Brasseurs de sciences - Médiation et petite enfance

Publié par Sarah Debaud, le 19 novembre 2019   330

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Nous nous retrouvons de nouveau dans un énième Brasseur de sciences pour alimenter la réflexion autour de la médiation et de la petite enfance cette fois ! Et bien entendu, « petite enfance » ne rime pas avec petit effectif, on parle ici d’un public assez large allant de 2 et 7 ans.

Pour l’occasion nous avons fait appel à quelques spécialistes du sujet, les quatre intervenants n’abordent pas la médiation sous le même angle. Ce qui n’est pas pour nous déplaire. Nous accueillons donc : 

Jonathan McIntosh, manipeur chez Objets Insolites

Emma Esquerre, cheffe de projet à la nouvelle base des enfants Cité de l’espace et Aude Letsy, responsable du Service Muséographie à la Cité de l'espace,

Samia Harrir, chargée de médiation au Quai des Savoirs.

On commence avec les professionnelles de la Cité de l’espace qui nous présentent la base des enfants, un espace dédié aux 6-12 ans, accessible en visite libre par tous les publics avec la particularité de vivre sans médiateur ! Ce lieu est actuellement repensé ciblant plutôt les 4-9 ans autour de la thématique des fusées et des astronautes. Et pour cela ils ont mis en place un format d’accompagnement original, le « comité des enfants », constitué très logiquement d’enfants, vers qui se tournent les professionnels de la médiation pour évaluer leurs choix sur les thèmes, les interactions, les graphismes etc. Une aide honnête et précieuse à la conception.


"Malgré tout, notre but n’est pas d’abandonner les adultes", précise Aude Letsy. "Nous cherchons à les intégrer dans une posture d’accompagnement et/ou d’observateur."

C’est au tour de Samia Harrir d’apporter son regard. Elle commence en rappelant que Science et tout petit ne sont pas toujours bien perçus. A 2 ans on peut déjà s’éveiller aux sciences avec des sujets très simples. 

Ancienne chargée de médiation des tous petits (dès 2 ans) au Muséum de Toulouse, elle insiste sur le besoin d’avoir une appétence pour les tous petits, connaître leurs besoins et vouloir s’adapter. Elle travaille aujourd’hui au Quai des petits, un espace de 300 m2 pour les 2-7 ans ouvert en 2018, décliné en 3 espaces :

"moi et mes capacités"

"moi et les autres"

"moi et mon environnement"

Pour ce projet il n’y a pas de muséographe dédié, mais la rédaction d’un préprogramme avec une muséographe à la recherche des thèmes à la mode avec les tout petits. Ils ont volontairement préféré s’entourer de professionnels du milieu éducatif et de la petite enfance (médiateurs, éducateurs, éducation nationale) plutôt que d’un comité scientifique. Avec cette tranche d’âge, le contenu est moins important que la forme.

On termine enfin par le point du vue du manipeur, la bête rare mais primordiale pour concrétiser la médiation. Manipeur c’est un sport complet, un métier qui réunit plusieurs corps de métiers. Une difficulté évidente, mais qui rend l’activité passionnante. On se heurte en permanence à des défis technologiques ! Contraintes techniques mais aussi de budget, de sécurité, et d’usage. Un ensemble de choses qui donne beaucoup de fil à retordre. 

Évidemment, on test rapidement les prototypes auprès de enfants. C’est là qu’on réalise qu’il est vraiment difficile de se mettre dans la tête des tout petits. Parfois ce qui nous semble évident ne l’est pas du tout. Les petits métamorphosent la façon dont il aurait fallu manipuler le dispositif. Bien sûr, cela n’arrive pas qu’avec les enfants.

L’autre souci, c’est qu’ils usent beaucoup le matériel. Le pire ce sont les papas qui veulent montrer comment « bien faire ».

Vos questions 

  • Comment gérer l’immersion dans l’expo avec des petits qui peuvent avoir peur facilement ? 

L’immersion peut être rassurante par les couleurs et peu de pénombre par exemple, des espaces ouverts permettant d’avoir toujours les parents en visu. 

Aussi, les enfants ont une imagination tellement débordante qu’ils créent déjà leur propre immersion. Pas besoin d’en faire des tonnes, une boîte en carton devient une voiture de sport. 

  • Et la taille ? Ça pousse vite à ces âges !

