L'engagement citoyen des scientifiques et des médiateurs, retour sur le 7ème MIAMS

Publié par Echosciences Occitanie, le 2 juin 2023   860

Les MIAMS, Midis Inter Acteurs-Actrices de la Médiation Scientifique, sont les rendez-vous en ligne du réseau Science(s) en Occitanie. Le principe : échanger, partager, le temps d'une pause déjeuner et en toute convivialité, des expériences, bonnes pratiques et nouvelles idées pour renouveler ses actions de culture scientifique. Le sujet de cette 7e édition : l'engagement citoyen des scientifiques et des médiateurs.

Face à des sujets d'actualité comme le réchauffement climatique notamment, les scientifiques sont de plus en plus invités à prendre part au débat public et à prendre position. Les médiateurs scientifiques sont également acteurs dans ces prises de parole. Partant de ce postulat, l'engagement citoyen ou militant des scientifiques et médiateurs scientifiques prenant la parole face au public (conférence, réseaux sociaux...) est-il bénéfique pour le débat ? Ou au contraire est-ce risqué de prendre position sur un sujet d'actualité ou plus largement de société ? Quel cadre doit-on mettre en place lorsque l'on organise une opération grand public ou que l'on intervient au sein de celle-ci ? Quelles sont les questions à se poser, ou les astuces pour échanger avec le public ?

Nous en avons discuté le 17 avril dernier avec :

  • Benjamin Sultan, directeur de recherche IRD - directeur-adjoint ESPACE DEV - Montpellier

Chacun d’entre eux a apporté des points de vue complémentaires en fonction de leurs expériences.

1. Constat et enjeux

Un constat : l’engagement concerne souvent les scientifiques de 40 ans et plus, symptomatique d’une mue liée certes à l’expérience et au recul (et donc à la renommée acquise) mais aussi de la stabilité des financements obtenus. Des scientifiques plus jeunes peuvent être amenés à craindre l’impact de leur prise de parole sur des financements ou sur la suite de leur carrière, dans le cas où leur légitimité et leur crédibilité seraient remises en cause.

Benjamin Sultan distingue le chercheur militant, qu’il pourrait définir comme quelqu’un impliqué dans une cause et qui chercherait a posteriori des arguments scientifiques, du chercheur engagé qui construit ses connaissances, met en évidence un problème et utilise ses connaissances pour passer à l’action. Pour ce dernier, il y a un devoir moral par rapport à la science produite.

Selon lui, depuis les années 90, les rapports du GIEC avancent avec toujours plus de certitudes sur la nécessité de l’action politique pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et on ne peut plus séparer les sciences de l'engagement. Même si le GIEC a toujours préconisé une distance entre la science issue de ses rapports d’un côté et la décision de l’autre qui devra être prise au regard des faits scientifiques. Or, l’exemple de Valérie Masson Delmotte apportant son soutien aux Soulèvements de la Terre en s’exprimant comme “scientifique et citoyenne” montre bien que notamment sur le climat, il devient difficile de dissocier scientifique et citoyen. Benjamin Sultan participe lui-même à des actions d’éducation et de vulgarisation et de communication auprès des médias sur le changement climatique pour sensibiliser le grand public et motiver l’action pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Des chercheuses et chercheurs vont bien plus loin, jusqu’à des actions de désobéissance civile, et ont pu parfois faire bouger les lignes de la lutte contre le réchauffement climatique.

2. Engagement et sujet de recherche

Certaines thématiques sont particulièrement sujettes à controverse : par exemple, comme le rappelle Sandra Fuentes, INRAE a toujours eu à traiter des sujets clivants (OGM, agriculture conventionnelle/bio, l’eau, climat…). Pour ce qui est des Sciences Humaines et Sociales et comme l’affirme Muriel Lefebvre, la recherche est politisée de par le sujet : les scientifiques travaillent déjà sur le terrain social, comme par exemple pour étudier les migrations, la santé, les collectivités locales ou encore le syndicalisme. Ce qui est sûr c’est qu' “on n’est jamais dans la neutralité dans les objets de recherche”.

Une initiative intéressante est portée par l’Université du Québec à Montréal : le service aux collectivités. On peut s’en saisir et co-construire des projets de formation, de recherche, de création et de diffusion. Participent à ces projets des enseignants-es et étudiants-es de l’Université ainsi que des groupes communautaires et de femmes, des organisations syndicales, des associations de communautés ethnoculturelles et autochtones, de même que divers autres groupes non gouvernementaux impliqués dans des activités à caractère social, économique, culturel, environnemental. Une initiative intéressante pour répondre à des besoins propres aux groupes en question.

3. Communication et expression publique des scientifiques : existe-t-il une règlementation ?

Il existe des recommandations pour accompagner les prises de parole sous forme de chartes, comme celle produite par INRAE.

Cet outil aide à délivrer un message à la hauteur de la qualité des résultats de recherche et de la méthode scientifique employée.

Il existe également une charte nationale sur la déontologie des métiers de la recherche, incluant un chapitre sur la communication, qui stipule notamment que “La liberté d'expression et d'opinion s'applique dans le cadre légal de la fonction publique, avec une obligation de réserve, de confidentialité, de neutralité et de transparence des liens d’intérêt. Le chercheur exprimera à chaque occasion à quel titre, personnel ou institutionnel, il intervient et distinguera ce qui appartient au domaine de son expertise scientifique et ce qui est fondé sur des convictions personnelles.”  

Le collectif de l’Université de Toulouse a prévu d’avancer sur toutes ces questions, notamment via le projet TIRIS.

4. Recommandations

  • Mettre cartes sur table entre les interlocuteurs avant intervention publique : cela permet d’établir une relation de confiance, en se mettant d’accord sur des valeurs partagées.
  • Respecter l’intégrité scientifique, savoir d’où viennent les résultats, connaître leur incertitude et porter attention aux sources.
  • Éviter la situation où un scientifique s’exprimerait sur un sujet qui n’est pas son objet de recherche.

Liens utiles :

  • ATECOPOL L’Atelier d’écologie politique (Atécopol) participe, depuis son lancement à l’automne 2018 à Toulouse, à la construction d’une communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques.