"Se nourrir de notre diversité : communication et médiation scientifique en Europe" : retour sur l'apéro des Brasseurs de sciences #17

Publié par Jeanne Che, le 15 octobre 2019   130

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Nous nous retrouvons pour la dernière soirée des Brasseurs de Sciences en ce mercredi soir caniculaire dans la petite bouquinerie « L'Estaminot » à St-Cyprien. Nous sommes en petit comité, une quinzaine de participants installés en rond, une ambiance intimiste qui favorise les échanges avant même le lancement de la soirée.

Dès lors que les thés glacés arrivent à table et que les éventails sont pris en main, c'est sur un fond de musique pop que le maître de cérémonie lance la soirée.

Nicolas propose d'exposer un trio de projets de communication scientifique en Europe et plus précisément au Royaume-Uni :

Les objectifs de ce projet sont doubles : promouvoir la visibilité des scientifiques femmes ou personnes s'identifiant comme femme en faisant bouger les stéréotypes mais également en ouvrant le dialogue avec un public qui n'est pas forcément intéressé par la science de prime abord.

Depuis son lancement en 2010, le principe est simple et s'inspire d'une ancienne tradition à Hyde Park où des gens montaient sur une caisse à savon pour parler de politique à leurs concitoyens. Les événements SoapboxScience durent 3 heures et ce sont douze speakerines en blouses blanches qui prennent la parole à tour de rôle, le tout sans micro mais aussi sans crier. Autour d'elles se rassemble un petit auditoire dans une ambiance plutôt intimiste. Le lieu choisi reste dans un espace public différent selon les villes (marchés, centres commerciaux, rues, …).

L'exemple le plus connu se situe à Londres, où un seul événement est organisé dans l'année et toutes les filières de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM) et aussi différentes carrières (pas uniquement des chercheuses) sont représentées. L'organisation est décentralisée, ce sont les équipes locales dans les villes qui gèrent toute la coordination et les différents partenariats. A l’international, le développement est assez important, on retrouve ces événements en Afrique du Sud, à Hong Kong, en Allemagne, en Suède et l'an dernier pour la première fois en Tanzanie.

Ressource : http://eprints.lse.ac.uk/72088...


Capture d'écran du site Ask me I'm a scientist - Page "Plant Zone"

Dans cet autre projet, les objectifs sont multiples : intéresser les enfants aux sciences et augmenter leur capital scientifique, faire voyager les sciences en milieu rural et pour les scientifiques, améliorer leurs compétences en communication. Le tout en rendant la science plus accessible et amusante pour tous. Pour les financeurs, c'est aussi un moyen de mettre en lumière certains sujets.

Ce projet se déroule dans le cadre scolaire. Le principe : les scientifiques remplissent un profil qui est lu par les étudiants qui peuvent ensuite discuter avec elle ou lui via un live chat durant 15 jours. Les étudiants posent leurs questions aux scientifiques (en rapport avec son projet, ses hobbies, …) afin de voter pour leur projet de science favori. Le/la scientifique choisi.e recevra un prix de 500£ pour communiquer sa recherche au public.

Le principe d'Ask me I'm a scientist s'est exporté à l'international : Espagne, Irlande, Kenya, Allemagne et Vietnam. Aujourd'hui, c'est plus d'1 million d'enfants qui ont participé (tous pays confondus). Si l'on veut l'organiser en France cela coûte 10 000€ pour exporter tout le concept : avec tout le site internet et la totalité du projet clé en main, il n'y a plus qu'à contacter les écoles et les scientifiques.

L'objectif de ce projet, fondé par Alex Lathbridge, est de développer un réseau de personnes d'ethnies minoritaires dans le monde scientifique. L'idée est de parler de diversité et d'avoir des exemples qui permettent à tous les jeunes de pouvoir s'identifier. Le réseau vit à travers une mailing list sur laquelle chacun peut s'inscrire, une newsletter mensuelle, une page Facebook et un compte Twitter : @MinoritySTEM.


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Après cette brève présentation, le petit nombre de personnes présentes à ce Brasseur nous permet de faire un rapide tour de table. Les mots qui ressortent vis-à-vis des attentes de la soirée de chacuns.es sont : curiosité, inconnu, originalité, connaissance, apprendre, partage.

Qui sont nos invitées ?

- Delphie GUILLAUMÉ et Mélanie DORIER sont chargées de projets éducatifs européens à la Cité de l'Espace, et débutent les discussions en nous présentant un premier projet européen H2020 (http://www.horizon2020.gouv.fr/) sur lequel elles travaillent : Open Schools for Open Societies (https://www.openschools.eu/). La Cité de l'Espace a répondu à un appel à projet sur H2020 pour pouvoir gérer OSOS en France.

L'objectif de ce projet est de faire rentrer les sciences à l'école mais aussi à la maison en faisant participer des écoles à différents projets scientifiques via notamment une plateforme en ligne. L'objectif est double : il incite également les enseignants à se rencontrer et échanger sur leurs pratiques de médiation scientifique au sein de leurs classes.

Les critères de sélection des écoles sont très larges, la Cité de l'Espace s'est fixée comme objectif de faire participer 1000 écoles en France. A Toulouse l'appel à participation est diffusé par le rectorat. On retrouve la France au rang des pays avec le plus d'administratif pour les écoles volontaires, ce qui peut freiner certain.e.s enseignant.e.s. Les types de lieux gravitant autour du projet OSOS sont : les musées, les centres de sciences, les laboratoires, les écoles, …

Les frontières d'OSOS sont plus larges que celles de l'Europe car en plus du Portugal, de la Finlande, … on retrouve des pays comme l'Israël, le Japon ou encore les Etats-Unis.

