La carpologie avec Charlotte Hallavant, carpologue associée au Laboratoire TRACES de Toulouse

Publié par Echosciences Occitanie, le 29 mars 2018   670

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Portrait réalisé dans le cadre du cycle des « cafés du quai » des Savoirs coordonnés par l’Université Fédérale, le CNRS Midi-Pyrénées et l’association Femmes & Sciences, groupe Toulouse qui propose un cycle dédié aux femmes en sciences. 

(Image en-tête : Conception & graphisme ©Julie SISTENICH // Textes / Photographies : ©Fleur Olagnier & CNRS Midi-Pyrénées)


« Sur chaque site archéologique où j’interviens, j’analyse des restes botaniques dans le but de reconstituer les pratiques agricoles et alimentaires du passé. », explique la chercheuse. « L’analyse des graines et des fruits fossiles (la carpologie) livre aussi des informations écologiques qui permettent de cerner où et comment ont été cultivés les végétaux retrouvés sur les sites, avec quels outils, de quelle manière la terre a été travaillée ou s’ils ont été importés... », s’enthousiasme Charlotte Hallavant. 

Plus surprenant, elle étudie également les latrines pour obtenir des informations sur l’alimentation et le statut social des anciens habitants du site. « En fait, il existe autant de problématiques que de sites archéologiques. Quand on débute une analyse carpologique, on ne sait jamais sur quelle thématique on va travailler : agriculture, alimentation, échanges commerciaux, pharmacopée… Carpologue est un métier dans lequel on trouve mille sujets d’étude, et c’est ce qui me plaît ». 

Charlotte Hallavant a grandit à la campagne, à la frontière du Tarn et de l’Hérault. Très vite, son rêve est de devenir archéologue, même si dans son entourage beaucoup pensaient cette profession inaccessible. Heureusement, en classe de sixième, elle rencontre la fille de son professeur d’histoire : une archéologue. « À ce moment-là, j’ai compris que c’était possible. Je suis devenue membre de l’association d’archéologie de mon village et tous les étés, à partir de 16 ans, j’ai participé à des fouilles organisées par des étudiants en archéologie de l’Université de Toulouse », qu’elle rejoindra après son bac.


À la fin de sa licence d’archéologie, le doute s’installe chez la jeune étudiante. Elle réalise la difficulté de se faire une place dans ce milieu où il ne suffit pas d’être brillante pour réussir, tant les débouchés sont rares. Charlotte Hallavant oriente donc ses études vers une discipline plus spécialisée en se formant aux côtés d’une des premières carpologues françaises, ce qui lui permet d’acquérir des compétences techniques rares (en France, on ne trouve qu’une vingtaine de carpologues) et très demandées. « Après l’obtention d’un master recherche, j’ai obtenu une bourse Déclic jeune qui m’a permis d’acheter du matériel et de commencer à travailler. Aujourd’hui, je réalise des études pour des archéologues en tant que salariée d’un opérateur privé ou depuis le laboratoire d’archéologie à l’Université Toulouse Jean-Jaurès auquel je suis rattachée. Petite, je rêvais d’Égypte et d’autres pays qui ont donné envie à tous les archéologues de faire ce beau métier. Si mon activité est aujourd’hui différente, je ne regrette rien ! Maman d’une petite fille de deux ans, il serait aujourd’hui plus difficile pour moi de devoir m’absenter plusieurs mois par an, ce que peut parfois être la réalité des fouilles… En tant que carpologue, ce sont les sites archéologiques qui, en quelque sorte, viennent à moi au laboratoire, c’est plus simple à gérer ».

Si le métier d’archéologue peut parfois être une contrainte pour une toute jeune maman en raison des déplacements que cela entraîne souvent, « être une femme ne m’a jamais semblé être un obstacle ». 

L’archéologie française est très féminisée aujourd’hui, même si, parce qu’il s’agit d’un métier parfois très physique, on pense que les archéologues sont surtout des hommes. Toutefois, c’est vrai que les femmes peuvent avoir tendance à se spécialiser d’avantage car faire du terrain peut s’avérer difficile avec le temps et une vie de famille. « D’ailleurs, la plupart des carpologues sont des femmes en France ».


Le laboratoire TRACES, "Travaux et Recherches Archéologiques sur les Cultures, les Espaces et les Sociétés", est une unité mixte de recherche du CNRS contractualisée avec l'université de Toulouse II Jean-Jaurès et le ministère de la Culture et de la Communication (sous-direction de l'Archéologie), et conventionnée avec l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et l'Institut National de Recherche en Archéologie Préventive (INRAP), sous le code UMR 5608.

Le cycle des « cafés du quai » des Savoirs coordonnés par l’Université Fédérale, le CNRS Midi-Pyrénées et l’association Femmes & Sciences, groupe Toulouse propose un cycle dédié aux femmes en sciences. Des témoignages de scientifiques, chercheuses ou ingénieures, permettent au public de comprendre le parcours, le métier et les recherches des intervenantes mais aussi d’échanger avec elles dans un climat convivial et décontracté.

Image :

Conception & graphisme ©Julie SISTENICH

Textes / Photographies :  

©Fleur Olagnier & CNRS Midi-Pyrénées

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