Conférences

Atécopol Toulouse - Séminaire d'écologie politique « Fukushima : la banalité de l’accident nucléaire ? »

Séminaire d'écologie politique (SEMECOL) avec Cécile Asanuma-Brice, sociologue et urbaniste, chercheuse CNRS, co-directrice de MITATE Lab, « Post-Fukushima Studies », CNRS Tokyo

Présentation


Tout choix, en faveur ou pas, de l’énergie nucléaire devrait résulter d’une mise en débat démocratique de multiples considérations : le coût financier, les déchets radioactifs, la dépendance aux importations d’uranium, la vulnérabilité énergétique et accidentelle en cas de conflit armé (comme on l’observe en Ukraine), la nécessité d’un État central fort et maîtrisant les compétences techniques sur le très long terme, le lien organique avec le nucléaire militaire, la rapidité indispensable de la décarbonation afin de baisser à court terme les émissions nationales, etc., à comparer avec les avantages et les problèmes des solutions alternatives. Dans cette équation complexe, l’évaluation correcte du risque et des conséquences d’un accident nucléaire est essentielle. D’autant qu’elle met en jeu un principe constitutionnel (depuis la Charte de l’environnement de 2004) : le principe de précaution.

Jusque dans les années 80, le discours officiel était que le risque d’accident d’une centrale nucléaire française était nul. Depuis Tchernobyl et surtout Fukushima, ce risque est reconnu, mais ses conséquences sont considérées comme acceptables par les ingénieurs et les gouvernements en responsabilité. Ce discours s’appuie aujourd’hui sur l’expérience de la catastrophe de Fukushima, lors de laquelle les cœurs de trois réacteurs sont entrés en fusion suite au séisme et tsunami du Tōhoku le 11 mars 2011. « Il n’y a plus de raison sanitaire, aujourd’hui, d’empêcher le retour des populations évacuées à Fukushima, qui, au final, n’aura fait aucun mort par irradiation » conclu par exemple Jean-Marc Jancovici (La Tribune, février 2012). Mais ce qui s’est passé, et qui se passe aujourd’hui encore à Fukushima, est-il vraiment si anodin ? Ou bien assiste-on à un exercice de propagande cherchant à banaliser l’épouvantable ?

Sociologue et chercheuse au CNRS, Cécile Asanuma-Brice vit au Japon depuis plus de 20 ans. Depuis 2011, elle enquête sur les conséquences du désastre nucléaire de Fukushima. Elle a cofondé et est codirectrice du MITATE Lab, « Post-Fukushima studies », un projet de recherche international et pluridisciplinaire du CNRS qui a pour objectif d’explorer les conséquences de la catastrophe d’un point de vue humain et environnemental dans toute leur complexité. Elle nous expliquera ce que cet accident nucléaire signifie vraiment pour les populations qui en subissent les conséquences(1).

Il est indispensable de considérer ces travaux de recherche à l’heure où le Président Macron et le gouvernement français relancent un programme de construction de six réacteurs nucléaires, prévus d’ici 2042, plus huit autres envisagés. Ce choix engage le pays pour des décennies d’utilisation des centrales nucléaires, et donc de risque d’accident nucléaire, ainsi que des centaines d’années de « gestion » des déchets radioactifs. Ce choix a pourtant été fait sans réel débat démocratique, comme lors du programme électronucléaire des années 1970. En invoquant l’urgence, en invisibilisant les solutions alternatives et en faisant silence sur les multiples risques de cette option techno-énergétique.

Une séance avec Cécile Asanuma-Brice, sociologue et urbaniste, chercheuse CNRS, Co-directrice de MITATE Lab, « Post-Fukushima Studies », CNRS Tokyo

Animée par Jean-Michel Hupé, chercheur CNRS en écologie politique, Laboratoire FRAMESPA (UT2J – CNRS), membre de l’Atécopol Toulouse

Événement proposé par l'Atécopol (ATelier d'ECOlogie POLitique) de Toulouse qui participe à la construction d’une communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux
bouleversements écologiques.
L' Atécopol est soutenu par le laboratoire de recherche FRAMESPA (UMR 5136, Université Toulouse – Jean Jaurès - CNRS), le LabEx SMS (Structuration des Mondes Sociaux) et la MSHS-T (Maison des Sciences de l'Homme et de la Société de Toulouse, UAR 3414 CNRS - Université de Toulouse)

(1)Cécile Asanuma-Brice, Fukushima, 10 ans après. Sociologie d’un désastre, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2021