80cm à 2 ans et 1m20 à 7 ans. La hauteur des dispositifs n’est pas vraiment un problème. Au final, certaines manip’ sont plus accessibles aux uns et aux autres mais ce n’est pas vraiment gênant et tout le monde en profite. On peut avoir 9 ans et envie de se mettre à 4 pattes au sol pour faire une manip’. 

  • Les 5 sens comme une évidence ? 

On joue sur le multi sensoriel, même si l’odorat c’est un peu plus compliqué avec certains sujet comme l’espace. Le jeu autour des 5 sens intéresse aussi beaucoup les publics handicapés. Alors, sur chaque dispositif on essaie d’intégrer un élément « accessible ». Par exemple dans une fusée non accessible aux fauteuils roulants on a intégré un poste de contrôle en bas qui interagit avec ceux en haut de la fusée. Les deux positions sont aussi importantes l’une que l’autre. Par ailleurs, on sort complétement de l’expo panneaux. Il y a vraiment une explosion des manips au sol, sur les murs, qui sont intégrés graphiquement. 

  • Et les accompagnateurs ? Comment prendre en compte la place de l’adulte dans cette expérience ?

Le parent est comme un phare allumé. Si l’enfant voit le parent à côté il aura plus envie de jouer et d’expérimenter que s’il est loin. Il y a une volonté d’intégrer le parent qui en général laisse l’enfant visiter l’exposition. Les adultes peuvent manipuler et expérimenter et il y a différentes façons de visiter l’exposition avec des panneaux uniquement dédiés aux accompagnants. Il y a aussi des consignes photographiées pour les enfants. Et on constate que les parents s’éclatent aussi dans la visite et on peut conserver des assises sans que l’adulte s’y asseye et s’exclue de la visite. 

Il y a aussi des dispositifs « réponse » pour les accompagnants. Le médiateur apporte des éléments de réponses ou suscite des questions de manière scénarisée. Sa place est primordiale même si on privilégie l’interaction parent-enfant.

  • Comment mesurer les résultats concrètement ? Et l’appréciation des visiteurs?

Avec l’observatoire des publics pour constater s’il y a eu une satisfaction des visiteurs. Malheureusement il n’y a pas vraiment d’observatoire qualitatif permettant de juger de la bonne passation du message.

Mais finalement sur une cible « tout petit » peut-on parler de message à faire passer ? Pas vraiment, on est plutôt dans le domaine de la sensibilisation, de l’éveil. 

Au Quai des Savoirs on questionne les publics directement pour faire des évaluations. Évaluer les apprentissages est très compliqué, on évalue plutôt l’expérience de visite et de satisfaction mais pas tant de contenu. Cela se base sur l’observation et le questionnement des individuels. C’est encore plus compliqué avec les moins de 4 ans. 

Globalement, une exposition réussie c’est quand les visiteurs ressortent contents et qu’ils reviennent. 

Même si les enfants ont un usage détourné de certaines manips, est-ce pour autant un échec ? 


  • Et la démarche expérimentale ? 

Le tout petit ne perçoit pas forcément un objectif à atteindre. Les dispositifs permettent de jouer mais sans avoir à obtenir un résultat/objectif. Il n’y a pas de notion de réussite. L’idée est de les faire jouer tout en remarquant certains phénomènes. 

Les pitchs projets 

Pour boucler nos échanges, on lance la minute « partage » avec les pitchs de projets à découvrir.

  • Denis Hudrissier enseignants d’immunologie à l’UPS nous parle de son projet mené avec ses étudiants qui s’improvisent médiateur pour concevoir des activités ludiques sur le thème des déficits immunitaires biologiques. Ainsi, ils interviennent auprès d’enfants hospitalisés entre 4 et 15 ans afin de les sensibiliser à l’immunologie. Il y a une dizaine de jeux, de contes et dispositifs interactifs. Ainsi qu’une soirée grand public prévue à l’Eurêkafé ce soir ! https://www.facebook.com/events/215584265991724/
  • Julie Cornet est doctorante en physique appliquée à la biologie. Elle participe activement aux activités de la Compagnie du Code pour faire de l’initiation à la programmation pour les enfants grâce aux financements dédiés aux quartiers prioritaires. Ils proposent des stages pour les préados, des ateliers de soutien scolaires et des ateliers à la médiathèque le mercredi après-midi ainsi que des « ateliers débranchés », sans ordinateurs, pour les tout petits. 

Elle nous confie enfin que les financements du projet « Agir dans mon quartier », sont parfois perdus par manque de proposition, à bon entendeur !