPPE.GAUBERT@IRD.FR
Chabi Djagoun, Laboratoire d’Ecologie Appliquée, Université d’Abomey Calavi (Bénin) DCHABI@GMAIL.COM


Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet COMMUNICATION.OCCITANIE@IRD.FR

Source Bii4africa : indices d'intégrité de la faune et la flore sauvages africaines | Site Web IRD