Delphie et Mélanie apprécient l'axe de la collaboration internationale que nécessite ce projet : les déplacements, les conférences, la participation au consortium. Elles sont tous les jours en lien avec différents partenaires et assurent la coordination des projets éducatifs.

Le second projet européen dont elles s'occupent est Stories of Tomorrow (http://www.storiesoftomorrow.eu/). L'objectif de ce projet, cofinancé par le programme-cadre Horizon 2020 de l’Union Européenne, est une initiative en recherche et développement sur 3 ans, qui étudie et analyse l’interaction entre les arts et les Sciences, Technologie, Ingénierie et Mathématiques (STEM), à travers le concept de la narration, chez les élèves de cycle 3. Plus de 50 écoles en Europe (en Allemagne, Finlande, France, Grèce, et au Portugal) et au Japon participent au projet. Grâce à l’écriture et à la publication de leurs livres numériques sur des thèmes de recherches scientifiques, les élèves sont amenés à développer leur imaginaire, leur créativité, leurs connaissances sur l’espace et les sciences, ainsi que leurs compétences en recherche scientifique.

Les points négatifs qu'elles font ressortir sur ces genres de projets sont qu'ils peuvent parfois être déconnectés de la réalité de terrain. Par exemple pour OSOS : l'un des objectifs est que les parents viennent dans les classes, or selon les pays le système éducatif n'est pas le même et donc des difficultés peuvent se créer. De plus certains axes des projets manquent cruellement de concret : des dates, des objectifs précis… Les financeurs demandent des statistiques en permanence. Sur le terrain, beaucoup de choses sont demandées aux participants et ce sont les organisateurs qui dépensent l'argent à tel point qu'il existe même des experts européens spécialisés pour faire rentrer l'argent des projets européens dans les structures !

Cependant il existe des exemples de créations concrètes, par exemple dans le projet Stories of Tomorrow, la Cité a créé « la mallette » qui associe arts et sciences. Cette mallette permet aux élèves de créer des ebook pour inventer des histoires de leur vie sur Mars, la mallette comprend un kit d'expériences pour aller sur Mars (des casques de réalité virtuelle, des expériences sur la gravité, l'atmosphère, …). Cette même mallette est réutilisée à la Cité de l'Espace par les médiateurs.trices.

Un bel exemple de coopération à international : une classe de Blagnac est en lien avec des Japonais pour leurs histoires sur Mars.


- Malvina ARTHEAU est la fondatrice d'Artheau Accompagnement (https://www.malvina-artheau.org/), une structure proposant de l’accompagnement dans la création de projets. Son parcours varié l'a amenée à coordonner des projets européens chez Science Animation, elle a participé au congrès ECSITE (https://www.ecsite.eu/) et est aujourd'hui experte pour l'évaluation de projets auprès de la Commission européenne.

Sur ce dernier point, elle nous avoue que c'est une grosse machine et que le choix des projets se fait généralement sur les 3 premières pages du dossier des candidats... qui est très gros.

Il existe des projets plus légers comme par exemple PENELOP+ (https://www.erasmusplus.fr/penelope/) qui permettent de demander à faire une formation à l'étranger, cela permet de commencer à comprendre comment se passent les réponses à appels à projet.


- Maja WASYLUK est coordinatrice des projets d'exposition au Muséum de Toulouse (https://www.museum.toulouse.fr/). Elle nous fait part de son expérience en tant qu'ex-chargée des expositions au Copernicus Science Centre de Varsovie (http://www.kopernik.org.pl/en/) ainsi qu'aux différents congrès d'ECSITE (réseau européen des centres scientifiques et des musées) auxquels elle a participé.

Qu'est-ce que ECSITE ? C'est plus de 300 membres à travers l'Europe mais aussi les Etats-Unis ou encore Israël. ECSITE agit à différents niveaux : réunion annuelle (Toulouse c'était en 2012 ou 2013), en 2019 c'était Copenhague où il y avait plus de 1200 personnes. Pour exister à l'international, il faut y être. La France reste un peu timide à ce niveau-là : on retrouve souvent les directeurs.trices et quelques membres restreints de leur équipe, tout le forum se déroule en anglais. Selon Maja les retombées sont énormes pour les structures participantes. ECSITE accueille tout le monde : chercheur.e.s, mediateurs.trices, … mais cela reste beaucoup de l'entre soi.

Le programme : des conférences sur 3 jours et des sessions de travail d'1h30 (en plénières ou ateliers) où un.e organisateur.trice et 4/5 personnes discutent autour des thématiques des grandes conférences.

Le coût de la participation est assez onéreux, pour y aller à moindres frais : organiser une pré-conférence qui permet de ne pas payer les frais d'entrée.

L'an prochain RDV à Ljubjana en Slovénie. Dès le mois d'août, le forum d'ECSITE ouvre et l'on peut déjà proposer des idées pour les futurs discussions et ateliers. Sur le site on retrouve deux espaces : le makerspace et le gamelab (lieu d'expérimentation sur des jeux en OpenSource). On retrouve même des hackathons de création de jeux.

La grande différence avec l'AMCSTI c'est qu'il y a plus de concurrence, les gens se connaissent, il y a un esprit de représentation.

Ressource : Spokes, le magazine envoyé par ECSITE : https://www.ecsite.eu/activities-and-services/news-and-publications/digital-spokes


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Les échanges ont été suivis des pitchs de projets :

Speech 1 : Valentin (Délires d'Encre) nous présente le prochain escape game en téléchargement libre pour la Fête de la Science 2019 : https://www.fetedelascience.fr/pid34623-cid145131/recherche-a-risque-l-escape-game-2019.html.

Speech 2 : Nicolas nous présente l'Apollo day à la Cité de l'Espace le 21 juillet prochain : https://www.cite-espace.com/apollo-day/.