Le mystérieux Monsieur Fermat [Saison 1 - 3/5]

Publié par Claire Adélaïde Montiel, le 19 février 2020   120

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Saison 1 : l’homme qui naquit trois fois-  

(3/5) L’INTROUVABLE CONTRAT  

Par son second mariage avec Claire Delong, Dominique Fermat, issu d’une lignée de riches marchands bien implantés dans toute la Lomagne s’allie non plus avec une famille appartenant à la même catégorie sociale que la sienne, comme ce fut le cas lors de ses premières noces, mais avec une famille de magistrats.  Une alliance qui, selon un schéma classique en ce siècle, représente une ascension dans l’échelle sociale et lui permet de prendre ses distances avec le monde du commerce pour se rapprocher de celui de la magistrature.

La suite montrera que la greffe a réussi puisque de cette nouvelle union sont nés plusieurs enfants dont aucun n’a été marchand. Pierre, (1605) magistrat au parlement de Toulouse ; Clément (1610) avocat devenu seigneur d’En Caussan après l’achat d’une terre noble près de Sarrant ; Marie (1612) épouse de Jean de Garros, conseiller à la cour présidiale d’Auch et seigneur de Lagarde ; Louise épouse en secondes noces d’un trésorier de France à Montauban.

C’est une raison de plus pour s’étonner de n’avoir nulle part trouvé trace du mystérieux contrat.

A moins qu’il n’y ait à cela une bonne raison ?  

Les recherches de Pierre Gairin, historien local à qui nous devons un grand nombre des renseignements dont nous faisons état ici, nous transportent une cinquantaine d’années en arrière. A Toulouse, les guerres de religion qui ensanglantent la France entière trouvent un terrain d’élection au Parlement. Catholiques et réformés s’y affrontent, avec une rare violence.  En 1554, Jean de l’Hôpital, grand-père de Claire Delong, épouse Madeleine de Bernuy, fille d’un riche pastélier toulousain. Tous deux appartiennent à la haute société toulousaine du milieu du XVI° siècle, enrichie par le commerce du pastel mais profondément perturbée par les désordres religieux de leur époque.

En 1562. Jean de L’hospital, devenu député huguenot, est poursuivi pour crime d’hérésie et se réfugie à Montauban. C’est dans cette ville que sa fille Bourguine de l’Hospital épousera Noble Clément de Long, seigneur de Barès, également magistrat dont elle aura, entre 1580 et 1585, trois enfants :  Samuel, Marguerite et Claire. Cette même Claire née en terre huguenote d’une famille qui a fait le choix de la Réforme que l’on pense être la mère du Pierre de 1605.  

A ce stade, de nombreuses questions se posent : un mariage mixte est-il possible à envisager en ces temps où les guerres de religions vivent encore dans toutes les mémoires ? Dans le Midi toulousain, l’édit de Nantes, conçu par Henri IV comme un outil de pacification, est encore plus mal toléré qu’ailleurs. Quant à Beaumont de Lomagne, malgré le voisinage de Mauvezin et de Montauban, cités réformées, c’est une ville où la religion catholique est considérée comme la seule acceptable. Rappelons pour mémoire qu’en 1577, le jeune Henri de Navarre qui n’était pas encore roi de France, s’est vu obligé, pour se rendre à Montauban, de contourner cette même cité dont, pour crime de protestantisme, on refusait de lui ouvrir les portes.

Dominique Fermat, bon catholique bien implanté dans la communauté villageoise, dont la nomination de consul a lieu, chaque année, dans la chapelle de la ville et qui, de plus, est l’un des familiers de l’archiprêtre Dominique Lartigue pouvait-il se permettre d’épouser une protestante ? Au vu des faits, il faut croire que oui mais on peut se demander s’il n’a pas été nécessaire que, pour ce faire, il force un peu la main à son entourage.

Cela expliquerait les gribouillages sur l’acte de naissance et la providentielle disparition d’un contrat de mariage qui aurait pu être jugé quelque peu compromettant en ces temps où la tolérance n’était pas de mise.

En 1607, deux ans après la naissance de Pierre, il semble que tout soit rentré dans l’ordre puisqu’on voit apparaître officiellement Claire Delong au titre de marraine le 2 mars lors du baptême d’Abraham Salline et, le 17 juin de la même année, lors de celui d’Anthoine, fils de Pierre, le frère puiné de Dominique. Ce qui laisse supposer qu’à cette date le mariage a été accepté par la communauté villageoise et que Claire a renoncé à sa religion d’origine.

 

A la fin de l’acte III, la question de la mère du second Pierre ne se pose plus. Mais deux interrogations demeurent : Pour quoi deux nouveau-nés portant le même prénom ? Et lequel des deux Pierre est notre mathématicien ?